
Le Grain asbl est allé à la rencontre des initiateurs du projet « Les Z’Hamendes » dans un quartier défavorisé de l’agglomération de Charleroi (Belgique). Un article pour découvrir les constats de départ, la mise en œuvre et les recherches de partenariats pour que le projet puisse s’installer et durer.
Si le quartier des Hamendes à Jumet (Hainaut, Belgique) a vu naître diverses initiatives depuis plusieurs années, il n’a jamais, à proprement parler, été massivement investi par des services socio-culturels qu’ils soient publics ou associatifs. On note bien par le passé la présence d’éducateurs de rue mais il est difficile de retrouver les traces de ce travail. De même, on retiendra les résultats d’une enquête commandée par la société de logement « Le Logis Moderne » qui pointait particulièrement les incivilités quotidiennes (vandalisme, dépôts sauvages) et le manque d’infrastructures propres à la cité.
« La proportion d’appartements est fortement liée au degré d’urbanisation des différents quartiers. Le quartier des Hamendes présente 40 % d’appartements, ce qui est très élevé comparé à la moyenne de Charleroi, qui en dénombre 25 %, ou encore 20 % dans l’ensemble de la Wallonie. A l’inverse, la proportion de logements privés atteint à peine 16 % dans le quartier, alors que la moyenne en Région wallonne est de 33 %. Ces caractéristiques pour le quartier des Hamendes interpellent les acteurs du terrain et ont été un des déclencheurs de l’action sur le terrain.
Actuellement, le quartier compte 42 % de logements sociaux, dans les années à venir, ce pourcentage devrait fortement diminuer avec la disparition de certaines tours d’appartements de ce type et la reconstruction de nouvelles. La réduction de la population du quartier de 2500 à 1000-1500 habitants devrait fortement modifier l’atmosphère du quartier.
Concernant la densité de population, le quartier des Hamendes compte 2237 hab/km2. L’indice pour l’ensemble de la commune de Charleroi est de 1950 hab/km2. Cette densité plus élevée dans le quartier des Hamendes justifie parfaitement l’initiative du projet, en agrandissant l’espace de vie des citoyens.
La proportion de la population active, c’est-à-dire les personnes exerçant une activité et les demandeurs d’emploi, entre 20 et 60 ans est de 66,5 % aux Hamendes et correspond, à 3 % près, à la moyenne pour Charleroi et pour la Région wallonne. Au vu de ces statistiques, le parc peut devenir non seulement un espace de distraction permettant de s’évader mais également une opportunité de s’investir dans un projet de vie.
Par ailleurs, la pyramide des âges nous informe qu’il y a 24,3 % de la population du quartier qui a moins de 18 ans et 23,8 % qui a plus de 60 ans, pour une moyenne d’âge de 39,7 ans. Ces pourcentages sont identiques à ceux qui caractérisent l’ensemble de la population de la Wallonie. Néanmoins, cela signifie que le projet des « Z’Hamendes » devra répondre aux attentes des jeunes, des familles mais également à celles des plus âgés, en favorisant les rencontres entre générations. » [1]
Photo : Jacques Lefèvre
Le Château Mondron a longtemps constitué le seul pôle associatif du quartier avec sa salle des fêtes, la petite école adjacente et l’hébergement d’un mouvement de jeunesse. L’asbl gérant le château avait en son temps déjà envisagé la possibilité de créer un projet de jardins partagés.
Plan du site des Hamendes
A la demande du département en charge de la solidarité au sein de la ville de Charleroi, un local (ex-poste) a été mis à disposition des habitants via un service social. Des animations pour les femmes (groupe Mélusine) et un projet avec certains jeunes (aménagement d’un terrain de pétanques) ont été mis sur pied par le service social.
Ce local s’est rapidement révélé insalubre et le travail a été interrompu plusieurs mois, détissant les fragiles liens établis entre les protagonistes : les habitants (et surtout habitantes du quartier, ce sont principalement les femmes qui restent dans le quartier et les hommes qui travaillent), les services sociaux, les animateurs de quartier,...
Actuellement, un espace au sous-sol (ancien bureau de la société du logement social « Le Logis Moderne ») a été mis à la disposition du service Égalité des Chances (Direction de l’Éducation et de l’Action Sociale). Les activités qui s’y déroulent démontrent une volonté d’aller de l’avant dans le développement de projets participatifs sur ce territoire.
