De fil en aiguille, j’ai voulu comprendre plus finement sa conception de la participation, et du développement communautaire. Car motiver à participer, c’est quelque chose de délicat. Les personnes désireuses de prendre part aux décisions ou aux projets et qui ne se sentent pas écoutées ou comprises ont tôt fait de se refermer, de rentrer chez elles et de tout arrêter. La planification « ex ante » d’actions de développement a, d’autre part, du plomb dans l’aile, dans la mesure où elle est souvent pensée par des personnes extérieures aux conditions de vie dans les quartiers à redynamiser et dans la mesure également où elle est difficile à réorganiser en fonction de l’effet réel sur le terrain.
Peut-on parler de médiation par l’art pour désigner ton travail au Peterbos ?
Tu parles de médiation par l’art, moi je parle de contribution citoyenne par l’art. Celle-ci résulte d’un positionnement très spécifique des habitants et permet de mettre tout le monde en mouvement. Comment rendre tous les gens acteurs ? Ce questionnement a fondé ma pratique.
Dans les années 90 et 2000, j’étais bénévole et je travaillais sur le quartier de Belleville avec le Mouvement pour un développement social local (MDSL). Si on résume, c’est l’action sociale par la pratique collective des arts. Elle se donne comme cadre de création le développement d’un territoire par ses habitants, ce qui est le principe même du développement social local.
Au fil du temps, il y a eu une évolution dans la participation des habitants aux programmes de la politique de la ville. On est passé de la simple consultation à une vraie prise en compte de l’avis et de l’envie des habitants à travers un processus décisionnaire égalitaire : un tiers pour les habitants, un tiers pour les institutions et un tiers pour les professionnels. Avec une voix pour chacun des représentants au sein des groupes. Les habitants venaient nombreux en ce temps et les assemblées participatives étaient aussi très fréquentes. C’était magnifique, j’ai connu des réunions où il y avait 1000 personnes et c’était 333 institutionnels, 333 travailleurs sociaux, 333 habitants.
Tu en parles au passé, pourquoi ?
Comme avec la démocratie participative, comme avec la démocratie de proximité, les conseils jeunesse etc. Au départ c’était super, il y a eu des acteurs contributeurs et puis tout ça s’instrumentalise…
Comment ça se passe au niveau des contrats de quartier comme le Peterbos ?
Pour ce qui est des contrats de quartier, je trouverais important qu’un pour cent des financements totaux financent directement les projets émanant de collectifs d’habitants.
Selon moi, ce serait également pertinent de davantage s’adapter à la demande des habitants, après leur avoir expliqué les marges de manœuvre dont ils disposent.
Actuellement, le budget du contrat de quartier se scinde en deux, avec d’un côté l’aspect foncier, logement etc. qui représente 70%, et de l’autre l’aspect socio-économique avec le financement des ASBL actives sur le quartier qui représente 20%, tandis que 10% vont à la coordination générale.
Par exemple, si on a 50.000 euros pour les habitants, se poser avec eux la question de ce qu’on fait avec cette enveloppe. Elle doit venir en soutien à la dynamique des habitants. S’ils veulent des formations pour devenir animateurs, par exemple, ils devraient pouvoir le devenir. Souvent, des habitants se forment à l’animation des ateliers. Ils peuvent par exemple s’adresser à des mamans, que moi je ne peux pas atteindre parce que je suis un homme, etc.
Fréquemment, le positionnement des habitants est évalué erronément. On parle « du public » or, un public, ça regarde, c’est passif : il doit recevoir, être assisté, confiné, protégé. On positionne les habitants en dehors de l’action, alors que moi je les positionne au centre. Les habitants devraient être des participants, acteurs, contributeurs. Ils s’expriment, investissent, agissent ; les habitants doivent être au cœur ET acteurs.
Méthodologiquement, quelles sont les bonnes pratiques ?
