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Faire collectif à l’école

Pour parler d’un groupe d’humains, la langue française dispose de nombreux termes : rassemblement, foule, club, clan, ligue, meute, équipe, clique, troupe… « Pour un tel inventaire il faudrait un Prévert », aurait dit Brassens.

La plupart de ces termes renvoient à une dimension affective, à des groupements de personnes qui se réunissent en vertu de traits ou centres d’intérêts communs. L’être humain est animé d’un profond désir de cohésion nous dit Jean-Pierre Meunier[note 1] dans son « Introduction aux théories de la communication »: «…Cohésion avec l’image de soi à laquelle on s’identifie, cohésion avec d’autres dans les groupements que l’on constitue avec eux. Que l’on pense ici aux multiples manifestations du plaisir d’être ensemble, de partager les mêmes actions, les mêmes sentiments ou idées, de se fondre dans une foule, d’appartenir à un même groupe, de faire corps avec d’autres dans une institution, une entreprise, une nation, une région, un public, enfin, une classe sociale ».

Il ajoute cependant que ce plaisir de la cohésion s’accompagne dans le même temps de pratiques d’exclusion, de différenciation voire de discrimination envers les autres groupes qui ne partagent pas les mêmes centres d’intérêt ou caractéristiques. La cohésion se nourrit d’opposition.

La notion de « collectif » ne comporte pas la même dimension affective. Ce terme renvoie à un mode d’organisation plus policé, uni autour d’une question à étudier, d’un travail à réaliser.

Dans ce numéro d’Akène, nous étudions comment le travail en collectifs- regroupant des élèves, des enseignants ou des représentants des deux catégories- peut enrichir les pratiques scolaires.

Bruno Uyttersprot ouvre le débat en montrant comment le travail enseignant est parcouru de tensions entre individualisme et pratiques collectives, au sein d’établissements scolaires aussi divers que les publics qu’ils accueillent.

Le métier de professeur est traditionnellement pratiqué en toute autonomie. Ça, c’était avant le Pacte pour un enseignement d’excellence, qui entend mettre un terme à une forme de solitude professionnelle de l’enseignant. Via les plans de pilotage, il s’agit d’amener l’ensemble de la communauté scolaire à travailler de manière collaborative, à élaborer ensemble des stratégies, des méthodes, des dispositifs voire des contenus. Martine De Keukeleire est allée prendre le pouls auprès d’enseignants et de directeurs d’école afin de percevoir comment ces changements sont vécus et ressentis sur le terrain. 

Le collectif permet d’apprendre, c’est la conviction de Yolande Verbist, qui revient sur les projets mis en place dans son école pour entretenir le lien et l’envie d’apprendre des élèves confinés à la maison.

Si le collectif permet d’apprendre, est-ce qu’on apprend le collectif à l’école ? Et si non où ? Delphine Huybrecht tente de refaire le tour de cette question en s’appuyant sur un certain nombre de ressources théoriques mais aussi son expérience de prof et son parcours de militante.

Démis Pirard, enfin, nous aide à prendre un peu de hauteur sur la question du collectif à l’école. Il se demande dans quelle mesure l’école, considérée dans sa dimension structurelle et institutionnelle, permet en réalité de « faire collectif ». Et si oui, de quel collectif est-il question ? Pour ce faire, il est allé à la rencontre de Jean-François Guillaume, sociologue spécialiste des questions d’éducation à l’Université de Liège, professeur et formateur des futurs enseignants en sciences sociales. Il évoque avec lui les évolutions de l’enseignement en Belgique francophone, les nouvelles missions de l’enseignant·e, l’apparition de dispositifs numériques au sein des classes, ou encore les effets engendrés par la pandémie de COVID-19.

Ce numéro 2 d’Akène est illustré grâce aux photos de Thierry Goyvaerts. Cerise sur le gâteau, Marc Descornet nous propose un regard décalé et humoristique dans son « Hors cadre » intitulé : « Abelard et l’abstraction relationnelle ».

Bonne lecture ! lire la revue

[note 1] MEUNIER J.-P., PERAYA D., Introduction aux théories de la communication, De Boeck Supérieur", 2010, 459 p.

quiNous sommes un collectif pluraliste d’acteurs de terrain, de praticiens-chercheurs en sciences humaines et de pédagogues spécialisés dans la construction d’interventions, d’analyses et d’outils permettant d’une part de mieux comprendre les réalités et enjeux contemporains des rapports sociaux et, d’autre part, d’influer sur ceux-ci dans une visée d’émancipation pour tous.

Par notre travail, nous souhaitons pointer et comprendre les mécanismes qui empêchent l’émancipation et, à contrario, ceux qui la permettent ou la favorisent en mettant en débat une diversité de points de vue, en analysant des discours et des pratiques, en se mettant à l’écoute des terrains du social et en privilégiant une approche pluridisciplinaire. lire la suite

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