Francis Tilman, le Grain, août 2022

Francis Tilman, fondateur de l’Asbl Le Grain et auteur du Défi pédagogique, nous présente une analyse des conceptions de l’émancipation, au fondement de l’éducation permanente. Ce cadrage théorique propose des points de repères pour l’action.

printbuttonIntroduction

Les actions d’éducation permanente et de travail social cherchent à concrétiser une intention : l’émancipation. Cette notion est plus qu’un concept, c’est un imaginaire car pour guider une intervention sociale, il faut un système de représentations qui repose sur des valeurs, des analyses, des stratégies. Cet article est un court essai pour dégager six imaginaires qui inspirent les pratiques qui se veulent émancipatrices (certains sociologues parlent de matrices de pensée, de paradigmes de l’action ou encore d’idéologies guidant l’action.)

Il s’agit d’idéaltypes (comme les définit Max Weber), c’est-à-dire de modèles qui caractérisent un pan de la réalité. Ces modèles sont abstraits. Ils servent de grilles de lecture pour décoder et comprendre les pratiques foisonnantes du terrain.

Bien que théoriques, ces modèles ne sont pas normatifs. Il ne s’agit pas de dire la « bonne » émancipation mais d’essayer d’appréhender les logiques qui inspirent les actions à visée d’émancipation sociale.

Je propose de caractériser les six imaginaires de l’émancipation suivants : par la Révolution/le Réformisme ; par la Formation ; par le Projet autogéré ; par le Care ; par la Dénonciation ; par le Retrait. Je caractériserai chacun de ces imaginaires par les dimensions suivantes : les concepts qui définissent le problème à la base de l’action ; les représentations de l’intervenant du public concerné ; les objectifs de l’action ; les moyens et les méthodes mobilisés ; les valeurs qui motivent l’action ; le rôle de l’intervenant.  

Afin de pouvoir cerner ces imaginaires d’action, il est nécessaire de s’accorder sur une définition minimale de l’émancipation. Je propose la suivante : sortir d’une tutelle. Autrement dit s’affranchir, se libérer d’une dépendance, d’un pouvoir [Galichet, 2014].

L’émancipation par la Révolution/le Réformisme

Cette approche est historiquement la première. Elle prend racine dans la prise de conscience de la réalité ouvrière du 19e siècle.

Les concepts définissant le problème

Il y a, au 19e siècle, des descriptions de la réalité vécue par les populations prolétariennes. Au-delà de ces constats, pour ceux qui ne peuvent accepter cette situation, il y a une recherche des causes des conditions faites au peuple des travailleurs manuels. Elles sont saisies à travers certaines notions dont celles d’exploitation (les travailleurs sont « volés » du produit de leur travail) et d’oppression (les prolétaires sont soumis à un pouvoir tyrannique qui les oblige pour survivre misérablement de travailler jusqu’à l’épuisement). Les mécanismes sont inscrits dans des structures de pouvoir qui reposent sur la propriété privée des moyens de production ; les autres structures, dites superstructures (politique, justice, école, culture, famille, …) renforcent le pouvoir économique et son organisation (infrastructure)[note 1].

Les représentations du public

Les populations exploitées sont résignées et aliénées (elles ont intériorisé leur condition comme inchangeable). Il y a, d’un côté, les patrons propriétaires et décideurs et, de l’autre, les ouvriers sans moyens et stricts exécutants.

Pour tenir le coup, ces populations construisent une culture de survie, dite culture populaire, c’est-à-dire un mode de vie basé sur des valeurs (dont la solidarité et une identité fière) et la recherche d’une qualité de vie minimale en dehors du travail, à partir des contraintes qui s’imposent au groupe social.

Les objectifs de l’action

Dans ce contexte, l’émancipation du peuple, visant la libération de l’oppression et de l’exploitation, ne pourra se faire que par des transformations structurelles profondes du pouvoir.

Ceci nécessite de rendre les travailleurs capables de comprendre les mécanismes par lesquels ils sont maintenus dans leur état. (Conscientisation.)

Les moyens et méthode mobilisés

Les transformations structurelles ne pourront être obtenues que par la création d’un nouveau rapport de force entre classes sociales. Cette transformation est initialement pensée comme un renversement du pouvoir de classe (lutte des classes), dans la vision du marxisme ou dans un partage du pouvoir et des bénéfices de l’activité économique dans la vision réformiste (social-démocrate) succédant à la visée révolutionnaire. Dans la vision social-démocrate, la transformation vise aussi les conditions de travail et de vie quotidienne.

Les transformations nécessitent une lutte collective, organisée de manière stratégique. Son efficacité dépend de la pertinence de l’analyse des causes de l’exploitation et des formes concrètes qu’elle emprunte pour s’imposer. Elle dépend surtout de la capacité des travailleurs à se mobiliser collectivement. L’action est nécessairement conflictuelle.

