- EDITO du 15 Octobre 2020 -

Se nourrir à sa faim est, depuis l’aube de l’humanité, un défi. La faim tenaille, la faim obsède. Dans notre société d’abondance vacillante, le spectre de la faim nous hante encore ou revient nous hanter. Pour certains, dans l’imaginaire, pour d’autres, en réalité. On a chacun nos stratégies pour se débarrasser de la peur de manquer de nourriture. Beaucoup accumulent des réserves y compris d’argent. D’autres contestent cette façon de thésauriser et voient que l’accumulation chez certains est justement la cause de la pénurie chez les autres. Ils partagent. Ils donnent une partie de ce qu’ils ont. Ou ils se limitent, adoptent la « frugale attitude », et cultivent des choux sur leur petit lopin. En ville, on voit fleurir des potagers. Dans le monde, la malnutrition fait des ravages[1].

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Le GRAIN participe à un projet européen de recherche-action visant d’une part, à soutenir des dynamiques communautaires en lien avec l’aide alimentaire et d’autre part, à analyser leur impact sur les participants en termes de développement de compétences[2]. En partenariat avec des Français, des Italiens et des Bulgares, nous nous intéressons en particulier aux compétences favorisant l’émancipation des publics fragilisés et leur participation dans les politiques en faveur de la transition alimentaire et de la défense d’une alimentation de qualité pour tous. Des groupes locaux sont mobilisés dans les quatre pays, avec au total à peu près 80 participants. En Belgique, nous travaillons avec quatre acteurs de l’aide alimentaire au niveau local : Le Resto du cœur « l’Edelweiss » à Mouscron, l’accueil Botanique à Liège, la maison Croix-Rouge de Liège et l’épicerie sociale du CPAS de Les Bons Villers.

La réunion de lancement du projet CETAL a eu lieu en France en mars 2020. Les partenaires et les représentants des associations bénévoles impliquées dans les quatre pays se sont rencontrés pendant trois jours de formation et de mise en réseau, partageant leurs expériences et leurs attentes concernant le projet. Lors de leur formation, ils ont expérimenté une méthode d’analyse participative qu’en tant que lecteurs des écrits du GRAIN vous connaissez bien: la Méthode d’Analyse en Groupe. Cette méthode consiste à réunir, pendant une à plusieurs (demi-)journée(s), une douzaine participants afin d’entendre leurs interprétations croisées sur une expérience vécue. Cette expérience, partagée sous la forme d’un récit sélectionné par les autres participants pour sa pertinence, est l’objet de plusieurs tours de table de discussions. Manon Bertha, dans son analyse intitulée « L’aide alimentaire comme point d’entrée vers l’émancipation ? » nous propose de revenir sur les conclusions de ces tables rondes, tandis que Béatrice Bosschaert, dans son article « Le lien social dans l’aide alimentaire à l’épreuve des contraintes spatiales, matérielles, temporelles et sanitaires », brosse un tableau des conditions matérielles de l’aide et analyse leur impact sur le lien social. Céline Lambeau, quant à elle, titille notre sens moral dans une analyse intitulée « Autour d’un waterzooi ». Elle pose la question : un bénéficiaire de l’aide alimentaire peut-il refuser de la nourriture qui lui est offerte ? Bruno Uyttersprot, enfin, revient sur une action inédite de solidarité alimentaire qui vient de fêter ses trente ans : Opération villages roumains. Cette organisation a mis sur pied un concept novateur et unique de « porte à porte humanitaire » qui a perduré jusqu’à nos jours. L’auteur, dans l’analyse : « D’Opération villages roumains aux Colis du cœur : une solidarité alimentaire impérative dans un monde perpétuellement en crise sanitaire » tisse un parallèle entre cette opération et les actions d'aide alimentaire actuelles telles qu’elles se déploient à Bruxelles en ces temps de pandémie. Il interroge la motivation et le sens donné à ces actions par certains de leurs volontaires.