Le quartier est composé d’une population hétérogène caractérisée par un niveau socio-économique faible. On y trouve des familles immigrées, des retraités ou encore des familles monoparentales. D’une manière générale, il faut souligner le côté « isolé » des habitants. Certains ne parlent pas le français couramment et se replient au sein de leur communauté, d’autres vivent le confinement lié à de faibles revenus, à la présence d’enfants en bas âge ou encore au manque de structures de liaisons dans le quartier. Le sentiment d’abandon est très présent et l’impression d’une cité « fantôme » est parfois exprimée.
Il a semblé opportun au service d’action sociale de développer un espace polyvalent où les pouvoirs publics, les associations et les citoyens pourraient se rencontrer et co-gérer des projets en fonction des compétences de chacun et des besoins spécifiques de la population.
D’une manière générale, les objectifs annoncés furent les suivants :
Concrètement, ces objectifs se sont déclinés en actions regroupées selon trois axes de travail complémentaires.
Le premier axe regroupe les services rendus aux citoyens par des instances publiques ou des intervenants extérieurs. Ces actions sont bien évidemment la réponse à des besoins identifiés de longue date par les professionnels.
Il s’agit de proposer aux citoyens du quartier :
Les animations proposées permettront de communiquer, relayer, voire d’activer des actions de proximité menées par les partenaires experts dans les différents domaines de la PREVENTION. Par exemple : la lutte contre le décrochage scolaire (asbl D’Ecole) ou les violences intra-familiales (plate-forme « violences conjugales » de Charleroi). Les questions de santé des enfants seront abordées par l’ONE (Office de la Naissance et de l’Enfance) mais d’autres intervenants (ex. Les Femmes Prévoyantes Socialistes) pourront également animer des discussions propres à certains thèmes, comme l’alimentation. L’asbl « Point Jaune » [2] proposera, par exemple, des ateliers « Autour du livre » pour (re)donner le goût de la lecture aux enfants et inciter les parents à retrouver le plaisir de raconter une histoire.
Le deuxième axe procède déjà plus de l’échange et du projet entre citoyens et institutions.
Actuellement, un partenariat avec la FUNOC (Faculté pour l’Université Ouverte de Charleroi), dans le cadre d’un projet FIPI (Fonds d’impulsion à la politique des immigrés), permet à des femmes issues de l’immigration (voir l’article sur la création du groupe « CITOY’ELLES ») de réfléchir à la création d’une structure qui leur fournirait leur propre emploi et qui répondrait à des besoins identifiés dans le quartier, notamment en matière de garde d’enfants.
En outre, une demande émanant de ce groupe relaie la nécessité de proposer un accès aux nouvelles technologies via un cyber espace où chacun pourrait faire ses premiers pas sur le web, accompagné par un pro. Cet espace prend tout son sens lorsque l’on y ajoute la finalité « emploi » et que l’on s’adjoint les services d’experts en terme de recherche d’emploi et de formation tels que la MIREC (Mission Régionale pour l’Insertion et l’Emploi à Charleroi).
Enfin, le troisième axe prend en compte tout ce qui concerne l’environnement, la participation et la communication.
L’accueil et l’interpellation systématique des citoyens au sein de la structure (évaluation continue) ont permis l’émergence et l’installation de processus participatifs visant à intégrer les usagers et les collaborateurs dans les décisions et les projets à entreprendre dans le quartier.
Cet axe vise non seulement l’amélioration du cadre de vie (voir projet « jardins partagés »), l’organisation de fêtes ou encore le folklore. Il se veut la création d’un espace « entre-deux » où les préoccupations citoyennes se font entendre et se donnent les moyens d’être relayées à d’autres niveaux politiques.
Il va de soi que chaque action menée trouve sa place au sein d’un cadre méthodologique relevant de la gestion de projet et où l’évaluation tient une place prépondérante.
Cette évaluation montra clairement l’importance de l’animation au sein du quartier et des résultats intéressants amenés au niveau des relations entre les personnes habitants le quartier.
