- Edito du 21 Décembre 2020 - 

Que re-Tenir de cette année où il a fallu TENIR ? 2020 se termine, une année étrange, où il nous a beaucoup fallu nous adapter : aux masques, à la distance, au sur-place, au tout au numérique, à ne plus voir de près nos vieux.

Cette année inédite renferme la promesse d’un certain renouveau, ne fût-ce que par les interrogations qu’elle a fait naître, mais la crise, qui n’est pas finie, a intensifié nos craintes pour l’avenir.

Assommés de statistiques sanitaires, nous en oublierions presque que la crise du COVID n’est pas, loin s’en faut, la seule crise qu’individuellement nous ayons à traverser. Nos existences sont jalonnées de moments difficiles. Il nous faut souvent trouver des stratégies pour tenir, en temps de pandémie ou pas.

Tenir…

Tenir la main de quelqu’un qui s’en va

Tenir à toi qui es loin

Tenir le coup face aux aléas de la vie

Tenir debout après la maladie

SouTenir ceux qui souffrent

MainTenir le lien malgré la distance

EntreTenir l’amitié qui nous lie

ObTenir de l’aide sans contrepartie

Tenir le choc dans l’épreuve

Tenir face aux injonctions paradoxales

Tenir ses engagements

Tenir sa ligne, respecter ses valeurs, se respecter

DéTenir juste une part de vérité

ReTenir l’autre dans nos bras

S’absTenir de juger

ApparTenir au genre humain

Tenir à ses convictions

Tenir le cap de ses objectifs

Tenir le crachoir pour défendre ses positions

Tenir bon !

[Béatrice Bosschaert]

Poème librement inspiré du travail de Marguerite Paradis, Sarah Bell et Geneviève Fuoco : rePaires, Le vocabul’Aire amoureux du Travail social que nous espérons vous partager en 2021.

Martine De Keukeleire revient sur une rencontre avec Frédéric Loboz, travailleur social spécialisé dans l’aide aux “habitants de la rue”, plus que jamais fragilisés par l’urgence nouvelle qui monopolise l’énergie des soignants. La pandémie, frein ou opportunité dans le champ du soin psycho-médico social ? Où l’on découvre qu’une crise peut être une excellente occasion de rebondir et de lancer enfin un projet trop longtemps reporté à demain. (Re)trouver du sens à ce qu’on fait est en effet une des clés pour continuer.

Autre champ professionnel : l’école. La pandémie a accéléré le tout au numérique et de nouvelles pratiques d’évaluation quantifiées. Dans son article intitulé “Tenir dans l’enseignement ou comment persister dans sa vocation, Bruno Uyttersprot revient sur la problématique des jeunes enseignants qui ne “tiennent” pas  plus de cinq ans en moyenne dans la profession. Que faire pour qu’ils s’y épanouissent, pour qu’ils gardent la vocation malgré les difficultés ? Des solutions existent, nous les parcourons avec lui.

Béatrice Bosschaert nous parle de MainTenir le lien malgré la distance. Le travail (social) réinventé en temps de pandémie, entre nouvelles normes sociales et injonctions paradoxales Elle pose un regard sur les transformations insidieuses des normes sociales qui, sous couvert de prévention, se déploient, générant leur lot d’injonctions paradoxales qui mettent à mal la résistance des travailleurs sociaux.

Avec Manon Bertha, nous explorons une autre signification du verbe Tenir. Ses engagements quotidiens en faveur d’une vie “sobre mais heureuse” la mettent dans une position de grand écart (c’est d’ailleurs le titre de son analyse) inconfortable. Comment contribuer à un changement tout en étant pris par les contraintes du monde tel qu’il est ? Telle est sa question.

Pour comprendre ce qui peut nous motiver, dans les circonstances de conflits familiaux par exemple, à ne pas sombrer dans la rancune ou la brutalité, Céline Lambeau, dans son analyse intitulée “S’accrocher au meilleur de soi”, revient sur les fondamentaux de notre capacité à résister en convoquant les théories de philosophes et psychologues de renom. 

Démis Pirard, enfin, se penche sur ce que, lors du premier confinement, nous avons appelé “Le monde d’après”. Chacun y a mis un peu ce qu’il voulait mais l’idée générale était la même: la pandémie offrait la preuve que le modèle économico-financier dominant était à bout de souffle, qu’il fallait passer à autre chose : accroître l’autonomie et la résilience des communautés, relocaliser et promouvoir les productions locales, cesser de consommer à bas prix et de brûler du pétrole, répondre aux impératif climatiques en acceptant de vivre plus simplement et en redonnant de la valeur aux choses vraiment importantes : la santé, le partage, l’éducation. Adviendra-t-il seul, comme une simple suite logique de la pandémie qui cloue au sol les avions et devait, nous le pensions alors, freiner la mondialisation ? Démis Pirard ne le pense pas. Dans son analyse "Maintenir… et défaire. Inertie et changement social à l’ère du Covid-19", il étaie cette thèse par des arguments tirés de théories de Pierre Bourdieu, Luc Boltanski et Frédéric Lordon. Le monde d’après, nous devrons le provoquer, le réclamer, l’incarner, et… Tenir nos positions et engagements.

