
Sur le terrain, l’avant-projet de décret sur le premier degré suscite des réactions mitigées : renforcer les apprentissages fondamentaux, c’est bien. Aller vers un ’’collège unique’’ à la française en revanche, pose question. Propos recueillis par Anne-Marie Pirard
Dans sa communication sur l’avant- projet de décret relatif au premier degré, La Ministre de l’enseignement s’est bien gardée de parler de réforme. Elle sait trop combien les enseignants, bousculés par des changements successifs et pas toujours bien préparés sont devenus allergiques à ce mot. Elle parle donc prudemment de "changement organisationnel". Sur le terrain, on se dit que réforme ou changement organisationnel, c’est chou vert et vert chou ! Et les réactions sont mitigées. "Il est absolument indispensable que les responsables politiques déterminent pour l’ensemble de l’enseignement des valeurs et une pensée politique globale qui gouvernent les actions de tous les établissements scolaires, affirme Michel Willem, directeur d’une école technique et industrielle à Comines. Mais, dans ce cadre, il faut une pratique souple qui tienne compte du public et de la culture de chaque école’’.
La qualification discriminée ? Michel Willem sait de quoi il parle. Située dans "le Far West Hennuyer", à la frontière de la Flandre et de la France, son école accueille 600 élèves dont 70 % viennent de France. "Ils arrivent chez nous avec une logique non de relégation, mais de motivation. Ils fuient précisément ce que la ministre met en place : le collège unique qui privilégie les matières dites nobles. Eux, ils veulent faire de l’électricité, de la robotique. des techno médias... Ils trouvent tout cela chez nous, où il existe un tronc commun, mais où les cours complémentaires portent sur ces matières. Or, désormais, on pourra faire quatre heures de latin, mais on ne pourra faire que deux heures d’électricité, deux heures de bois, etc. Dans l’avant-projet de décret, les écoles de qualification sont discriminées" estime Michel Willem. Toutefois, son propos est nuancé : "La ministre a raison de combattre l’orientation trop précoce. Mais il existe des jeunes qui ont très tôt un projet professionnel très précis. Dans une école, parfois, le programme, ce sont les élèves ! Donc, il faut être prudents". Il suggère une autre forme d’organisation : "Pourquoi ne pas privilégier une période d’observation jusqu’à la Toussaint ou jusqu’à Noël et puis, selon les élèves, décider de prolonger l’observation jusqu’au terme de l’année scolaire ou permettre d’entrer dans des modules plus précis ? Evidemment, cela n’est pas simple. Cela suppose une simplification administrative et plus de souplesse pour les titres et fonctions... . "Pensant aux élèves de 2P (2e année professionnelle - Voir l’article sur le premier degré différencié), Michel Willem estime qu’il serait bon qu’ils puissent passer par différents modules pour s’orienter en connaissance de cause, entrer dans une famille de métiers au deuxième degré puis opter pour un métier précis au troisième degré.
Les maths ? Mieux, mais pas plus ! Pour ce directeur d’établissement technique, il ne faut pas prendre de mesures qui renforcent les parents - et de nombreux enseignants et directions du secondaire général - dans la logique que la transition est nécessairement ce qu’il y a de mieux "Dans les filières de qualification, il y a aussi du français et des maths ! Mais il existe une grande ignorance de la réalité de ces filières’’ regrette-t-il. Comme de nombreuses autres directions, Michel Willem est favorable à un renforcement du français : ’’Le français c’est absolument indispensable. Dans les écoles de l’Hexagone, la carte scolaire ne permet pas de choisir l’école. Certes elle est abondamment contournée, mais il y a quand même plus d’hétérogénéité dans les écoles qu’il n’y en a chez nous. On remarque que dans les écoles en zone d’éducation prioritaire, certaines ont des élèves qui réussissent mieux que d’autres : ce sont celles qui insistent sur la lecture et l’écriture. En effet, lorsque l’on a des difficultés dans ces domaines, on ne peut aller loin. Donc, oui inconditionnel au renforcement du français. Les maths, c’est autre chose : si la mesure sert â mieux expliquer ce qui figure au programme, c’est une bonne mesure. Si elle a pour conséquence d’alourdir encore le programme, c’est autre chose".
Article paru dans "Le Ligueur" n°17 du 26 avril 2006.
Article publié dans la rubrique "Actualité" en 2006 par Magali Urbain