Ce 16 octobre est la journée mondiale de l’alimentation[3]. Avec la crise inédite que nous traversons, la faim deviendra une question d’autant plus urgente et aiguë. Des travailleurs se retrouvent sans emploi, des indépendants sans revenu. Le public de l’aide alimentaire change. L’occasion de s’emparer collectivement de la question ?

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NOTE 1. 690 millions de personnes souffrent de sous-alimentation dans le monde, soit 10 millions de plus qu'en 2018 et près de 60 millions de plus en cinq ans. La pandémie pourrait encore aggraver ces tristes chiffres dans un avenir proche (source : rapport 2020 sur la sécurité alimentaire et l'alimentation dans le monde, de la FAO).

NOTE 2. http://www.legrainasbl.org/index.php?option=com_content&view=article&id=627&Itemid=291

NOTE 3. Voir le site de la FAO, le Programme des Nations Unies pour l’Alimentation : http://www.fao.org/world-food-day/theme/fr/


Labos participatifs

L’aide alimentaire comme point d’entrée vers l’émancipation ?

Manon Bertha

Le GRAIN participe à un projet européen de recherche-action baptisé CETAL visant d’une part à soutenir des dynamiques communautaires en lien avec l’aide alimentaire et d’autre part, à analyser leur impact sur les participants en termes de développement de compétences[4].

La réunion de lancement du projet a eu lieu en France en mars 2020. Les partenaires et les représentants des associations bénévoles impliquées dans les quatre pays se sont rencontrés pendant trois jours de formation et de mise en réseau, partageant leurs expériences et leurs attentes concernant le projet.

Le présent article est issu de ces analyses.

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 NOTE 4. Plus d’infos dans l’édito de cette newsletter et sur http://www.legrainasbl.org/index.php?option=com_content&view=article&id=627&Itemid=291

A l’écoute des terrains de la précarité

Le lien social dans l’aide alimentaire à l’épreuve des contraintes spatiales, matérielles, temporelles et sanitaires

Béatrice Bosschaert

En juillet 2020, une équipe du GRAIN est allée découvrir de l’intérieur les réalités des organisations qui ont relevé le défi de notre projet international CETAL (Compétences émancipatrices pour la transition alimentaire). Une fois plongée dans leur quotidien, j’ai été surprise par la diversité de leurs fonctionnements. Si nous avions cherché des groupes aux profils géographiques et aux activités différentes (colis, épicerie sociale, restaurant social) afin de pouvoir les comparer dans le volet recherche de notre projet, j’ai tout de même été étonnée de l’impact de certaines habitudes, certains choix ou certaines contingences matérielles sur la manière dont les services fonctionnent. Par exemple, l’organisation spatiale semble avoir un effet déterminant sur ces fonctionnements.

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D’Opération villages roumains aux Colis du cœur : une solidarité alimentaire impérative dans un monde

Bruno Uyttersprot

Le concept de souveraineté alimentaire ne cesse de nous interpeller par les enjeux permanents qu’il suscite. Entre la conscience d’un monde où l’industrialisation de l’alimentation en ce compris de l’agriculture, participe de la destruction inexorable de notre écosystème, certains d’entre nous scrutent vaille que vaille, dans le flux incessant des informations, les initiatives, pérennes ou pas, qui touchent à cette problématique. Et ce, quand il ne s’agit pas d’expériences de l’entourage proche voire de nos propres tentatives de permaculture. Cette préoccupation légitime semble malheureusement demeurer l’apanage d’une population sensibilisée… Alors qu’une partie majoritaire de la population mondiale essaye juste de se nourrir en fonction d’un pouvoir d’achat limité, quand elle ne souffre pas tout simplement de famine. Aujourd’hui comme hier, l’aide alimentaire continue de trouver sa pleine et entière nécessité. Deux exemples qui impliquent et touchent la Belgique à trente années d’écart.

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Du Grain à Moudre

Autour d’un waterzooi

Céline Lambeau

Autonomie alimentaire des individus, souveraineté alimentaire des nations : même combat ? Où l’on tisse le fil d’une parenté symbolique entre des micro et des macro-pratiques fondée sur un même besoin : rester acteur de ses pratiques alimentaires.

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