Véronique Georis, LE GRAIN, Mars 2021

Dans la rue, pointe un printemps précoce et dans ma tête une fanfare résonne (clin d’œil à la culture). À quand la transformation sociale tant attendue ? Dans ce texte je mets au centre l’errance de certains jeunes qui nous enseigne concernant les paradoxes du Travail Social et nous inspire de saisir l’opportunité d’un renversement de perspective politique dans la prise en compte des errances provoquées par le chaos croissant de nos sociétés.

printbuttonL’errance des « exclus »

« Non, il ne m’est point permis de mépriser un voyageur, quand il serait encore plus misérable que toi ; car les étrangers et les pauvres nous sont envoyés par Zeus. » Homère, Odyssée, chant XIV.[NOTE 1]

L’errance est sans doute la meilleure manière de qualifier l’expérience sociale des personnes exclues de nos sociétés marchandes mondialisées. Cette errance, à distinguer du nomadisme inscrit dans les manières de vivre des Rom ou des Dom, affecte aussi ces derniers quand ils sont forcés de quitter les régions où ils vivaient. Pour beaucoup de migrants vers l’Europe, la véritable errance commence à ses portes, dans les camps de rétention libanais, libyens ou grecs.

Les populations chassées de leur pays par les bombardements, la faim, l’absence de démocratie, l’incapacité à y gagner leur vie, à y voir grandir leurs enfants, se voient bloquées aux frontières, parquées dans des camps ou, si elles parviennent sur le territoire intérieur à l’Europe, renvoyées d’administration en administration, ne voyant jamais la fin de leurs parcours.

« On n’est pas des animaux » nous dit Annette , qui raconte comment à sa énième visite à la préfecture pour l’obtention de son titre de séjour, face à un interlocuteur invisible derrière son guichet, elle « a pété un câble » et s’est brusquement mise nue devant les fonctionnaires « aveugles » en hurlant qu’elle existait bien et qu’elle était faite de chair et d’os comme eux. » Il ne restait là qu’un corps hurlant pour imposer l’existence du sujet. »[NOTE 2]

Les entreprises shootées aux résultats chiffrés dont les indices de bien être des travailleurs virent au rouge, l’aide sociale, devenue activation des personnes, qui ferme ses portes à ceux qui en ont le plus besoin, engendrent une autre forme d’errance, interne au territoire. Celle d’hommes et femmes autochtones ou non, aux droits anéantis, sans emploi, sans ressources suffisantes, à la merci de propriétaires véreux dans des logements insalubres ou des squats.

Face à ces situations, au cours de la pandémie actuelle, nous assistons à un changement de perspective, les demandeurs d’aide, ayant des droits reconnus ou non, reprennent leur place au centre de l’aide apportée ; car les besoins sont devenus criants et plus sensibles.

Soudain, les frontières entre la société et ses marges, fût-ce par la perception du danger de contamination que représentent les personnes mal logées soudain rendues visibles[NOTE 3], sont à nouveau perméables.

La population locale et les services de proximité des quartiers populaires ont répondu à l’appel. L’aide alimentaire, dite humanitaire, devenue urgente, et le soin aux personnes sont vécus comme une forme de résilience par certains travailleurs sociaux de proximité et d’autres, tous détournés de leur fonctions habituelles, comme les « taximen du cœur » bénévoles ainsi que les associations d’entraide communautaire. Chacun se mobilise pour prendre soin des autres au cœur d’agencements entre aide formelle et informelle[NOTE 4].

Malheureusement et dans le même temps, certains services publics, les syndicats, les agences pour l’emploi,  se sont fermés aux visites et sont devenus encore plus inaccessibles, sous la pression des mesures sanitaires. Une dimension émergente de la rigidité du travail social devient monstrueuse ; le télétravail et les guichets numériques remplacent l’accueil humain, et du même coup, remettent au centre des préoccupations, la fonction d’hospitalité des institutions.