L’action doit être radicale et « faire mal » aux capitalistes en les touchant financièrement, seul langage qu’ils comprennent.

Ces luttes sont menées par des organisations puissantes, regroupant un grand nombre de membres, bien organisées, se donnant le plus de moyens possibles.

Les valeurs qui motivent l’action

Un humanisme, qui défend l’égale dignité de tous les êtres humains quelles que soient leur activité professionnelle, leur formation, leur genre, leur couleur de peau et un principe d’égalité inspire l’engagement des militants.

La solidarité est une vertu cardinale pour obtenir des résultats concernant les conditions de vie, les conditions de travail, l’efficacité de l’action.

Le savoir scientifique, en sciences humaines, éclaire les problèmes et ouvre des voies pour l’action.

Les rôles de l’intervenant

L’intervenant externe est le militant, issu du milieu populaire (idéalement). D’engagé spontané, il peut parfois devenir permanent d’une organisation sociale (mouvement anarchiste, syndicat, mutuelle, organisme d’éducation populaire, coopérative, …).

Il met à la disposition des travailleurs les savoirs qui vont leur permettre de comprendre leur situation et les mécanismes qui la créent. Il s’attache à les conscientiser en quelque sorte. Il montre les stratégies possibles qui peuvent modifier profondément leur condition. Par la discussion, il s’efforce de les convaincre de s’engager, collectivement, dans de telles actions. Il organise la lutte et guide les opérations sur le terrain.

Ces militants constituent, à leurs propres yeux, une avant-garde de l’action révolutionnaire ou de l’action réformiste[note 2].

L’émancipation par la Formation

Émanciper par l’instruction est une très vieille idée. Elle est déjà explicitement développée en 1795 par Condorcet, par exemple. Elle commence à se mettre en place à la fin du 19è, début du 20è siècle avec l’école obligatoire.

Les concepts qui définissent le problème

A l’époque de Condorcet, il s’agit d’émanciper le peuple de l’obscurantisme de la religion et de l’ignorance savante qui le maintiennent en position de domination. La plus grande partie de la population est tenue en dehors des « Lumières de la raison » et c’est pour cela qu’on peut l’asservir. L’ennemi est l’ignorance et le savoir est un pouvoir.

Le savoir est un pouvoir. Aujourd’hui cette affirmation se comprend de la façon suivante. Le savoir est un pouvoir direct d’abord parce qu’il permet à l’individu de comprendre sa situation et son environnement. Mais le savoir, c’est aussi être capable d’esprit critique et de pouvoir continuer sans cesse à apprendre. Le pouvoir est également un pouvoir indirect parce qu’il permet d’acquérir des compétences et éventuellement un diplôme pour remplir certaines fonctions, exercer certaines activités et par là s’intégrer et progresser socialement dans la société.

Le savoir s’acquiert systématiquement dans différentes institutions : la famille, les établissements scolaires, les organismes et les services de formation, les associations culturelles.

L’accès au savoir est inégalement réparti. Les personnes écartées du savoir constitué se retrouvent principalement dans certaines catégories sociales. L’accès au savoir n’est pas seulement un enjeu personnel. Il a une dimension collective et concerne des groupes sociaux entiers.

Les représentations du public

Tout le monde a aujourd’hui formellement le droit d’accéder au savoir. L’enseignement et les formations sont proposés théoriquement à tous. Cependant, pour différentes raisons (matérielles, culturelles ou institutionnelles), l’accès à des formations « désirables » est interdit à certains. D’autres, qui en bénéficient pourtant, n’arrivent pas à en tirer profit. Il y a enjeu d’émancipation quand le fonctionnement des institutions exclut des personnes de l’accès aux résultats de la formation. Soit directement quand l’entrée en formation est rendue impossible, soit indirectement, par l’échec.

Les raisons de l’exclusion indirecte sont recherchées dans le fonctionnement pédagogique et culturel des institutions mais aussi dans le fonctionnement culturel et cognitif des apprenants qui ne sont pas préparés à rencontrer les exigences de celles-ci.

Les personnes en échec se perçoivent comme n’étant pas intrinsèquement capables de « faire des études ». Elles intériorisent ainsi l’idée d’une moindre valeur sociale.

Les publics concernés par l’écartement de la formation appartiennent majoritairement aux catégories sociales populaires.

Les objectifs de l’action

L’objectif est d’amener toutes les personnes désireuses d’acquérir une formation à réussir celle-ci dans les institutions existantes ou alternatives.

Les moyens et les méthodes mobilisés

Pour arriver à ces objectifs, il faut que les conditions d’accès soient effectivement ouvertes à tous, ce qui implique des transformations matérielles mais aussi culturelles des conditions d’accès. Des changements des pratiques pédagogiques sont également indispensables. Il faut, entre autres, que le fonctionnement de l’organisme tienne compte des caractéristiques de tous les publics qui le fréquentent.

