Imprimer

« Mon quartier, un quartier où il fait bon vivre »

Un projet du groupe « Citoy'elles », en partenariat avec les animateurs de l'asbl Le Grain *

 

Loretta Modesti, Le GRAIN asbl, 15 décembre  2009


Dans le quartier des "z’Hamendes", les services d’animation des quartiers, de l’action sociale et le CPAS mènent un projet émancipateur et fédérateur au profit de ses habitants. Différents groupes existent, comme par exemple, des animations au services des jeunes : écoles de devoirs, animation de garderies du mercredis, sports de rue,... D’autres groupes envisagent l’accompagnent des seniors (p.e. les après-midis belote, les séances tricots et broderie,...), un groupe encore organise une marche folklorique de l’Entre Sambre et Meuse, la "Marche folklorique Sainte Rita".

Le quartier commence à s’organiser entre loisirs et gestion des groupes d’âges, entre sports et devoirs. Mais certaines catégories semblent plus difficiles à mettre en mouvement.

Que faire pour les personnes les plus isolées et renfermées sur elles-mêmes, ces personnes qui ne sortent que très rarement de leur quartier, qui y vivent 24h sur 24 : les femmes et tout spécialement les femmes d’origine immigrées ? Comment dynamiser ce groupe ? Que faire pour elles ? Comment créer des liens ? Que demandent ces femmes ? Que désirent-elles ? Autant de questions que se sont posées les animateurs de la FUNOC.

Se centrer sur ce groupe très spécifique, ce fut le travail d’une formatrice de la FUNOC Loretta Modesti. Elle a sollicité la participation du Grain pour l’accompagner, avec d’autres (CPAS, Service Animation de quartier,...) dans une activité très spécifique, projet émancipateur, porteur d’espoir : "Rêver mon quartier idéal !"

Au quartier des Hamendes à Jumet (Belgique), les animateurs de l’asbl Le Grain ont donc accompagné un projet lancé par le groupe « Citoy’elles » (créé par les habitantes du quartier) : rêver leur quartier idéal, en réaliser des maquettes et le présenter aux décideurs locaux pour faire connaître la démarche, connaître leurs besoins, leurs attentes et leurs demandes.

1. Genèse du projet et du groupe « Citoy’elles »

1.1. Les débuts du groupe « Citoy’elles » : des constats, qu’en faire ?

Au départ d’une initiative du service Egalité des Chances de la ville de Charleroi, avec le soutien du FIPI (Fonds d’Impulsion à la Politique des Immigrés), en partenariat avec la FUNOC (Faculté Universitaire Ouverte de Charleroi) et la collaboration du CRIC[1], le groupe des « Z’Hamendes » lance en 2007 des réunions préparatoires avec différents intervenants et deux habitantes qui avaient déjà mené par le passé des activités au sein du quartier des Hamendes (Jumet, Hainaut, Belgique). (voir article sur le groupe « Les Z’Hamendes »)

Ces intervenants sont : le service Egalité des Chances, la FUNOC, l’asbl « Point Jaune », le service social de la ville de Charleroi, le CRIC, divers attachés de cabinet des échevinats concernés et le Comité des Jeunes du quartier.

Au cours de ces premiers contacts, les objectifs de travail furent les suivants :

Suite à ces premières réunions, des premiers constats s’imposèrent :

1.2. Y aurait-il donc réellement quelque chose à faire pour ce quartier ?

Au regard des premiers constats, il semble donc, pour les initiateurs du projet et les partenaires, que quelque chose est à faire pour le quartier, pour et avec ses habitants.

Une première rencontre avec un groupe de femmes voit le jour à l’école communale de Jumet-Hamendes, animée par le Service social. Elle a donné naissance en 2007 au groupe des « Z’Hamendes », groupe qui a pu compter sur trois femmes « pionnières », issues du quartier et présentes dans le groupe depuis le début des activités.

Ce groupe mène diverses activités au cours de l’année 2007 et notamment :

1.3. Pour aller plus loin !

Ces activités requièrent de l’organisation (local, verre de l’amitié, accueil personnalisé des invités, présentation, suivi et évaluation) et de la préparation (création d’invitations, rédaction, diffusion).

Face à ces obligations, un groupe « permanent » se constitue dans le prolongement du groupe des « Z’Hamendes ». Il se réunit deux fois par semaine, se donne un nom : « Les Citoy’elles » et se dote d’un logo.

Ce groupe est constitué de citoyennes à part entière, actrices de leur « destinée » et est composé uniquement de femmes, ce qui explique le nom du groupe et le logo. Les couleurs choisies sont celles des anciennes communes où est implanté le quartier des Hamendes : jaune et bleu pour Gilly, blanc et bleu pour Jumet.

