- Communication du 9 novembre 2021 -

Pour parler d’un groupe d’humains, la langue française dispose de nombreux termes : rassemblement, foule, club, clan, ligue, meute, équipe, clique, troupe… « Pour un tel inventaire il faudrait un Prévert », aurait dit Brassens.

La plupart de ces termes renvoient à une dimension affective, à des groupements de personnes qui se réunissent en vertu de traits ou centres d’intérêts communs. L’être humain est animé d’un profond désir de cohésion nous dit Jean-Pierre Meunier[note 1] dans son « Introduction aux théories de la communication »: «…Cohésion avec l’image de soi à laquelle on s’identifie, cohésion avec d’autres dans les groupements que l’on constitue avec eux. Que l’on pense ici aux multiples manifestations du plaisir d’être ensemble, de partager les mêmes actions, les mêmes sentiments ou idées, de se fondre dans une foule, d’appartenir à un même groupe, de faire corps avec d’autres dans une institution, une entreprise, une nation, une région, un public, enfin, une classe sociale ».

Il ajoute cependant que ce plaisir de la cohésion s’accompagne dans le même temps de pratiques d’exclusion, de différenciation voire de discrimination envers les autres groupes qui ne partagent pas les mêmes centres d’intérêt ou caractéristiques. La cohésion se nourrit d’opposition.

La notion de « collectif » ne comporte pas la même dimension affective. Ce terme renvoie à un mode d’organisation plus policé, uni autour d’une question à étudier, d’un travail à réaliser.

Dans ce numéro d’Akène, nous étudions comment le travail en collectifs- regroupant des élèves, des enseignants ou des représentants des deux catégories- peut enrichir les pratiques scolaires.

Bruno Uyttersprot ouvre le débat en montrant comment le travail enseignant est parcouru de tensions entre individualisme et pratiques collectives, au sein d’établissements scolaires aussi divers que les publics qu’ils accueillent.

Le métier de professeur est traditionnellement pratiqué en toute autonomie. Ça, c’était avant le Pacte pour un enseignement d’excellence, qui entend mettre un terme à une forme de solitude professionnelle de l’enseignant. Via les plans de pilotage, il s’agit d’amener l’ensemble de la communauté scolaire à travailler de manière collaborative, à élaborer ensemble des stratégies, des méthodes, des dispositifs voire des contenus. Martine De Keukeleire est allée prendre le pouls auprès d’enseignants et de directeurs d’école afin de percevoir comment ces changements sont vécus et ressentis sur le terrain. 

Le collectif permet d’apprendre, c’est la conviction de Yolande Verbist, qui revient sur les projets mis en place dans son école pour entretenir le lien et l’envie d’apprendre des élèves confinés à la maison.

Si le collectif permet d’apprendre, est-ce qu’on apprend le collectif à l’école ? Et si non où ? Delphine Huybrecht tente de refaire le tour de cette question en s’appuyant sur un certain nombre de ressources théoriques mais aussi son expérience de prof et son parcours de militante.

Démis Pirard, enfin, nous aide à prendre un peu de hauteur sur la question du collectif à l’école. Il se demande dans quelle mesure l’école, considérée dans sa dimension structurelle et institutionnelle, permet en réalité de « faire collectif ». Et si oui, de quel collectif est-il question ? Pour ce faire, il est allé à la rencontre de Jean-François Guillaume, sociologue spécialiste des questions d’éducation à l’Université de Liège, professeur et formateur des futurs enseignants en sciences sociales. Il évoque avec lui les évolutions de l’enseignement en Belgique francophone, les nouvelles missions de l’enseignant·e, l’apparition de dispositifs numériques au sein des classes, ou encore les effets engendrés par la pandémie de COVID-19.

Ce numéro 2 d’Akène est illustré grâce aux photos de Thierry Goyvaerts. Cerise sur le gâteau, Marc Descornet nous propose un regard décalé et humoristique dans son « Hors cadre » intitulé : « Abelard et l’abstraction relationnelle ».