La création d’initiatives alternatives ou complémentaires militantes est parfois nécessaire comme soutien aux apprenants en difficulté ou substitut aux organismes officiels.

Pour arriver à la réussite de tous, il faut faire preuve de créativité pédagogique et institutionnelle. Cette créativité, pour être pertinente, doit s’appuyer sur une bonne connaissance du public, de ses besoins, de son fonctionnement culturel et cognitif.

Les valeurs qui motivent l’action

C’est un principe de justice s’appuyant sur la valeur de l’égalité qui est à la base du militantisme. Il ne s’agit pas d’une égalité de traitement mais d’une égalité de résultats. Ce qui veut dire que les règles qui, au nom de l’égalité, traitent tout le monde de la même façon ne sont pas pertinentes et qu’il faut agir en fonction des besoins réels et du chemin requis pour arriver à l’égalité de résultats.

La conception de l’égalité a aussi une dimension sociale. Les intervenants sont convaincus que potentiellement tous les individus sont aptes à atteindre la maîtrise des compétences qui leur permettent de réaliser leur projet personnel. Ce n’est donc pas un problème de possibilités intrinsèques, de capacités, mais de moyens et de méthodes.

Le rôle de l’intervenant

On peut distinguer l’intervenant comme formateur et l’intervenant comme association.

Le formateur « progressiste » travaille directement sur le terrain dans un cadre institutionnel formel ou créé comme alternative. Pour être efficace, il doit s’appuyer sur une connaissance pluridimensionnelle de son public, en puisant dans ce que les sciences humaines apportent comme éclairage sur sa problématique. Il doit encore faire preuve de créativité en mettant au point ou s’inspirant d’autres initiatives progressistes pour pratiquer des démarches qui sont mieux adaptées au public afin de l’amener aux objectifs fixés. Ces initiatives visent à permettre à l’apprenant de penser par lui-même. Elles sont actives, impliquant ce dernier, afin de faire de celui-ci l’acteur de sa formation.

Elles ont une dimension collective parce que certaines démarches collectives facilitent l’apprentissage mais aussi parce qu’elles sont porteuses d’une valeur de solidarité. On s’en sort ensemble.

La dimension collective que le formateur donne à ses démarches lui évite de tomber dans le piège de la méritocratie qui s’appuie sur la sélection des meilleurs qui prendront l’ascenseur social.

Les formateurs qui poursuivent l’émancipation par la formation participent souvent ou s’appuient sur des associations qui promeuvent et propagent une pédagogie émancipatrice mais font aussi pression pour que des conditions structurelles et institutionnelles évoluent, créant ainsi un cadre organisationnel plus favorable à une pédagogie émancipatrice[note 3].

L’émancipation par le Projet autogéré

Cette perspective d’action apparaît dans les années ‘1960.

Les concepts définissant le problème

Deux concepts sont à la base de cette approche de l’action sociale. Tout d’abord, celui de domination : ce sont les contraintes imposant à certains publics de se comporter comme les dominants le veulent. La domination peut être pluridimensionnelle (économique, culturelle, ethnique, genrée, …).

La domination se traduit dans le fonctionnement des institutions et permet d’écarter du pouvoir, la majorité de ses parties prenantes. 

L’autre concept est celui de violence symbolique : la violence n’est pas toujours la force pure, mais prend aussi des formes culturelles, psychologiques. Les dominants imposent leur façon de voir comme l’ordre des choses.

Les représentations du public

Par conditionnement, par sentiment d’impuissance à changer, par peur du coût trop important d’un conflit... les dominés reconnaissent la situation comme l’ordre des choses culturel. La domination subie, quand elle est perçue, leur apparaît finalement comme devant être acceptée.

Cette acceptation les incite à se construire une culture spécifique pour tirer le meilleur parti de leur condition. Différentes communautés construisent leur culture à partir des contraintes qui leurs sont propres, en lien avec leur forme de participation aux processus de production.

Objectifs de l’action

Il s’agit d’augmenter le pouvoir des dominés sur leur situation.

Pour y arriver, il faut donner aux personnes une plus grande autonomie personnelle et une emprise institutionnelle. Pour cela, ils doivent pouvoir se mobiliser, ce qui nécessite de transformer leurs représentations du problème et l’image qu’ils ont d’eux.

Un individu est toujours inclus dans une institution. Celle-ci crée des conditions sociales partagées par d’autres personnes. L’action doit donc être collective en regroupant ceux qui partagent une même condition.

L’action cherche des transformations institutionnelles locales. Elle se distingue donc des actions recherchant l’émancipation par la révolution ou le réformisme qui, elles, visent des changements plus structurels.

Moyens et méthode mobilisés

L’enjeu est de construire un projet d’action collective autogéré visant des transformations ciblées.  