L’errance de certains jeunes nous aide à mieux cerner les paradoxes du travail social

« Toutes les affirmations demandent à être resituées dans leur contexte, dont dépend leur validité. » (Bruno Latour, in Philosophie Magazine, février 2021)

Face à la rigidité et aux modalités compliquées d’accès à l’aide à laquelle elle aurait droit, la personne se voit réduite à une posture infantilisante, déresponsabilisante et indigne. Les adolescent.e.s en sont la meilleure illustration : les problèmes qu’ils posent aux adultes, peuvent favoriser la compréhension pour nous de ce que provoque l’absence d’appui social et relationnel au cœur d’un milieu donné :

« La logique du monde adulte entretient le pubère dans son irresponsabilité et lui propose des ersatz de responsabilités qui entretiennent sa dépendance. Pour un sujet bouleversé par la puberté, la confrontation à un monde adulte qui donne l’impression de ne pas lui fournir d’appui le laisse sans recours et dans un grand désarroi. »[NOTE 5]

Devant les grands écarts entre les buts annoncés et la réalité des relations engagées avec les plus fragiles, le décrochage massif de jeunes précarisés par leur milieu et face au phénomène du non recours aux droits, les travailleurs sociaux remettent depuis longtemps en question les logiques d’intervention qui leur sont imposées, dans les institutions d’aide à la jeunesse, les établissements scolaires, les missions locales ou les centres d’action sociale[NOTE 6].      

Au regard des effets prévisibles de la pandémie qui nous touche, le travail en réseau interdisciplinaire entre les services de santé mentale, les services de proximité comme les AMO, les services communaux d’accrochage scolaire et les institutions scolaires, se renforce. Certains établissements scolaires s’ouvrent. Avancées ponctuelles et sporadiques dans l’urgence qui nécessiteraient d’être soutenues par une gestion à plus long terme. Il s’agit d’abord de mieux comprendre d’où vient l’errance provoquée des jeunes.

032021vero2Qui sont les jeunes en errance ?

Depuis de longues années, de nombreuses recherches aboutissent à des conclusions alarmantes à propos de la situation des jeunes en errance.

A l’origine des fuites de ces adolescents, se trouve très souvent une famille précarisée. Des parents qui vivent un jour après l’autre et dépriment, une mère seule, quelquefois sans papiers, des adultes en dépossession d’eux-mêmes. Ces adultes vivent sur le fil du rasoir, mères seules, pères absents, familles décimées par la course à l’argent, chômeurs, travailleurs en burn out ne supportant plus le flicage de leurs  chef.fes. Des revenus du travail insuffisants et les perspectives d’avenir inexistantes. Une structure manque, des droits sociaux et humains sont bafoués au bénéfice d’une forme de protection dérisoire de la société dominante.

A la génération suivante ces galères parentales jointes à l’absence de tuteurs de résilience extérieurs se traduisent par l’errance d’enfants qui ont grandi à la frontière du désespoir. A l’instar du Délégué Général aux droits de l’enfant, je préfère les nommer « enfants ». Bien que nombre d’entre eux soient déjà dans leur tête adultes, car c’est au moment de l’adolescence que commencent ces dérives, beaucoup n’ont pas 18 ans et quand ils atteignent l’âge de la majorité vivent à ce moment une transition impossible vers l’âge adulte.

Enfants ayant mal vécu leur présence dans des institutions d’hébergement, leur adoption suite à un abandon parental, orphelins d’une famille, ayant subi des violences intrafamiliales, sociales dans les écoles, le harcèlement et l’absence d’écoute ainsi que l’inadaptation de leur environnement à leur présence, ils ont été refoulés vers la rue.

« Le passage à l’acte est une autre forme de mise en acte où c’est la place du sujet qui est en jeu. L’adolescent s’éjecte d’une situation qui lui est insupportable, d’une situation où sa qualité de sujet, la liberté qu’il puisse engager une parole, ne lui est pas possible. »[NOTE 7]

Ces dénommés « incasables », interrogent la société et le travail social à plus d’un titre.