Bonne lecture ! lire la revue

[note 1] MEUNIER J.-P., PERAYA D., Introduction aux théories de la communication, De Boeck Supérieur", 2010, 459 p.


032021manon introDu Grain à moudre

L’école : espace de travail solitaire et réticulaire, individuel et collectif

par Bruno Uyttersprot

Dans un monde éducatif qui a basculé un temps au tout ou presque-tout numérique, l’enseignant a dû s’adapter et relever le défi de cette contrainte, afin d’assurer un suivi des apprentissages, garder et entretenir le lien avec ses étudiants.
Ainsi, à la culpabilisation sur son individualisme a succédé l’injonction au travail collaboratif sur le terrain, auquel répond le développement d’une communauté virtuelle via des interfaces pédagogiques en tant que système opérationnel.
Comment vivre ces mutations successives dans un continuum à la cohérence incertaine, où le sens s’inscrit, invariablement, dans un récit collectif auquel il peut être difficile, pour l’individu, d’adhérer ; et où le vécu nous renvoie à notre singularité d’être « en (in)capacité » de pratiques ? Et si le salut des pédagogues et des apprenants passait par la révolution des consciences ? lire l'article

032021beaintroA l'écoute des terrains

Le plan de pilotage : une opportunité pour une collaboration accrue entre enseignants… ?

par Martine De Keukeleire

La visée du Pacte d’Excellence, par le biais des plans de pilotage, est de réduire les inégalités, d’augmenter l’inclusion scolaire et l’équité du système éducatif belge. Dans ce but, il invite les équipes éducatives à se penser comme des communautés pédagogiques de praticiens chercheurs. Et à placer la coopération au cœur de leurs pratiques.  Le plan de pilotage, qui implique la co-construction du contrat d’objectifs, prévoit la généralisation des pratiques collaboratives présentées comme condition de sa mise en œuvre. Chaque école de la Fédération Wallonie-Bruxelles a abordé cette étape de façon différente. Alors collaboration, coopération, concertation ? lire l'article

032021xavier introA l'écoute des terrains

Parce que le collectif permet d’apprendre

par Yolande Verbist

Un jour de mars 2020, covid oblige, les écoles ont été fermées et cela a duré 3 mois. Dans une petite école comme la nôtre, qui accueille 50 enfants âgés de 3 à 13 ans ayant des « troubles du comportement », c’est à dire des enfants qui ont des difficultés dans le lien à l’Autre, il a fallu inventer… Au travers de ces recherches créatives, nous (re-)faisions, en creux, l’expérience que si l’école est au service des individus, elle est surtout un collectif ! Ce collectif donne sens, consistance et plaisir aux apprentissages. Il en est le cœur et nécessite un vrai travail pour pouvoir jouer son rôle ! lire l'article

032021bruno introDu grain à moudre

L’art de coopérer s’enseigne-t-il à l’école

par Delphine Huybrecht

L’école est un lieu de socialisation. Donc, un lieu où l’on apprend à respecter les règles d’une institution, à différer la satisfaction immédiate de ses envies, par exemple. Mais qu’en est-il de l’influence de l’école sur les capacités qu’auraient les jeunes, les enfants, à collaborer ? L’école leur enseigne-t-elle cela et si oui, comment ? lire l'article

032021vero introAngle de vue

Entre besoins individuels et organisation collective : l’école contemporaine sous tension

par Démis Pirard

Au travers de différents éclairages ou témoignages, ce numéro deux de la revue Akène se donne pour ambition de traiter de la question du « faire collectif » au sein de l’école. Il semblait important et nécessaire de prendre un peu de hauteur sur cette thématique, en se demandant dans quelle mesure l’école, considérée dans sa dimension structurelle et institutionnelle, permet en réalité de « faire collectif ». Et si oui, de quel collectif est-il question ? Ce « faire collectif » prendra en effet des tournures très différentes suivant que l’on considère les élèves d’une classe particulière, d’une faculté, d’une faculté en concurrence avec une autre, d’un établissement. Ou suivant qu’il intègre ou non l’enseignant·e…lire l'article
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