Le mode d’action peut être institutionnel (exploitation critique maximale des règles existantes, y compris dans leurs aspects rarement utilisés), anti-institutionnel (action en opposition, conflit direct) ou contre-institutionnel (alternatif, à côté de).

Les valeurs qui motivent l’action

Un postulat humaniste est à la base de l’engagement militant, la foi dans l’égale valeur et l’égale dignité des individus.

La valeur de l’égalité comme idéal social mérite qu’on y travaille.

La solidarité et la fraternité permettent des actions plus efficaces et plus chaleureuses.

Les rôles de l’intervenant

L’activiste, venant de l’extérieur, doit se faire accepter par le groupe avec lequel il travaille, ce dernier percevant une empathie de sa part.

Avec le groupe, il coconstruit le savoir nécessaire à la compréhension de la situation et à l’ouverture de pistes d’action reposant sur les désirs et la volonté des participants. Pour y arriver, il est souvent nécessaire de se réapproprier collectivement des pans de savoir externe venant des sciences humaines, en rapport avec ce qui est vécu par le groupe.

L’intervenant cherche à faire prendre conscience chez les acteurs d’un désir de changement et aide à la construction chez eux d’une confiance en soi et en leurs compétences.

Il anime (dans une perspective démocratique, directif sur la méthode, non-directif sur le contenu) l’élaboration collective de la programmation de l’action.

L’émancipation par le Care

Cette approche de l’émancipation est assez neuve. Elle est une évolution récente du travail social.

La notion de Care est polysémique. Je la définis pour cet article comme le type d’action qui permet de « réparer le monde » pour améliorer le vivre ensemble dans une société plus juste dans une perspective sociale.

Les concepts définissant le problème

Le problème est appréhendé à travers des concepts intuitifs plus que définis qui caractérisent une situation injuste socialement et/ou cause de souffrances. On parlera de précarisation (situation dans laquelle une « vie digne » est toujours menacée), de fragilisation (difficulté de se maintenir dans une « vie digne »).

Autre terme utilisé, peut-être plus simple, celui d’exclusion. Elle concerne les « sans » : sans droits, sans ressources financières, sans accès aux possibilités et aides institutionnelles, sans écoute, sans considération, sans estime de soi, …

Ajoutons un concept d’origine sociologique, celui de « désaffiliation ». Il désigne le décrochage de la participation à des institutions sociales (familiales, économiques, éducatives, culturelles) avec, en conséquence, une perte des liens qu’elles supposent et des moyens qu’elles offrent.

La notion sociologique de précariat - infra-salariat ne permettant pas d’assurer une indépendance économique et sociale - cerne une autre fraction de la population participant difficilement à la société construite pour la population salariée.

Toutes ces situations créent de la souffrance.

L’état des personnes « en souffrance » est constaté. Les causes de cet état ne sont pas analysées a priori, de l’extérieur, bien qu’il existe une littérature des sciences humaines qui traitent de ces problèmes. Dans la démarche du Care, quand la recherche des causes fait l’objet d’une analyse explicite, celle-ci est construite avec le public concerné et à partir de son vécu.

Les représentations du public 

Le public concerné développe, en tout ou en partie, un mode de vie personnel, en marge de celui qui prévaut dans la société, s’efforçant de trouver une « qualité de vie » (ou de survie) avec les ressources dont il dispose. Ces personnes s’emploient à trouver des liens avec celles qui sont dans la même situation qu’elles, partageant une communauté d’état. Elles se construisent une culture de résignation et de « franc-tireur », défendant une vision individuelle et asociale de ce qui a de la valeur et de ce qui mérite qu’on s’y intéresse et s’y investisse. Elles s’associent occasionnellement avec d’autres qui connaissent la même situation et en partagent la même vision. Elles essayent de créer du collectif grâce à la bande.

Les objectifs de l’action

Le souci des autres amène à repérer les situations qui sont problématiques par rapport à une souffrance vécue, socialement déterminée.

La première tâche est de clarifier avec les personnes concernées leurs besoins.

Un enjeu difficile et décisif est de faire accepter par les personnes de recevoir des « soins », d’être aidées. Cela implique qu’elles reconnaissent leur état, qu’elles perçoivent qu’il n’est pas inéluctable et qu’elles veuillent s’en sortir.

L’intervenant cherche alors à faire accéder les personnes aux ressources disponibles qui leur permettent de répondre à leurs besoins.

Les moyens et méthode mobilisés

L’intervenant rencontre les personnes dans des lieux de vie. Il cherche à établir un lien avec ce public en demande mais qui ne sait pas toujours de quoi.

L’outil essentiel est le dialogue, le travail sur la parole. Ce dialogue se déroule entre l’intervenant et un individu ou un petit groupe partageant un même état.

Ce type de travail veut partir des personnes. Il consistera à libérer leur parole : expression de leur vécu, de leur souffrance, de leur vision des facteurs qui conditionnent leur situation. Vient ensuite la libération du désir de ce qui est souhaité à défaut d’être espéré.