On parle habituellement en termes de statuts, de fonctions et de rôles que chacun joue sur un territoire… Moi je suis pour un nivellement des rapports entre les uns et les autres et que « une personne = une voix ».
Du coup, ce qu’on doit chercher, c’est la compréhension qu’apportent les regards des uns et des autres. Chacun doit expliquer, être dans la pédagogie, pour comprendre les enjeux… Moi, en tant qu’habitant, je vois ceci ou cela… Le but final étant d’obtenir, par ces échanges, une vision globale à 360°.
La mission des animateurs du contrat de quartier, cela devrait être de mettre en mouvement les acteurs locaux (les travailleurs sociaux et associatifs) et leur expliquer qu’on va instaurer une transversalité, qu’on doit agir collectivement sur les objectifs du CQ, essayer de mieux travailler ensemble, prendre de nouvelles habitudes.
Si on veut installer un banc public, on va se poser la question : « A quoi faut-il penser au préalable ? »
Et moi, en tant que plasticien communautaire, il entre dans mes attributions de faire des recherches : qu’est-ce qu’on demande, quels matériaux existent, combien ça coûte, doit-on passer des marchés publics ? Quelles couleurs, méthodologie on va adopter ? …
Dans un autre projet auquel j’ai participé, on devait créer une plaine de jeux avec des enfants… On avait imaginé un super projet et puis on nous a dit : « Non, ça on ne peut pas etc. » On a juste pu choisir les couleurs… Je peux t’assurer que les enfants étaient remontés après ça ! Depuis lors, je procède à l’inverse : « Dites-nous bien dès le départ ce qu’on peut faire et pas faire, jusqu’où on peut mobiliser les habitants ». Je commence par ça.
Dans trop de projets on dit aux habitants « participez » sans leur donner les clés de compréhension et les règles du jeu, ce qui conduit à leur déception et à leur désinvestissement. D’où l’importance de bien clarifier le cadre au début.
Une fois que les habitants se sont exprimés en tenant compte des contraintes imposées par les institutionnels, il devrait revenir aux coordinateur·rices « terrain » des contrats de quartier d’aller défendre le projet des habitants auprès des institutions.
Je joue de mon côté souvent le rôle de médiateur des souhaits des habitants : je dessine ce qu’ils souhaitent, leurs projets, par exemple, c’est une manière de leur donner déjà une certaine vie.

Tu peux en dire plus sur tes sources d’inspiration en travail communautaire ?
Pour travailler sur ce que j’appelle le nivellement, j’utilise un outil qui est la pédagogie des opprimés de Paulo Freire. La fondation était anciennement implantée à la Maison de l’Amérique Latine d’Ixelles aujourd’hui fermée.
Dans mon travail d’animation, je vais repiquer des phrases de Paolo Freire, ou d’artistes engagés dans la démocratisation des arts, comme Vasarely, les imprimer en grand et les coller partout sur les murs : des phrases sur l’utilité de l’art, ou ‘le beau est partout’, par exemple. Ça permet de lancer l’inspiration et le dialogue entre les habitants. L’université de Concordia au Canada a codifié des principes et pratiques en « art communautaire ».
Quand on s’est rencontrés la première fois tu venais beaucoup avec l’idée de désenclavement, comment vois-tu les choses à ce niveau-là ?
Le désenclavement, c’est aussi amener les travailleurs à se former, se ressourcer, se dire qu’on n’est pas seuls, qu’on peut réseauter… J’aime bien quand les habitants vont exprimer de nouvelles compétences sur un autre territoire, qu’ils peuvent même travailler sur un autre territoire, et vice-versa, comme ça ils n’ont pas toujours la double casquette d’être habitants-acteurs, parce ce que ça aussi c’est un positionnement qui n’est pas toujours facile…
Des gens comme Matthieu Tihon de la Febul (Fédération Bruxelloise Unie pour le Logement) mettent les projets (Plans de coordination sociale) en réseau, ils permettent aux gens de réseauter, de se rencontrer et d’échanger, c’est précieux.