L’errance des jeunes

A propos des jeunes en voie de radicalisation, Tobie Nathan, ethnopsychiatre, nous décrit des « âmes errantes »[NOTE 8], des enfants à la recherche du sens de leur vie, privés d’adultes et d’espaces d’accueil capables de les éclairer sur ce chemin.

Au moment de l’adolescence se vit, pour beaucoup d’entre nous, une recherche d’autant plus pénible qu’elle est mal accompagnée. Pour un petit nombre, cette quête conduit à l’errance.

« L’adolescence se présente comme un temps particulièrement propice aux passages à l’acte puisque ce temps de franchissement consiste pour le sujet à frayer sa place dans le monde adulte. »[NOTE 9]

Invitée, lors d’un webinaire avec l’Habitat défi jeunes l’HELHA et l’école sociale de Lille,  à présenter l’étude 2020 du Grain, qui se penche sur le pouvoir d’agir des jeunes invisibilisés dans la crise sanitaire, j’ai pu prendre connaissance d’une recherche française sur le sujet[NOTE 10]. Les constats sont rudes.

Les jeunes déjouent les projets prévus pour eux et à leur place. D’abord, l’offre d’accueil est non adaptée ; même quand ils sortent de l’errance, les jeunes connaissent des échecs répétés car leur instabilité reste latente.

«C’est un paradoxe mais on a des difficultés à établir des choses très basiques avec les jeunes dans la continuité. Cette fluidité de plus en plus grande peut être liée à l’absence de maturité. Les jeunes sont dans le coup par coup. On a d’énormes difficultés à travailler avec eux» (un Directeur de structure).[NOTE 11]

En réalité l’exclusion sociale s’est inscrite en eux comme une manière de vivre, en marge. Les aides apportées sont trop courtes est ne permettent pas de retrouver une véritable stabilité.

«Les structures qui reçoivent n’ont plus de fonds pour recevoir convenablement les jeunes qui sont dehors. Le gamin, quand on ne lui apporte pas des solutions, il nous dit: “je vais voler”. C’est un peu dur. C’est pire quand il nous dit qu’il va se suicider.» (Un responsable)[NOTE 12]

Baladé de structure en structure, le jeune vit une nouvelle errance, il est confronté à de multiples référents sans lien entre eux. L’accueil des services n’est pas adapté à ses rythmes de vie, les règles sont trop rigides, pas assez souples au regard du monde de la rue d’où il vient.

L’affectivité est refoulée aux portes de l’institution d’accueil ; les chiens, les compagnons, compagnes, la bande qui a permis la survie jusque-là, n’y ont pas droit de cité. Sans parler des jeunes mères avec enfant qui risquent de se le voir retirer. L’environnement de survie du jeune est mis sous le contrôle d’un monde dominant dans l’incapacité de se remettre en question à partir de sa marge. Ce mouvement d’exclusion s’inscrit dans le psychisme. Rien de ce qui fait désormais la vie de ces jeunes n’est admis à l’intérieur des frontières trop rigides des structures prévues pour eux.

Comme pour les adultes SDF, la transition trop brutale vers un habitat solide les renvoie vers la rue. Au moment d’une insertion, les conditions, le langage administratif, leur restent étrangers et les déshumanise.

Une autre étude française présente l’errance de certains jeunes adultes comme un choix conscient devant l’inhumanité des solutions qui s’offrent à eux[NOTE 13] :

« Une forme permanente de manifestation du mal-être, rapportée par tous les jeunes, est l’engagement dans des fugues de plus en plus longues et de plus en plus lointaines durant lesquelles s’est opérée la rencontre avec le monde de l’errance dans les centres villes, les gares, les parcs publics, les squats. Et ici aussi le système public de prise en compte des fugueurs est à interroger. »

Devant les trous géants dans les mailles de ce filet social, les directeurs d’institutions s’interrogent et réclament des règles plus souples, un travail interinstitutionnel mieux articulé. Ils dénoncent la triple errance des jeunes : une errance de rue suivie d’une errance institutionnelle qui débouche sur la précarité de rue du « sans domicile fixe ».