1.4. Une idée de projet prend forme, un « inédit possible » est formulé !

Le projet s’articule autour des rencontres et est porté par l’ensemble du groupe. Il porte sur la problématique de la garde des enfants et l’idée d’une halte garderie naît.

L’inédit possible : au sein du quartier, une garderie pour les petits, gérée, animée et encadrée par des mamans, habitantes du quartier.

Cette réflexion, sa concrétisation, l’analyse de la faisabilité du projet, sa mise en place nécessitent de nombreuses discussions, différentes rencontres avec des actrices et collaboratrices de « halte-garderie » (p.e. Claudia, animatrice d’un atelier « Maman-bébé », une collaboration avec l’ONE , une infirmière de l’ONE[3] anime un atelier au sein du groupe « Citoy’elles », démarrage en novembre 2007 de la réflexion et de l’étude de faisabilité). Un budget participatif est obtenu : il sert à alimenter les animations mises en place.

En 2008, le groupe s’élargit. L’idée de la création d’une asbl voit le jour ainsi que celle d’une analyse afin de connaître les besoins et les attentes des habitants du quartier (prévisions pour 2009). D’autres activités parallèles s’organisent :

D’autres activités, rencontres, réflexions ont émaillé durant les années 2008-2009 comme, par exemple, des visites de l’espace Citoyen de Dampremy, la Maison des parents, Mini-Europe avec les enfants ainsi qu’une journée à la mer.

Des réflexions sont menées sur la confiance en soi, des ateliers de cuisine ont eu lieu, une participation à l’évaluation des budgets participatifs à l’Espace Citoyen de Marchienne, des ateliers d’écriture et la réalisation d’une affiche individuelle, pour le groupe des « Citoy’elles », qui représente leurs espoirs et leurs préoccupations.

D’autres activités ont permis :

2. Le projet « Mon quartier, un quartier où il fait bon vivre ! »

2.1. Les débuts du projet

Au départ d’une réflexion sur le développement du quartier, le groupe « Citoy’elles » a mis en place un projet autour de la question, « Comment verriez-vous le quartier des Hamendes, un quartier où vous aimeriez y vivre ? ».

Le groupe a d’abord développé des idées concrètes autour des thèmes suivants :

Conscientes de vouloir laisser à leurs enfants une terre encore viable, les femmes « Citoy’elles » préconisent la production et l’utilisation d’énergies vertes renouvelables (panneaux photovoltaïques & éoliennes).

L’habitat actuel dans le quartier est constitué pour une grande part d’immeubles de 15 étages du type HLM français. Ces habitations regroupent sous un même toit toutes les difficultés de voisinage (poubelles abandonnées, détérioration, difficultés de cohabitation de groupes de populations diverses : jeunes-vieux, belges-allochtones,...), densité élevée de la population, peu d’espaces verts, manque d’espaces de jeux, de rencontres...

Les membres du groupe « Citoy’elles » imaginent leur quartier idéal comme un vrai « meltingpot » d’habitations urbaines :

Ce quartier, où la vie communautaire s’organise sans voiture, où les différentes générations cohabitent, se doit d’être pourvu d’un nombre de commerces indispensables à la vie quotidienne, comme par exemple :

2.2. Quelques étapes en images de la réalisation des maquettes

Après avoir posé ces critères, le groupe « Citoy’elles » a débuté la création de maquettes représentant leur quartier idéal.

On se concerte, le quartier de nos rêves se construit…

Nous voulons une autre image du quartier, donner envie de vivre dans « notre » quartier, quand tout devient possible, découvrez les maquettes !

 

 

 photos : Jacques Lefèvre

2.3. Présentation aux décideurs

Un après-midi de juin 2009, les femmes « Citoy’elles » ont invité le Collège et le Conseil communal de Charleroi, le Conseil d’Administration de la Société de logements et divers acteurs sociaux du quartier à les rejoindre dans le local mis à leur disposition par la Société de logements sociaux de Jumet.

Après avoir accueilli les invités et les participants, les « Citoy’elles » ont présenté la globalité de leur démarche ainsi que le résultat de leurs travaux d’imagination d’un quartier « de rêve ». Chaque membre du groupe avait une tâche précise qui lui était dévolue : présentation globale, accent mis sur la sécurité, sur l’accueil des enfants,…

Après la présentation, un mini débat s’est installé autour des problématiques soulevées par les maquettes, fruits de la réflexion des « Citoy’elles ».