J’ai l’idée par exemple de faire collaborer la Cité Nouvelle avec le Peterbos. On pourrait les mettre en synergie. La cité nouvelle c’est l’inverse du Peterbos, ils ont laissé 2000 m2 aux habitants qui ont pu les aménager comme ils le souhaitaient… J’ai proposé qu’on aille voir cette cité ou qu’on demande aux habitants de la cité modèle de venir bavarder avec nous…
Le désenclavement vise à se ressourcer, s’informer, se nourrir d’expériences… Et puis surtout, c’est valoriser la parole, l’expression des habitants, par un regard extérieur.
La valorisation, elle se fait par l’extérieur. Pour tous les groupes de jeunes que j’ai accompagnés, faire du hip hop, faire du graffiti, pour un public de travailleurs actifs dans les services jeunesse, ça ne mange pas de pain, on est entre copains ! Mais si c’est la bibliothèque nous passe une commande, la tension va monter d’un cran, et si le CDQ nous demande de réaliser une fresque pour les habitants, c’est la panique car la barre va être placée plus haut…
A chaque fois que je dis aux habitants qu’on va faire une fresque en dehors du Peterbos, leur stress monte d’un cran. On sort, on se montre… on n’est pas entre nous. Moi, je les pousse, je leur dis : « On va inviter vos directeurs, vos professeurs, tous les gens qui détestent le Peterbos, on va les inviter, on va leur montrer… Ce qu’on est, ce qu’on veut faire ! »
Il y a des habitants, j’ai réussi à les faire sortir du quartier pour venir à mes ateliers et là il y a encore un autre désenclavement qui est de ne plus porter le regard des uns et des autres sur son quartier.
Certains habitants qui aiment peindre, je les emmène dans les locaux du centre culturel de Scheut, je leur offre un espace de création, en dehors, où ils peuvent s’extraire du quotidien, se concentrer.
Pour les jeunes, c’est pareil, il faut leur permettre de temps en temps d’échapper à l’effet de groupe où souvent ils sont dans la surenchère. Aux garçons et même aux filles, je leur dis « Ici, tu es dans un espace de création, tu es en dehors du quartier… »
Je mets en place ce que j’ai appelé des « zones de bonheur ». Une zone de bonheur, c’est avant tout un état d’esprit avant d’être un lieu. C’est un ensemble formé par une posture et un contexte qui favorisent l’expression et la participation de tous.
Source d’inspiration 1
Paulo Freire
Années ’60, les favelas de Recife, ville pauvre du Brésil… Le système scolaire est presque inexistant et Freire contribue à la mise en place de plusieurs mouvements d’éducation populaire. Il fonde une méthode d’alphabétisation qui sera adoptée officiellement par le gouvernement travailliste de l’époque.
Suite au coup d’État de 1964, Freire, considéré comme un dangereux pédagogue, est détenu en prison puis exilé au Chili.
C’est durant son exil, en 1968, qu’il écrit Pédagogie des opprimés et qu’il y perfectionne sa méthode de conscientisation.
Pour s’engager dans une action libératrice, il faut avant tout comprendre comment l’oppression agit sur les individus. Selon Freire, les opprimés sont caractérisés par une « dualité existentielle » : ils sont à la fois eux-mêmes – en tant qu’opprimé – et l’oppresseur.
L’oppression existe « à l’intérieur » de l’individu par un processus d’intériorisation des structures oppressives. Tant que l’oppresseur n’est pas distinctement identifié, les opprimés vont avoir tendance à s’attaquer à l’oppresseur qui est « installé » chez les autres opprimés. En effet, l’ordre social, au service de l’oppression, provoque brutalité et frustration.
Celles-ci vont s’extérioriser à travers une violence horizontale des opprimés vis-à-vis de leurs « compagnons d’infortune ». Par conséquence, à nouveau, ils deviennent eux aussi des oppresseurs.
