EDITO du 25 Mars 2019

Education permanente et enseignement : regards croisés

Il y a quelques temps de cela, nous publiions un article de Francis Tilman où il était question de faire des ponts entre le monde de l’éducation permanente et le monde de l’enseignement[1]. Les analyses que nous vous proposons dans notre newsletter de printemps pourraient constituer une base pour ce faire. Passons-les en revue.

Nous vous proposons d’abord un article de Manon Bertha, intitulé Lutter pour tous. Comment les pratiques contestataires nous invitent à repenser ce qui nous lie (Partie 1). Cette jeune chercheuse, nouvellement recrutée au GRAIN - bien que depuis longtemps engagée ! - y explore les pratiques des activistes qui luttent contre le système capitaliste industriel, dans les domaines de l’agriculture et de la santé publique. Elle resitue leurs luttes dans un cadre éthique plus vaste, et montre, en examinant leurs rapports aux outils et leurs conceptions des risques, que de nombreuses alternatives, loin de se résumer à une affaire de personnes « privilégiées », pourraient permettre l’augmentation de la qualité de vie du plus grand nombre. Son analyse peut constituer un point de départ intéressant pour la constitution d’un cours de citoyenneté, répondant ainsi à l’une des préoccupations du moment.

Un article de Martine De Keukeleire, intitulé Education à la citoyenneté : diversité des pratiques au sein des écoles fait justement écho à ces préoccupations des acteurs du monde scolaire. Une des missions de l’école est en effet de faire de nos élèves de futurs citoyens, mais comment procéder, concrètement ? On voit que sur le terrain, les interprétations varient en fonction des publics scolaires des établissements. Est-il encore possible de faire société ? « Dans un monde qui a fondamentalement changé au point que l’on ne puisse plus tabler sur l’intériorisation de mêmes valeurs, l’école ne peut plus assumer la même fonction de socialisation qu’autrefois », peut-on y lire. Et pourtant, les acteurs, leurs problèmes et leurs luttes sont, en raison de la mondialisation du commerce mais aussi des problèmes climatiques, plus que jamais liés. Une voie qui consisterait à faire ressortir ces liens transversaux, comme le fait Manon Bertha, ne serait-elle pas une base intéressante pour construire un cours de citoyenneté ?

Bruno Uyttersprot quant à lui se penche, dans son analyse La disruption à l’école : un mal pour un bien ? sur un phénomène nouveau, appelé disruption, qui impacte l’école. L’information étant désormais accessible partout et à tout moment, quelle est la plus-value des enseignants ? Ne pourrait-elle justement pas être d’aider les jeunes à prendre du recul par rapport aux informations qui circulent, donnant aux enseignants et plus particulièrement à ceux d’entre eux qui sont chargés du cours de citoyenneté, la possibilité de faire la critique des médias ? Ici encore, l’éducation permanente vient en appui au monde scolaire, en apportant son point de vue.

Une dernière analyse, enfin, fait état d’apports effectifs entre l’éducation permanente et l’enseignement. Raphaël Darquenne et Manon Bertha présentent une synthèse des résultats d’une recherche menée par le Conseil de l’Education et de la Formation (CEF). Les approches par compétences dans l’enseignement qualifiant et de promotion sociale : analyse et perspectives fait part des difficultés des enseignants du secondaire qualifiant et de promotion sociale pour mettre en œuvre l’approche par compétences et propose des pistes concrètes pour résoudre ces difficultés. Ici encore l’école peut tirer profit des interventions et analyses de l’éducation permanente.

Dans un futur proche, Le GRAIN compte d’ailleurs renforcer ses activités d’accompagnement et de formation des acteurs de terrain à l’approche Labocompétences. Cette approche propose aux travailleurs sociaux d’adopter une posture pédagogique qui permet aux jeunes « hors-pistes » de reconnaitre les compétences dont ils/elles disposent (et en particulier, leurs compétences informelles, non formelles et transversales, peu visibles dans le contexte scolaire) et de les développer, après avoir repris confiance en eux-mêmes et dans ce qu’ils sont capables d’accomplir.

Last but not least, nous avons le plaisir de vous annoncer la parution d’un ouvrage de Francis Tilman intitulé 12 clés pour « Apprendre à apprendre ». Cet ouvrage sera, nous semble-t-il, tout indiqué pour les formateurs d’adultes ou d’adolescents, afin de les aiguiller dans l’exploration des voies de l’intelligence et du raisonnement, et les aider à déterminer la nature des exercices et entraînements à mettre concrètement au point pour permettre à leurs apprenants de s’entraîner et donc de progresser.

L’équipe de LE GRAIN

[1] Francis Tilman, Quels rapports entre Éducation permanente et Enseignement ? Le GRAIN, Décembre 2018

quiNous sommes un collectif pluraliste d’acteurs de terrain, de praticiens-chercheurs en sciences humaines et de pédagogues spécialisés dans la construction d’interventions, d’analyses et d’outils permettant d’une part de mieux comprendre les réalités et enjeux contemporains des rapports sociaux et, d’autre part, d’influer sur ceux-ci dans une visée d’émancipation pour tous.

Par notre travail, nous souhaitons pointer et comprendre les mécanismes qui empêchent l’émancipation et, à contrario, ceux qui la permettent ou la favorisent en mettant en débat une diversité de points de vue, en analysant des discours et des pratiques, en se mettant à l’écoute des terrains du social et en privilégiant une approche pluridisciplinaire. lire la suite

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