L’évaluation indiqua également la demande non encore rencontrée d’un suivi nécessaire dans les relations interpersonnelles entre femmes habitants le quartier. Ces rencontres doivent favoriser le dialogue entre les habitants, devenus acteurs d’un dynamisme partenarial et acteur à part entière de l’évolution de leur quartier. L’idée de ce projet de développement de ces rencontres germa dans le chef de deux animatrices, une de la FUNOC : Loretta MODESTI et l’autre de la Ville de Charleroi, Actions de Quartier du CPAS, Estelle GIOVANNANGELO.
Idéalement, l’espace « Les Z’Hamendes » devrait comporter :
UN LOCAL :
DES RESSOURCES HUMAINES :
DU MATERIEL :
DES BUDGETS ANIMATIONS ET INTERVENANTS EXTERIEURS : (négocié avec le pouvoir communal !)
L’ENVIRONNEMENT EXTERIEUR : Parc du Château ( ?), terrain de sport. A ce niveau, il est plus important de développer des partenariats que d’obtenir de l’espace en propre.
L’intérêt principal du projet « Les Z’Hamendes » réside dans les multiples possibilités d’activer un réseau orienté vers le développement du quartier. Actuellement, une série d’acteurs potentiels non reliés entre eux ont été identifiés et semblent demandeurs d’une coordination. Certains développent déjà des activités en partenariat tandis que d’autres seront invités à rejoindre le projet à l’avenir.
L’objectif de ce projet de travail sur le quartier des Hamendes et du château Mondron est multiple :
favoriser et faciliter le dialogue entre les habitants d‘un quartier et les différents acteurs et organisations existantes ;
être un interlocuteur pour les problèmes collectifs qui concernent le quartier (et non les problèmes individuels afin d‘éviter d‘amener dans les quartiers d’autres problèmes comme des problèmes de voisinage). Il est important, au préalable, de bien expliquer aux habitants qu‘il est impossible de satisfaire toutes leurs attentes et qu‘ils seront nécessairement amenés à établir des choix et des priorités ;
favoriser la convivialité par l‘organisation d‘activités festives et culturelles dans les quartiers.
Tout n’est pas possible et un choix a dû être fait : le choix se porta sur l’importance d’associer des citoyens au projet.
De plus, les promoteurs et animateurs du projet voulaient donner à leur travail et à leurs interventions dans le quartier une démarche formative. Elles voulaient être attentives à ne pas limiter la participation citoyenne aux aspects de convivialité. Elles voulaient faire de ce travail d’animation de quartier non seulement un lieu convivial (autour d’un local mis à la disposition de l’équipe) mais également un lieu de développement d’outils d‘apprentissage de l’autonomie, de la gestion personnelle, de la prise de confiance en soi, de la capacité d’analyse critique de la société, de la capacité de vivre ensemble, de prendre des décisions ensemble, de s’exprimer correctement ensemble,… Bref, de faire ce travail un véritable travail d’émancipation collective et individuelle des acteurs.
Une difficulté importante est apparue dès le début du projet : la difficulté de toucher certaines tranches de la population : les immigrés et les femmes. La participation citoyenne peut faire peur, elle demande une grande implication personnelle. La population participe en fonction de ses intérêts. Dès les premières heures du projet, il a fallu trouver et toucher un centre d‘intérêt commun à plusieurs tranches de la population (femmes, jeunes-plus âgés, immigrés-autochtones,…). Dans ce cas, ce fut le sentiment d‘appartenance au quartier et les relations de proximité associés aux problématiques spécifiques des femmes qui furent le moteur d’une nouvelle action. Et c’est ainsi que démarra, autour des problématiques des femmes du quartier, le projet « Citoy’elles ».
[1] http://www.espace-environnement.be/pdf/memu_mondron.pdf « Espace Valentin » porteuse d’un projet de sauvegarde d’un site d’exception, le Château Mondron à Jumet, intégrant la valorisation du patrimoine naturel du parc et la dynamisation des liens sociaux dans le quartier riverain des Hamendes.
[2] « Située dans le centre de Charleroi, l’A.S.B.L « Point Jaune » (AMO) est un service d’accueil accessible 24h sur 24 et 7 jours sur 7. « Point Jaune » accueille tous les jeunes et leur famille et répond aux questions relatives à l’adolescence » (in http://www.point-jaune.be/).