Les jeunes tournent en rond de leur propre aveu, car l’accueil premier ne débouche sur aucune solution durable. Comment peuvent-ils rendre compte de leur expérience réelle dans les termes admis? Un accompagnement efficace nécessiterait un travail en réseau formalisé centré sur les situations particulières de chaque jeune.

Une recherche participative adaptée

A Bruxelles s’est ouvert sous l’impulsion du Forum Bruxelles  contre les inégalités, un espace de recherche action participative sur ce sujet[NOTE 14] ; 55 jeunes, femmes et hommes, en errance ont été interrogés[NOTE 15]. Un discours de l’intérieur émerge.

Devant l’impossibilité de gagner sa vie légalement, ces jeunes mettent en avant les dilemmes qui les agitent, la souffrance de n’avoir ni habitation ni nourriture, les prises de drogue pour oublier, le vol, la délinquance pour survivre et les interventions sécuritaires de la police. Ils dénoncent l’école : l’absence de prise en charge face au harcèlement, les limites des CPMS, l’absence d’apprentissage utile, l’orientation par l’échec, les attentes différenciées entre établissements. Ils pointent la solitude dans la rue, les cercles vicieux, pas d’adresse, pas de revenu. Ils réclament des centres non mandatés, des prises en charge assumées globalement par la société et pas seulement à la marge.

« Heureusement y a des gens [qui m’hébergent] même si je fous la personne dans la merde parce que clairement je peux pas et que lui aussi il a des règles à suivre. Moi je peux rien faire, je peux même pas dire ‘ouais c’est gentil je vais faire les courses pour la maison’ parce que j’ai pas de revenu donc... je squatte un endroit où, ouais, c’est gentil de sa part mais moi je me sens comment dans cette situation ? C’est lourd à porter aussi. » (Kamille, 17 ans)[NOTE 16]

032021vero3Les personnes qui les hébergent un moment ont souvent elles-mêmes des revenus soumis au statut d’isolé. Au-delà des solutions provisoires, ils ont surtout besoin d’un lieu de confiance pour déposer leur anxiété, leurs angoisses face à la vie et renouer le fil de leur histoire. Malgré l’extrême précarité, certains s’accrochent à l’école où les dégâts physiques et psychologiques de la vie en rue les empêchent de tenir.

Dans les institutions prévues, les jeunes ont le sentiment de n’être pas écoutés réellement, que ce soit à l’école ou dans les institutions d’aide et de placement, et qu’on décide pour eux, sans leur accord. Ils ont subi des orientations scolaires précoces sans avoir eu le temps de penser à leur avenir.

En 2018, le ministre de l’aide à la jeunesse comptait en Belgique francophone, 130 jeunes de 16 à 25 ans, jugés « incasables », voyageant entre le domicile de leurs parents, les différents types d’aide, les copains et la rue, menacés de « sans-abrisme »[NOTE 17].

Face à cette réalité, le nombre de lieux d’accueil inconditionnel, non mandatés, est largement insuffisant (deux à Bruxelles, où le séjour, renouvelable, va de 24h à quelques jours). Les jeunes parlent du « triangle d’or » entre trois services, les deux bruxellois, Sos Jeunes et Abaka et Point jaune à Charleroi ; ils cheminent régulièrement d’un service à l’autre. Ils apprécient également l’aide à bas-seuil dans la proximité, les travailleurs sociaux de rue des services AMO qui les informent de leurs droits.

Ces jeunes vivent à 18 ans une rupture magistrale, ils sont contraints de rejoindre l’aide pour adultes, où ils rencontrent encore plus de dureté dans les pratiques ; l’accès au revenu minimum d’insertion est un parcours du combattant en l’absence de logement alors qu’ils sont assignés au nomadisme, entre les canapés des copains, et les nuits en centre d’accueil.