Pour passer à l’action, il est nécessaire de développer chez chacun une confiance en soi et une volonté de changement.

L’intervenant conduit la réflexion sur les stratégies pour répondre aux besoins.

Poussé à la limite, ce type d’action d’émancipation devient une démarche thérapeutique.

L’action est souvent individualisée. Si elle est parfois menée avec un petit groupe de personnes partageant la même condition, l’objectif est de rendre chaque individu plus acteur de son destin personnel.

Les valeurs qui motivent l’action 

Une valeur souvent implicite mais fondatrice est celle de justice et son corollaire, le rejet des injustices, comprises ici comme des réalités sociales qui donnent à certains des privilèges alors qu’elles rendent d’autres victimes de situations sources de souffrances.

Une autre valeur est l’empathie, vue comme la capacité de percevoir de l’intérieur ce qu’une personne ressent, comment elle voit les choses.

La valeur finale qui inspire l’orientation de l’action est celle de l’autonomie de la personne au sein des institutions sociales pour qu’elle puisse sortir de son état de victime. L’autonomie est personnelle et est vue comme le pouvoir de chacun de comprendre sa situation sociale, d’y trouver une place et de bénéficier des avantages qu’offre une participation à des institutions. 

Rôles de l’intervenant 

L’intervenant est ici le travailleur social exerçant dans une perspective socio-thérapeutique, visant à accroître la capacité de l’individu de sortir de son état de souffrance.

La réussite de son travail est conditionnée par sa capacité à arriver avec ses interlocuteurs à une vision commune du besoin (ce qui oblige les deux partenaires à modifier leur vision initiale du problème et du besoin) et à créer une motivation pour que les concernés veuillent en sortir.

L’intervenant doit travailler aussi sur ses besoins personnels auxquels il répond lui-même en pratiquant le Care. Que cherche-t-il à soigner chez lui par son action ?

Il se soucie du problème social global mais son action, en réponse à celui-là, est d’abord locale et individuelle. Par ailleurs, il estime avoir un engagement politique par la dénonciation publique des situations inacceptables et par la promotion de ses démarches émancipatrices pouvant encourager d’autres travailleurs sociaux à s’y investir efficacement.

Comme professionnel, le travailleur social est un personnel d’institutions financées par les pouvoirs publics. Ceux-ci ont souvent une vision du rôle que l’institution doit jouer qui ne correspond pas nécessairement à la vision du travailleur. Celui-ci est donc tiraillé entre une fonction attendue par ses employeurs et l’action qu’il estime devoir mener pour répondre aux besoins des personnes concernées. Son travail en est affecté[note 4].

L’émancipation par la dénonciation

Au début des années 2000, est apparu un nouveau militantisme venu des Etats-Unis visant l’émancipation des minorités opprimées : le wokisme et la cancel culture[note 5].

Les concepts qui définissent le problème

Des groupes dominés comme les femmes, les noirs, les homosexuels, les handicapés… sont victimes d’une perception culturelle et symbolique qui se traduit par des actes de violence à leur égard, physiques, juridiques, symboliques, psychologiques, culturels. Cette domination repose sur un système de pensée et d’action spécifique pour chaque type de minorité : patriarcat, sexisme, homophobie (hétérosexisme), racisme (systémique), néocolonialisme, écriture et grammaire sexuées, etc. Chacun de ces systèmes de pensée s’est institutionnalisé en se traduisant dans des formes d’organisation sociale inéquitables. Les ressorts des actes de violence reposent sur des systèmes de représentations et des idéologies intériorisés par les dominateurs pour qui ils sont l’ordre des choses. Ce sont ces systèmes de pensée et les comportements qui en découlent qu’il faut combattre.

Les minorités dominées constituent autant de communautés distinctes, définies par l’une ou l’autre caractéristique que ses membres possèdent en commun. Les intérêts sont spécifiques à chaque communauté et seules des personnes appartenant à celles-ci sont habilitées et légitimes pour parler de la réalité de ses membres et porter leurs revendications.

Le wokisme est la démarche des « réveillés » (woke en anglais = réveillé). La cancel culture, la culture de la dénonciation, est la démarche visant l’exclusion de l’espace public par différentes formes de pression.

Les représentations du public

Les personnes constituant les minorités dominées sont des victimes. Certaines, ayant intégré la vision de la réalité de leurs dominateurs, ne sont pas conscientes de l’oppression qu’elles subissent. D’autres l’acceptent par impuissance. Seuls quelques activistes voient clair et ont comme mission, entre autres, de dessiller les yeux des victimes et de débusquer toutes les formes de domination qui les oppriment.