Bonne lecture, bonne année nouvelle !

A l’écoute des terrains de la précarité

La pandémie, frein ou opportunité dans le champ du soin psycho-médico­­­-social ?

Martine De Keukeleire, Le GRAIN, Décembre 2020

Frédéric Loboz est psychologue clinicien attaché à l'équipe Liaison-Addictions de l'asbl Interstices, active au sein du C.H.U. Saint-Pierre (Bruxelles). Dernièrement, au hasard d'une rencontre avec lui, nous évoquions la situation du public fragilisé qu'il rencontre.

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Angles de vue

Tenir dans l’enseignement ou comment persister dans sa vocation.

par Bruno Uyttersprot, Enseignant et Maître de stage à l’Université Libre de Bruxelles

La crise sanitaire que nous traversons, par ses aspects systémiques, exacerbe les tensions dans l’exercice de la profession ; elle en magnifie certains aspects et en noircit d’autres.  Quelles stratégies s’offrent aux enseignants pour persister dans leur vocation ? Quels dispositifs sont mis en place pour les aider à garder le cap ? Comment appréhender la réalité quotidienne et professionnelle sans être usés par les conditions de travail ?  Voilà à quoi nous nous sommes intéressés dans cette analyse.

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Le grand écart

Manon Bertha, Le GRAIN, Décembre 2020

Peut-on, dans un pays quadrillé par les routes (où le déplacement à pied et à vélo relève, dans certaines zones, du parcours du combattant ; où la mobilité est à la fois une manière de se distinguer socialement et une injonction dans le monde du travail) être engagé contre les voitures (ou leur usage abusif) tout en en ayant une ?

Ce genre de questions fascine l’autrice de cette analyse. Entre ce à quoi on tient et ce qui nous tient, se trouvent les paradoxes de l’alteractivisme.

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S’accrocher au meilleur de soi

Céline Lambeau, Le GRAIN, Décembre 2020

La crise Covid19 bouscule nos modes de vie, rendant difficile voire interdit ce qui était évident… et parfois possible ou évident ce qui semblait difficile (faire une pause, prendre du temps pour soi et sa famille, sortir tous les jours, s’interroger sur le sens de ce qu’on fait). Rares sont les personnes que la crise sanitaire n’interpelle pas en un espace ou l’autre de leur identité : corps, sociabilité, sentiment d’utilité, parentalité, scolarité,…
Et nombreuses, celles qui  cherchent à quoi se « tenir » en attendant une suite dont la nature n’est pas claire. Pour comprendre ce qui en jeu dans le fait de « tenir bon » en pareille situation, la présente analyse rapporte le témoignage d'une « maman solo » sous pression à cause d’une relation tendue avec le père de ses enfants et examine sa volonté de rester une « bonne » maman au prisme de la philosophie et de la psychanalyse.

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Du Grain à moudre

MainTenir le lien malgré la distance. Le travail (social) réinventé en temps de pandémie, entre nouvelles normes sociales et injonctions paradoxales

Béatrice Bosschaert, Décembre 2020

Déraciné de ses habitudes professionnelles, chacun réinvente son quotidien. Nous sommes aux premières loges pour observer le changement social, la création de nouvelles normes. Tous, nous avons l’impression de vivre un moment historique, une aventure collective pour le meilleur et pour le pire. Les uns sont sous les projecteurs, les autres se sentent invisibles, incompris. Observons ensemble quelques conséquences collatérales des choix de société que nous faisons actuellement ou qui sont faits pour nous (parfois à notre insu).

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Maintenir… et défaire. Inertie et changement social à l’ère du Covid-19

Démis Pirard, Le GRAIN, Décembre 2020

Si les contributions de ce numéro visent surtout à lever une partie du voile sur comment nous arrivons à tenir au milieu des turbulences économiques, politiques, sociales, environnementales que cette pandémie semble révéler plus encore, l’auteur questionne comment et pourquoi, malgré les nombreuses demandes explicites d’un « monde d’après», plus solidaire, plus équilibré, plus représentatif de la diversité, plus inclusif, plus soucieux des effets de nos activités, émanant d’une pléthore d’acteurs et la nécessité objective de cette transition (nul besoin de rappeler ici la croissance constante des inégalités mondiales ou la catastrophe écologique déjà en cours), tout – du déploiement de la 5G aux aides accordées au secteur aérien – semble vouloir nous maintenir dans les logiques du « monde d’avant », celui de la croissance avant tout, de la destruction du vivant et du tissu social, de la course à l’innovation technologique.

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Petit rappel

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