Youssef, 24 ans, raconte : « T’as 24 piges, tu te retrouves dans un centre et là tu vois des gens de 60 piges qui se shootent à l’héro, ça attaque le moral direct, direct tu te dis je vais finir comme ça, tu vois... »[NOTE 18]

La transition vers un logement fixe s’avère compliquée dans les conditions actuelles du logement et nécessite un accompagnement proposé par certaines AMO ou le projet Housing First.

Cette recherche met finalement en lumière l’importance des liens noués entre pairs pour survivre en rue et avec des éducateurs pour s’en sortir, au contraire des interventions musclées de certains services où on sait d’avance ce qui est bon pour le jeune, où tout semble aller de soi, alors que pour ce dernier tout est à reconstruire. 

Comment prévenir les ruptures ?

« Ce qu’il faudrait, estime le délégué général aux Droits de l’enfant, c’est la mise sur pied d’un lieu à très bas seuil d’accès et l’intensification du travail de rue de proximité, dans l’intérêt de ces enfants et non dans celui de la sécurité. »

La question est posée au niveau d’une prévention tertiaire. Pour se reconstruire, le jeune a besoin autour de lui, dans la proximité de son vagabondage, d’un tissu souple mais solide. Il a connu suffisamment de ruptures au cours de sa vie pour qu’on évite de lui imposer à nouveau des faux choix, des solutions forcées sans alternative, où il ne se retrouve pas.

Au niveau d’une prévention primaire, la pratique de la coéducation dans les quartiers, loin d’être atteinte, demanderait à se développer au-delà des quelques expériences en cours, qui survivent souvent grâce au FSE, autour des services de proximité. La coéducation favorise le croisement des regards et des savoirs entre professionnels, internes ou externes aux écoles, et parents. A l’intérieur des classes, les intervenants externes peuvent également soutenir la parole des enfants et la prise en compte de leur expression par l’institution scolaire.

Il s’agit de développer des agencements complexes où les demandeurs ont une place primordiale, de combattre les hiérarchies, les habitudes, les corporatismes, de s’ouvrir à des rencontres avec les personnes d’autres quartiers, de nouer des relations inhabituelles, d’instituer un certain vagabondage professionnel.

« Les parents ont dénoncé tout ce qui, dans l’environnement lui-même de la dégradation du logement à l’absence de tout espace vert, mettait en souffrance leurs enfants, ne respectait pas leur dignité. Tout ce qui cassait leur rêve, coupait leur élan de vie, générait chez eux des désillusions voire du désespoir.[NOTE 19]» 

Conclusion

Les logiques politiques de l’aide générale, des systèmes d’enseignement, d’éducation, d’aide à la jeunesse et le travail social qui en résulte, sont trop souvent inscrites à l’intérieur du modèle TINA  (There Is no Alternative) généré par le capitalisme ambiant. Plutôt que d’occuper le centre de l’attention, la prévention des ruptures sociales en la matière est le parent pauvre, le petit camion balai derrière une gigantesque mécanique à exclure.

Cette atmosphère de déréliction animée par un mouvement de rejet des plus vulnérables imprègne malheureusement les choix de nos gouvernements face à la montée de la pauvreté induite par l’insécurité économique. Elle provoque des interventions contreproductives de la part des institutions soumises à ces injonctions paradoxales : aider sans aider, banaliser la misère, désespérer les parcours.

Ces partis pris affectent tous les publics pris dans des transitions ; en premier lieu les enfants, mais aussi les citoyens en devenir que sont les parents migrants, les nouveaux pauvres, les déclassés du travail en perte d’identité, l’ensemble des hommes et les femmes en quête d’avenir.