Les objectifs de l’action

Faire cesser toutes les formes de domination en mettant à mal la pensée fondatrice de la violence et en mettant au ban de la société les comportements et les institutions qui les perpétuent, tel est l’objectif prioritaire. Le corollaire est de donner une identité fière aux victimes et de libérer une attitude combattive chez elles pour s’affirmer dans leur spécificité.

Les moyens et les méthodes mobilisés

La première stratégie poursuivie est celle de la dénonciation qui se décline dans plusieurs registres. D’abord, dénonciation des formes générales de domination parfois subtiles, subies par les communautés ainsi que les situations dans lesquelles cette domination se manifeste. Ensuite, dénonciation de personnes concrètes pratiquant des actes condamnables selon le système de valeurs des activistes.

Concernant ces personnes, la dénonciation se prolonge par un effort pour les ostraciser, les montrer du doigt, les faire tomber de leur piédestal et de leur statut privilégié, les discréditer pour les rendre inaudibles publiquement.

L’activiste s’efforce de libérer la parole des victimes des rapports de domination et les pousse à la rendre publique. La visée est autant thérapeutique pour la personne (dépasser sa souffrance par la catharsis) que politique pour la communauté (contribuer à faire changer les mentalités et les comportements).

L’activiste incite les victimes à dénoncer leurs agresseurs et les soutient dans leur poursuite devant les tribunaux quand il s’agit d’actes que le droit a criminalisés.

Pour mener la dénonciation, tous les médias sont à mobiliser et les réseaux sociaux ne sont pas des moindres.

Les valeurs qui motivent l’action

Les pratiquants du wokisme s’appuient sur les principes éthiques de justice sociale et d’égalité qu’ils opérationnalisent dans l’anti-discrimination. Ils affirment aussi l’identité spécifique et irréductible des communautés minorisées[note 6].

L’émancipation par le Retrait

L’émancipation par le Retrait est une des dernières attitudes apparues dans le champ de l’action socio-politique visant l’émancipation.

Les concepts qui définissent le problème

Une critique radicale du système capitaliste soutenu par une idéologie libérale, est à la base du diagnostic de la situation. Ce système nous conditionne, nous emprisonne, nous impose son mode de vie. Il nous conduit à la catastrophe écologique, à l’égoïsme, au gaspillage, aux inégalités.

Le capitalisme est un système totalitaire qui englobe toutes les sphères de l’existence.

Il n’est pas fondamentalement transformable. Au mieux superficiellement amendable. S’émanciper c’est en sortir par des alternatives radicales de vie et de production.

L’émancipation est ici une démarche personnelle de transformation de soi et de son mode de vie.

Les représentations du public

Le public se perçoit lui-même comme la victime du système et comme l’acteur de sa libération. Il se déclare capable de réussir cet affranchissement.

Les objectifs de l’action

A la base de cette entreprise d’émancipation, il y a le constat de l’impossibilité de transformer le système capitaliste de l’intérieur et de l’urgence de trouver une alternative. Celle-ci impose de sortir du système pour créer un autre mode de vie.

Cet autre mode de vie s’appuie sur une autre production, une autre consommation, des relations avec les autres de qualité, non fonctionnelles ou utilitaires.

Une transformation sociale plus globale est visée par la multiplication des initiatives. Celles-ci jouent un rôle d’exemple montrant la faisabilité des alternatives. En « percolant », elles créent un réseau qui pourra devenir un groupe de pression pouvant agir sur les institutions. L’objectif premier est cependant de réussir à produire, à consommer, à vivre autrement, ici et maintenant.

La poursuite simultanée de deux objectifs (local et global) crée des tensions chez les personnes parce qu’ils se situent dans deux sphères sociales différentes qui demandent des investissements personnels exigeants, différents et cumulatifs.

On peut commencer en petit, par des changements partiels. Ce qui importe, c’est d’être en chemin. L’émancipation est un processus qui se construit chaque jour.

Les moyens et les méthodes mobilisés

Pour arriver à vivre autrement, il faut à la fois changer ses comportements et travailler sur soi.

La sobriété volontaire est recherchée et demande la maîtrise de ses envies et l’abandon de la poursuite sans fin de leur satisfaction par la consommation. Elle demande aussi l’abandon de la recherche de puissance et de pouvoir. Cette sobriété permet de vivre et de connaître la qualité en tout, donnant à l’existence une plus grande valeur qui compense la limitation de la consommation des biens. Ce mode de vie s’appuie sur une économie qui met l’humain et la qualité au-dessus de tout.

Ces attitudes devant la vie ne sont possibles que par un travail d’intériorité pour réaliser une transformation de soi qui libère de ses entraves intérieures. Puiser dans les spiritualités et leurs pratiques est parfois un moyen pour réaliser ce renouvellement de soi.

Les activistes du retrait défendent le revenu universel (appelé aussi revenu de base) qui, en donnant une sécurité financière minimale, permet une liberté de choix pour la prise de risques que constituent les engagements dans les domaines économique ou associatif alternatifs.