Freire invite à se lancer dans la constitution d’une praxis, une action politique qui se bâtit sur le savoir émergeant des consciences opprimées. Elle vise, contre l’immersion des consciences dans la réalité de l’oppresseur, l’insertion critique des individus, une objectivation critique de la situation qui permet, simultanément, d’agir sur elle.
Selon Freire, c’est le rôle des éducateurs, dotés d’une pédagogie révolutionnaire, de « sortir » l’oppresseur de la conscience des opprimés.
Si Freire y utilise le terme d’éducateur, s’adressant surtout à des enseignants en alphabétisation, il est tout à fait généralisable à quiconque est engagé dans une pratique d’animation, de formation ou de recherche.
L’éducateur, devenu « éducateur élève », dialogue avec l’élève, de venu « élève-éducateur », et la connaissance émerge de ce processus pour les deux parties.
D’où cette phrase de Freire, assez connue : « Personne n’éduque autrui, personne ne s’éduque seul, les hommes s’éduquent ensemble, par l’intermédiaire du monde ».
L’objectif de la conscientisation est d’amener les individus à voir leur situation d’oppression comme un problème à résoudre. Pour cela, ils doivent en venir à percevoir le monde non comme une réalité statique mais comme une réalité en transformation constante, contingente. Dès lors, l’effort de connaissance critique des obstacles à la libération et la prise de conscience des rapports sociaux d’oppression, aboutissent à une action émancipatrice.
PIRET, C., La pédagogie des opprimés de Freire, un projet radical pour l’éducation permanente, ARC ASBL, 2019 (arc-culture.be)
Ton approche est élaborée, tu expliques un peu plus ?
Je pars du principe qu’il faut beaucoup de méthode et beaucoup de fluidité, je pars du principe qu’il faut d’abord construire le cadre. Pour moi, le contexte détermine le cadre, qui permet d’établir les limites, de savoir jusqu’où on peut aller…
A partir de là, comment on avance, comment on s’organise, comment on invente pour se former, s’informer, prendre des décisions ensemble, avancer ensemble, être dans la compréhension ?
La matière artistique c’est mon médium. Pour moi c’est hyper pertinent : on part d’une expression très individualisée, très forte, très émotionnelle et puis, dans un second temps, on la fusionne avec l’autre, on la construit avec l’autre, on la sublime avec l’autre…
C’est un peu comme la citoyenneté, si on propose aux gens « Exprimez-vous pour votre quartier », alors certains vont dire « J’en ai marre des chiens » et puis d’autres vont dire : « Ah ben moi j’en ai marre des vieux qui gueulent contre les chiens ». Une manière de résoudre ça c’est de faire un pas vers l’autre, le premier groupe de gens pourrait dire : « Moi je n’aime pas les chiens parce que je n’en ai pas et donc je ne comprends pas » ou les gens du second groupe « Ah oui, en tant que personne âgée, je comprends que ça soit difficile à supporter », du coup comme ça on avance… en fluidité !
Tu travailles pour un centre culturel, quelle est la position de ce centre ?
Le directeur, Vincent, dit que l’aspect culturel a une importance au sein des contrats de quartier. Pour ma part, je crois avoir démontré l’utilité des pratiques artistiques et culturelles dans ce contexte.
Par exemple, le premier projet que j’ai créé ça s’appelle « super héros », c’est un projet de bande dessinée pour traduire les objectifs du contrat de quartier.
Un super héros qui est inventé par les habitants et qui explique que pour la propreté on va agir comme ça et comme ça.
J’aide les habitants à s’exprimer. Je retranscris la parole des habitants, parce que quand on est devant un échevin, on est impressionné, alors on perd ses mots, on a du mal à s’exprimer. Pour pallier à cela, moi j’ai dit aux habitants « Vous, vous allez parler et moi je vais dessiner ce que vous dites » et, du coup on a fait un livre, on l’a publié et les habitants ont dit « Voilà, tout est là ».