2.4. Évaluation du travail avec le groupe des « Citoy’elles »

Ce groupe composé uniquement de femmes habitant le quartier des Hamendes et du Château Mondron aux confins des anciennes communes de Gilly et de Jumet a mené à bien le projet de présenter à divers mandataires communaux de la ville de Charleroi et à divers décideurs des destinées de leur quartier, le « comment » elles envisageaient leur quartier dans le futur.

Ce groupe de 20 personnes est composé majoritairement de femmes allochtones d’origine turque, maghrébines de seconde et de troisième génération, une belge complète le groupe. Femmes jeunes, la plus âgée ayant 35 ans, avec des enfants en bas âge, vivant en couple pour la plupart. Certaines, séparées de leur conjoint, assurent seules l’éducation de leurs enfants. L’ambiance entre elles est sereine, conviviale, elles s’épaulent et s’aident en cas de besoins.

L’animation a été menée par l’animatrice-formatrice de la FUNOC de Charleroi, aidée par des collaboratrices du service Égalité des Chances de Charleroi et du CPAS de la ville.

Pour le « mini » projet plus précis de la présentation des visions du quartier, les animateurs du Grain complétèrent l’équipe. Les animateurs avaient comme attention toute particulière de systématiser, avec les participantes, tous les apprentissages que le groupe faisait et de les concrétiser par quelques notes rédigées en groupe et qui ancreraient les apprentissages. Du point de vue des apprentissages oraux, lors de la présentation des maquettes, les membres du groupe de femmes ont dû :

L’ensemble de ces activités chez les membres du groupe leur ont permis de :

Nous avons ressenti parmi les membres du groupe de la joie suivie de fierté, d’avoir osé dépasser sa peur, d’être capables de prendre la parole en public, de se faire entendre, d’exprimer sans crainte et, pour une première fois, ce que l’on pensait de son quartier et de ses gestionnaires, de synthétiser ses idées, de les classer, de les visualiser, de les matérialiser, de trouver les bons arguments pour faire comprendre ce que l’on voulait dire.

En fin de compte, cette expérience a amené plus de solidarité au sein du groupe et de « complicité » entre elles. Pour la première fois, dans le quartier des Hamendes à Jumet, un groupe de femmes d’origines diverses a osé dire ce qu’elles vivaient, comment elles le vivaient et le ressentaient. De plus, elles ont osé rêver à un monde meilleur fait d’égalité, de compréhension et d’amour.

Ainsi un réel travail d’émancipation s’est mis en place avec développement intellectuel personnel et retombées sur son groupe d’appartenance, une émancipation avec prise de conscience de son environnement, connaissance de son milieu de vie, de son appartenance culturelle et conséquences sur sa propre vie, capacité d’agir sur son milieu,...

L’objectif ponctuel est atteint : informer sur les conditions de vie dans le quartier des Hamendes, exprimer ses visions d’avenir concernant son quartier, apprendre différentes compétences sociales facilitant la vie au sein d’un groupe, d’une ville,...

L’avenir se prépare, continuer l’action au sein de ce groupe de femmes, élargir son champs d’action et d’influence à un plus grand nombre d’acteurs, continuer l’action en s’auto-animant, en dépassant l’assistanat de la FUNOC, en prenant réellement et concrètement son avenir en mains, en "tuant" l’animateur, père du groupe pour renaître en complète autonomie.

* Entretien avec Jacques Lefèvre. Loretta Modesti est formatrice à la FUNOC.

Références

[1] Le Centre Régional d’Intégration de Charleroi est l’un des sept centres régionaux impulsés par la Région Wallonne. Organisme de deuxième ligne, aux missions précisées par décret, le CRIC a pour missions de renforcer les actions du réseau d’associations et d’organismes en relation avec les personnes étrangères et d’origine étrangère (in http://www.cricharleroi.be/).

[2] « Mariage, aller-Retour », un film de Mustapha Balci, diffusion GSARA

[3] L’Office de la Naissance et de l’Enfance est l’organisme de référence de la Communauté française pour toutes les questions relatives à l’enfance, aux politiques de l’enfance, à la protection de la mère, au soutien à la parentalité et à l’accueil de l’enfant (in http://www.one.be/).

[4] « Cendrillon, tu parles ! » est avant tout un spectacle qui porte à réfléchir, à se questionner sur différentes thématiques actuelles telles que : la condition de la femme, la différence, la prostitution, la contraception, les filles-mères, l’indépendance, l’autonomie, l’amour, les réalités de la vie, le chômage, la maltraitance, les violences conjugales.