Les valeurs qui motivent l’action 

L’authenticité, sans qu’on sache toujours très bien de quoi il s’agit, est souvent évoquée comme valeur fondatrice.

Une autre valeur est le « moins », pour toutes les sphères de la vie, parce il est nécessaire non seulement à la transformation de soi mais aussi à la transformation du monde dont la logique de la recherche du toujours plus est créatrice de gabegies.

Seul le « petit » permet la taille humaine qui reste la norme en toute chose.

Le « lent » est une valeur complémentaire aux deux précédentes, puisqu’il est une condition pour que la personne reste maîtresse de ses actions et présente à celles-ci.

La fraternité, comme souci du bonheur de l’autre, est la valeur qui inspire les relations entre les personnes.

Ces démarches, bien qu’individuelles ou à la taille d’une famille ou encore d’un petit groupe d’associés, s’inscrivent dans une communauté culturelle plus large, construite grâce aux réseaux sociaux qui permettent de relier des initiatives autonomes.

Le rôle de l’intervenant

Il n’y a pas d’intervenant externe, le militant existentiel étant lui-même le promoteur des actions à mener pour réaliser son projet. Il le sait utopique mais il y croit. C’est en tendant vers celui-ci qu’il s’auto-émancipe.

Pour engager un processus d’auto-émancipation, il faut un minimum de capital culturel[note 7].

Quelques problématiques transversales

Plusieurs problématiques communes traversent les différents modes d’action.

La première est que l’émancipation a toujours à voir avec le pouvoir. Le mode d’action adopté varie selon la lecture que l’on fait de la forme et de la prégnance de ce pouvoir.

Une autre est celle de la nécessité d’un l’intervenant extérieur pour qu’il y ait émancipation. Pour que les personnes en situation infériorisées se mettent en action, elles ont besoin d’une interaction avec une personne extérieure à leur cadre de vie. L’exception sont les quelques rares personnes ou groupes sociaux capables d’auto-émancipation, mais ces publics disposent d’un capital culturel important et ont eu l’occasion d’avoir confiance en eux grâce à la réussite antérieure de projets personnels. Cependant, même dans ce cas, ils ne peuvent se passer d’expertise externe à laquelle ils feront appel pour concrétiser leur projet.

L’intervenant indispensable n’a pas le même profil selon la logique d’action adoptée. Dans tous les cas, une alliance confiante doit s’instaurer entre les interlocuteurs, alliance qui demande à être construite. Dans toutes les logiques d’action, les associés doivent découvrir et admettre que l’association entre deux partenaires au statut social différent est gagnante.

Une autre problématique est celle du rapport au savoir. Dans toutes les démarches d’émancipation, il est indispensable que les acteurs modifient les représentations initiales au travers desquelles ils saisissaient la situation présente ainsi que celles qui leur permettent de penser l’avenir, afin de le faire advenir sous un aspect différent, plus favorable. Cette inévitable transformation des représentations, par réappropriation d’un savoir existant ou co-construction, varie, elle aussi, selon les logiques d’action. Dans tous les cas cependant, il y a l’enjeu d’arriver à une prise de conscience d’une nécessaire transformation (pour le public comme pour l’intervenant) de son système de représentations propre. Cette transformation doit permettre au moins une lecture commune partielle de la situation et de sa mutation.

Un problème déontologique se pose finalement à l’intervenant extérieur engagé dans des actions sur le terrain visant l’émancipation : l’exploitation de l’action à des fins personnelles. L’intervenant extérieur non bénévole est implanté professionnellement dans une institution. Pour satisfaire les exigences de ces institutions, voire pour y mener une carrière professionnelle, beaucoup d’intervenants mettent en récit, théorisent et publient leur travail sur le terrain dans des formes incompréhensibles par les publics avec lesquels ils ont travaillé parce que ces narrations ne leur sont pas destinées. Leur public ne connaît pas ce que l’intervenant-camarade dit de lui à l’extérieur. La justification donnée à ce prolongement est l’utilité que ces discours peuvent avoir comme dénonciation politique, comme informations bénéfiques pour d’autres intervenants ou pour des décideurs. Le problème déontologique peut prendre une forme aigue quand le temps consacré au travail sur le terrain est très limité par rapport à celui consacré à l’exploitation intellectuelle de l’expérience pour ses propres objectifs et intérêts. Il y a alors instrumentalisation de l’action sociale.

Du point de vue pragmatique, qui s’oppose au discours normatif, il n’y a pas de « bonne » méthode d’action d’émancipation en soi. Une évaluation des actions menées est nécessaire mais elle interrogera la pratique conduite et se demandera en quoi elle a été efficace ou non par rapport aux objectifs poursuivis. Dans cette perspective, une « bonne » méthode est celle qui donne de « bons » résultats. La réflexion porte aussi sur les éventuels effets pervers que ces actions ont pu engendrer. L’évaluation est aussi l’occasion d’une réflexion sur la pertinence des objectifs assignés et de s’interroger sur la nécessité d’une réorientation éventuelle. 