Je positionne les habitants au centre, parce qu’en fait, ce sont eux qui ont l’expertise du quartier. Les habitants ont l’expertise du quartier, ils en connaissent les bruits, les heures, ils connaissent les turbulences, ils connaissent ce qui les dérange, ils connaissent ce qu’ils aiment dans leur quartier.
T’imagines qu’il y a des appartements au Peterbos qui n’ont pas de fenêtre dans la cuisine ? Des appartements où le seul puits de lumière, il est dans la chambre, il n’est même pas dans le salon. Ce sont des habitants qui m’expriment que le manque de lumière ça agit sur ta santé mentale.
Et donc, quand on aborde le sujet de la santé mentale, je leur dis que la santé mentale, c’est déjà se sentir bien dans son environnement et dans son quotidien. Qu’est-ce qui fait que ça freine ?
Là, ils vont te dire : le bruit des dealers, la nuit. Le manque de lumière, les odeurs d’égouts ou de déchets ; d’avoir des déchets, tout autour de soi. Les enfants, quand je leur dis : « Au Peterbos en 2050, ça sera qui le meilleur Super héros ? » ils répondent : « Bah c’est Poubelle Man. »
Donc, la question de la vulgarisation au sein du contrat de quartier, c’est celle des outils. Les outils de démarches artistiques participatives comme les fresques… Elles sont importantes parce que les habitants les voient tous les jours. Ces outils manifestent d’un seul coup des possibles artistiques, d’expression, et de valorisation…
L’utilité de la fresque, c’est aussi le voyage, le mélange entre générations. En ce moment, de voir des personnes en situation de handicap travailler avec des enfants de huit ans, c’est riche !
La participation c’est beau, mais le pouvoir, ne fut-ce que celui de la persuasion, on va toujours le retrouver sur sa route, non ?
Pour que moi je ne sois pas dans cette position de leadership, je crée des contextes qui font que mes questionnements soient générateurs de contexte. Je dois amener les gens à se poser eux-aussi des questions… Pour que je ne sois pas à la maîtrise de la question et de la réponse ou de la trajectoire.
J’ai beaucoup participé à des formations à l’université de Concordia au Québec. On parlait beaucoup de citoyenneté, de notion de territoire, d’engagement, d’appartenance, de leadership. En tant qu’animateur, on doit propulser, mais en même temps, on doit être en retrait. Hakim Bey, à propos de l’autorégulation, il parle toujours de non cristallisation : dès que tu sens que quelque chose est en train de se cristalliser, il faut tout effacer, il faut rester dans la fluidité.
Source d’inspiration 2
Hakim Bey
Hakim Bey est le nom de plume de PETER LAMBORN.
Ce penseur américain fut influencé par le soufisme et s’est passionné pour le mode de vie des pirates (vivant en marge de la société, maîtrisant des espaces non cartographiés, se structurant en sociétés égalitaires). Il a développé le concept de « zone d’autonomie temporaire » (ou TAZ, Temporary autonomous zone en anglais, la langue dans laquelle il s’exprime). Toutes les œuvres écrites de Bey sont libres de droit.
Ce concept de TAZ a eu un large écho au début des années ’90, pleine période des free parties et de la techno. Hakim Bey se présente comme un anarchiste ontologique.
La notion de liberté qu’il développe se distingue par son caractère éphémère et expérimental.
L’atteinte de celle-ci n’est pas un objectif lointain, mais une expérience immédiate, vécue dans des moments de créativité et de célébration. Les TAZ, en tant qu’espaces temporaires, permettent aux individus de s’affranchir des structures de pouvoir traditionnelles, favorisant ainsi une forme d’individualisme où chacun peut définir sa propre liberté.
