
Combien d’erreurs sont dues à une mauvaise compréhension des consignes ? Cela est vrai, non seulement dans le cadre scolaire ou de la formation, mais aussi dans la vie de tous les jours. Pensons aux nombreux documents qu’il nous est demandé de remplir, aux informations suivies d’injonctions apparaissant régulièrement sur les écrans de nos p.c., aux messages visuels ou auditifs dans les gares ou les aéroports, etc.
Lire et comprendre correctement les consignes est une compétence qui s’apprend. Il s’agit d’acquérir les attitudes requises pour pouvoir prendre connaissance et traiter cette information particulière, la consigne, qui implique un prolongement dans un ou des actes à poser.
La stratégie proposée ici pour former à la lecture et à la compréhension des consignes repose sur deux piliers. Tout d’abord, il s’agit de faire prendre conscience aux élèves en quoi consiste une consigne, quel est son impact et son sens. Ensuite, il faut créer chez eux des attitudes-réflexes efficaces face aux énoncés contenus dans les consignes et aux injonctions qu’ils expriment.
Ces deux axes sont nécessaires et complémentaires. En effet, l’acquisition durable d’attitudes pertinentes face aux consignes suppose de contrer les « mauvaises habitudes » qui conduisent à une lecture erronée des consignes, en dénonçant et en déconstruisant ces habitudes le plus souvent quasi automatiques et en en créant de nouvelles plus conscientes et plus efficaces. Elle suppose aussi de sensibiliser les formés, d’une part, aux enjeux d’une bonne compréhension des consignes et, d’autre part, aux conditions requises pour une gestion adéquate de l’information, contenue dans la consigne, qui réclame de nous une action. Le travail de « rééducation » des attitudes inefficaces des formés est facilité si l’élève a pris conscience du sens et de la portée d’une consigne.
Nous proposons les démarches suivantes pour combattre avec les formés les attitudes inefficaces et mettre en place des attitudes pertinentes, ainsi que pour leur faire saisir en quoi consiste exactement la compétence comprendre les consignes à travers son usage.
Le questionnaire suivant contient une série d’informations dont le décodage requiert de prendre son temps pour lire toutes les données et pour s’interroger sur le sens exact des mots. Généralement, devant cet exercice, l’attitude spontanée du lecteur est de parcourir rapidement ces énoncés qui semblent faciles à comprendre. Cette lecture rapide pourrait jouer des tours à celui qu’y prend de cette façon. De même, la formulation est telle qu’elle suscite le décodage à travers une grille de lecture qui semble familière au lecteur et que celui-ci mobilise de façon quasi automatique l’amenant à déformer le contenu de ce qui est strictement énoncé.
Ce test peut être pratiqué seul ou en groupe. Il vaut mieux le présenter comme un jeu. Son intérêt pédagogique nécessite une analyse au terme de l’exercice pour dégager les attitudes et les mécanismes cognitifs inadéquats qui ont été mobilisés et qui ont conduit à l’erreur.
De ce test, il est possible de dégager plusieurs attitudes requises pour une compréhension des consignes :
L’hypothèse est la suivante. Pour faire acquérir une compétence transversale, c’est-à-dire une compétence qui mobilise des mécanismes similaires dans des contextes différents, il faut pouvoir caractériser les attributs de cette compétence (les caractéristiques associées à cette compétence) [2].
On commencera donc par demander au public en formation de raconter de brèves histoires dans lesquelles les personnes qui parlent ont été confrontées à des situations exigeant de comprendre des consignes et comment elles s’en sont sorties, de manière réussie ou non.
En comparant ces récits entre eux, il est possible de dégager quelques caractéristiques de la compétence « comprendre les consignes ».
Voici une liste d’exemples de situations où il est nécessaire de comprendre les consignes. Ces exemples ont été trouvés par les élèves d’une classe d’une section professionnelle. Les attributs de la compétence, dégagés par les élèves, sont donnés à la suite. Par ailleurs, on présente le résultat du même travail réalisé avec des enseignants. Avec le dernier tableau produit par un groupe d’enseignants, on dispose d’un inventaire des attitudes qu’il convient de développer pour être compétent dans la lecture et la compréhension des énoncés et des consignes.
Une confrontation a lieu entre la liste élaborée par les jeunes et celle des professionnels de la formation. De cette confrontation découle une définition, à travers ses attributs, de la compétence « lire et comprendre correctement les consignes » adoptée par le groupe des jeunes, d’une part, et par celui des enseignants, d’autre part.
La fin de la méthode consiste à montrer comment ces attitudes (les attributs) sont effectivement d’application dans les exemples trouvés et dans de nouvelles situations, différentes de celles déjà évoquées. On montre ainsi le caractère transversal des attitudes associées à la compétence comprendre les consignes, à présent définie.
Il reste à entraîner les attitudes efficaces pour la lecture et la compréhension des consignes. Nous proposerons, dans un prochain article, des exercices qui visent à faire acquérir certaines de ces attitudes, en les entraînant de manière plus spécifique.
[1] La démarche qui suit est inspirée de Fourez et alii, Des compétences négligées par l’école. Les raconter pour les enseigner, Chronique sociale/Couleurs Livres, 2006, spécialement le chapitre 2.
[2] Voir une explication de la compétence transversale, de son fonctionnement et de son apprentissage, dans Tilman Francis, Définir les compétences transversales pour les enseigner et Apprendre des compétences transversales, www.legrainasbl.org.