Toutes les différentes stratégies d’action sociale développées plus haut existent sur le terrain. Elles apparaissent complémentaires dans la mesure où elles visent des objectifs distincts, chacune ne pouvant épuiser les enjeux de l’émancipation. L’observation des actions montre que ces logiques se combinent parfois dans les opérations complexes ou d’envergure.

Références bibliographiques pour aller plus loin : 

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AVANZO Sébastien, HAMZAOUI Mejed (dir.), « Vers une banalisation de l’aide et de l’action sociale au conditionnel », Les politiques sociales, 2017 ;

BERTHA Manon, Les paradoxes de l’émancipation des publics. Petite introspection d’une association d’éducation permanente, Le Grain, mars 2021.

BERTHA Manon, Emanciper qui ? Le Grain, janvier 2022, disponible en ligne sous forme de podcast ou d’analyse.

BRENNER Robert, Le paradoxe du réformisme, Période, 2015. Disponible sur Internet.

DE BOUVER Emeline, « Éléments pour une vision plurielle de l’engagement politique : le militantisme existentiel », Agora débats/jeunesses, 2016/2, n° 73, p. 91 à 104. Disponible sur Internet. 

GALICHET François, L'émancipation. Se libérer des dominations, Chronique Sociale, 2014.

JOUBERT Fabien, Wokisme : Définition, histoire, polémique. C’est quoi un woke ? Freelanceinfo, avril 2022. Disponible sur Internet.

MOLINIER Pascale, LAUGIER Sandra et PAPERMAN Patricia. « Qu'est-ce que le care ? Souci des autres, sensibilité, responsabilité », Petite bibliothèque Payot, 2009.

NOËL-HUREAUX Elisabeth, Le care : un concept professionnel aux limites humaines ? Recherche Soins Infirmiers n°122, 2015, p.7-17. Disponible en ligne.

PHILIUS, Conceptions marxistes de la réforme et de la révolution, Le conflit, 2021. Disponible sur Internet.

PRIEUR Elisabeth, « Le travail social face à la pauvreté », Pensée plurielle, 2007/3, n° 16, p. 19 à 27. Disponible sur Internet.

TILMAN Francis, GROOTAERS Dominique, Le défi pédagogique. Émanciper par l'action sociale et l'éducation, Chronique Sociale/Couleur Livres, 2016.

TILMAN Francis., « Émanciper par l’école, est-ce possible ? », Traces de changement. A paraître.

 NOTES / REFERENCES

[note 1] Les termes de révolution et d’émancipation des peuples sont aussi associés et utilisés dans les luttes de décolonisation. La révolution dans cet usage est surtout un changement de pouvoir politique et un rejet de la culture du colonisateur.

[note 2] Pour aller plus loin, voir

  • Philius, Conceptions marxistes de la réforme et de la révolution, Le conflit, 2021. Disponible sur Internet.
  • Brenner R., Le paradoxe du réformisme, Période, 2015. Disponible sur Internet.               

[note 3] Pour aller plus loin, voir Tilman F., « Émanciper par l’école, est-ce possible ? », Traces de changement. A paraître.

[note 4] Pour aller plus loin, voir

  • Prieur E., « Le travail social face à la pauvreté », Pensée plurielle, 2007/3, n° 16, p. 19 à 27. Disponible sur Internet.
  • Avanzo S., Hamzaoui M. (dir.), « Vers une banalisation de l’aide et de l’action sociale au conditionnel », Les politiques sociales, 2017 ;
  • Molinier P. Le travail du care. Paris: Editions La Dispute; 2013. (Le genre du monde).

[note 5] Le terme wokisme est pris ici dans son sens positif, une forme de militantisme pour la justice sociale. Dans le langage courant, il est utilisé parfois de manière péjorative par ses détracteurs qui y voient un militantisme excessif et sectaire.

[note 6] Pour aller plus loin, voir Joubert F., Wokisme : Définition, histoire, polémique. C’est quoi un woke ?, Freelanceinfo, avril 2022. Disponible sur Internet. Rabouin T., La « cancel culture », une construction rhétorique, Generation for Rights Over the World, août 2021. Disponible sur Internet. Maes R., « A "cancel culture" à l’assaut du débat public », La Revue Nouvelle, n° 4, 2021. Disponible sur Internet.

[note 7] Pour aller plus loin, voir De Bouver E., « Éléments pour une vision plurielle de l’engagement politique : le militantisme existentiel », Agora débats/jeunesses, 2016/2, n° 73, p. 91 à 104. Disponible sur Internet.  Arnsperger C., Critique de l'existence capitaliste, Le Cerf, 2005.

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