A la radicalité du monde marchand répondent d’autres radicalités, celle notamment des nationalismes triomphants, toutes visant à retrouver le contrôle, fût-ce grâce à un Dieu vengeur, sur nos vies et notre milieu dévasté.

 « Ces enfants d’extraction modeste, nés dans une famille désaffiliée, écartés de la filiation par les aléas de l’existence, mal désirés, quelques fois malvenus… Chacun d’eux perçoit dans le prosélytisme islamiste une invite personnelle, une parole qui lui serait adressée en propre, comme la promesse d’une réparation. »[NOTE 20], nous dit l’ethnopsychiatre Tobie Nathan.

Grâce aux leçons de cette expérience commune qu’est la gestion des conséquences de la pandémie actuelle, qui fait suite à l’accélération inquiétante de crises d’autres types, nous avons peut être une chance d’inscrire un renversement de perspective politique dans l’approche de la relation d’aide, comme l’avait fait, suite à la guerre civile en Espagne, la psychothérapie institutionnelle à sa naissance[NOTE 21]dans les camps de réfugiés espagnols en France et dès 1940 à l’hôpital saint Alban. 

NOTES / REFERENCES

[NOTE 1] In NATHAN, T., Les âmes errantes, L’iconoclaste, Paris, 2017, p.9.

[NOTE 2] DAVOUDIAN, C., Mères et bébés en errance migratoire, yapaka, mars 2020, p.38.

[NOTE 3] Précarité et pandémie, la double peine - émission Temps présent. 2020Covid-19 : la double peine des précaires, été 2020, SBAR asbl, Bruxelles

[NOTE 4] GEORIS, V. Le Pouvoir d’agir des invisibilisés, Le GRAIN ASBL, étude 2020.

[NOTE 5] FORGET, J.-M., Les violences des adolescents sont les symptômes de la logique du monde actuel. Yapaka, 2007, p.9

[NOTE 6] Voir notamment l’article sur les Valeurs du Travail Social et l’interpellation des AMO depuis 2 ans.

[NOTE 7] ibidem, p.33.

[NOTE 8] JOVELIN E., DEQUIRE A.F, Trajectoires des jeunes sans domicile fixe dans le Nord-Pas-de-Calais, initiatives et évaluation des dispositifs d’accompagnement, Ed. La voix du Nord, Lille, 2006.
DEQUIRE AF, JOVELIN E., La jeunesse en errance face aux dispositifs d’accompagnement, EHESP, Paris, 2009.

[NOTE 9] FORGET J.-M., Les violences des adolescents sont les symptômes de la logique du monde actuel. Yapaka, 2007, p.35.

[NOTE 10] Synthèse de sa recherche (opus cité) : Les institutions françaises face aux jeunes en errance, Anne Dequiré

[NOTE 11] Opus cité p.10

[NOTE 12] Ibidem

[NOTE 13] CHOMBEAUX, F. « Comment prévenir, puis enrayer l'errance des jeunes ? », Journal du droit des jeunes, vol. 328, no. 8, 2013, pp. 11-13.

[NOTE 14] L’errance racontée par les jeunes, rapport de recherche, Bénédicte Demuyder, Martin Wagener, trimestriel de Forum Bruxelles contre les inégalités, n°26, 2020.

[NOTE 15] Voir sur leforum.org

[NOTE 16] L’errance racontée par les jeunes opus cité, p.15

[NOTE 17] Jeunes en errance à la recherche d’une nouvelle réponse intersectorielle, Prospective jeunesse, n 88.

[NOTE 18] Ibidem, p.30

[NOTE 19] ROCHE, P., La puissance d’agir au travail, éres, Toulouse, 2016, p.236.

[NOTE 20] Opus cité, p.64.

[NOTE 21] Oury J., Le Collectif, Le Séminaire de Sainte Anne, Champ social éditions, 2005.

François Tosquelles, une Politique de la Folie, DVD, La sept, Anabase filme, L’INA, France 89.

Analyse à suivre dans un prochain numéro d’Akène.