une étude de Véronique Georis, 2020

             

Au cours de l’actuelle crise sanitaire, les fragilités des milieux humains sont apparues soudain au grand jour. A l’intérieur d’un Titanic brutalement immobilisé, notre pouvoir d’agir, nos capacités de cohabitation avec l’incertain, se sont imposés comme questions majeures.

Derrière leurs façades florissantes, l’effacement de pans entiers de nos sociétés est devenu maintenant évident pour chacun. Métiers du soin, personnel des maisons de repos, personnes sans-abris, sans papiers, ont vu la lumière des médias se porter sur eux.  Qualifiés de professions « essentielles », les infirmières, les urgentistes, les médecins généralistes, les femmes de ménage, les éboueurs, les enseignants et les travailleurs sociaux ont continué à œuvrer dans l’ombre.

Plus invisibles encore lors des décisions gouvernementales, les modes de vie des jeunes et des habitants des quartiers populaires ont par contre reçu un traitement médiatique au niveau des préjugés qu’ils subissent. 

Au-delà de tous les manquements politiques, mon propos au cours de cette étude à travers mon expérience professionnelle, est d’interroger le pouvoir d’agir citoyen. A partir de données récoltées grâce à mon implication dans l’éducation permanente et l’aide à la jeunesse, je porte un regard sur la question de la transformation sociale en cours à l’épreuve révélatrice du COVID 19.

Sur la base de mes carnets de terrain 2020, j’interroge l’expérience interrompue en février 2020 de l’école de transformation sociale, lancée à l’automne 2019 par le Forum bruxellois de lutte contre les inégalités, et je mets le focus à la suite sur quelques « passeurs de mondes » dans un quartier populaire où je suis travailleuse sociale.

Les récits des adultes et des jeunes concernés sont étoffés de données de terrain recueillies au cours des mois de confinement, déconfinement que nous venons de subir.

Enfin, en tant que praticienne et chercheure je poursuis des objectifs performatifs. Chaque carnet de terrain est suivi d’une approche réflexive et de pistes d’action, à la manière dont nous ont proposé de travailler Bruno Latour[1] et Bernard Stiegler[2]. Comme nous le verrons, en termes de pouvoir agir il ne s’agit plus de « faire participer » ou de « faire de la pédagogie » sous l’emprise des diktats de la « science » mais plutôt de co-construire dans et avec la précarité. 

[NOTE 1] Opus cité

[NOTE 2] Bernard Stiegler, Dans la disruption comment ne pas devenir fou ?, Les liens qui libèrent, 2016.

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