Hakim Bey voit l’art comme un élément essentiel dans la création de liberté, jouant un rôle crucial dans l’expérimentation et l’expression individuelle. Pour lui, l’art n’est pas seulement une forme d’esthétique, mais un acte de résistance et de subversion contre les normes établies. Voici quelques points clés sur cette vision :
- Insurrection Créative:
Bey considère l’art comme une forme d’insurrection poétique. Il permet aux individus de s’exprimer librement. - Évasion et Imagination: L’art offre une échappatoire aux contraintes de la vie quotidienne. En créant des œuvres, les artistes peuvent imaginer des réalités alternatives, ouvrant la voie à des expériences de liberté qui transcendent les limites imposées par la société.
- Communauté et Connexion:
Les événements artistiques, comme les performances ou les festivals, favorisent la création de communautés temporaires où les gens se rassemblent autour de valeurs communes. Ces espaces permettent une connexion authentique entre les individus, renforçant ainsi le sentiment de liberté collective. - Esthétique de la Vie: Bey prône l’idée que la vie elle-même peut être vécue comme un geste esthétique. Cela signifie que chaque acte créatif, qu’il soit artistique ou quotidien, contribue à la construction d’une réalité plus libre et plus riche.
Pour lire TAZ de Hakim Bey (lyber-eclat.net)
Tous les acteurs du contrat de quartier sont dans cette fluidité, comprennent ta démarche ?
Au démarrage du contrat de quartier, nous avons, Aline, Maria, quelques associations et moi, structuré les habitants qui voulaient participer dans un petit collectif qu’on a appelé « Les amis du Peterbos ». Ce noyau avait été entériné par la plateforme associative qui réunit tous les acteurs une fois par mois.
Avec « Les amis du Peterbos », ce qu’on a essayé de faire, c’est de leur permettre d’être au centre d’un programme d’animations pour l’été, d’élargir et de diversifier l’offre existante.
Je les ai positionnés en tant qu’élément central, avec les animateurs professionnels qui devaient venir en soutien. Malheureusement, ça ne s’est pas passé comme ça.
Il y a eu des réticences de la part des autres acteurs locaux qui ont dit : « Les habitants ne sont pas encore assez en capacité ».
Le mot capacité est certainement mal choisi mais par contre est-ce que tu penses qu’il a une cohésion suffisante entre les habitants ? Mettons, il y a 30 personnes, il y en a peut-être 5 qui vont avoir envie de cinéma et puis 5 autres qui vont avoir envie de pétanque ?
C’est ça qui est génial parce que du coup après ils peuvent se donner la responsabilité d’organiser ce qui leur plaît : « La soirée cinéma, c’est moi qui m’en occupe ! »
C’est super parce que du coup on peut élaborer un planning pour l’été : tel jour on fera tournoi de pétanque, tel jour ciné-club, ah bon, pour ça, il faut trouver un écran, faut trouver une rallonge…
Ce qui n’a pas été, c’est le positionnement du groupe des travailleurs sociaux…
Mon positionnement était : « Une personne égale une voix dans les décisions, et on efface la barrière entre travailleurs et habitants, on est un groupe d’agissants, d’animateurs ».
Quelles conclusions tires-tu de tout ça ?
On pourrait se dire qu’on a un sentiment de frustration, qu’on a loupé les occasions d’une meilleure participation, qu’on n’a pas pris le temps de s’écouter et de s’entendre, mais il y a eu une dynamique, un mouvement. Quatre ans c’était court, il faudrait tirer des enseignements de ce qui s’est fait. Il y avait des habitants qui étaient prêts à s’impliquer.
Régis Bour
plasticien communautaire
Salarié du Centre Culturel d’Anderlecht « Escale du nord » mon envie de conjuguer ma formation initiale en Arts Appliqués à ma fonction d’animateur (spécifiquement pour le contrat de quartier) a abouti à la création de mon statut d’artiste communautaire et au développement de projets artistiques répondant à des objectifs sociaux et culturels.
La co-construction de projets artistiques avec une multitude de structures du champ social, du secteur éducatif, du milieu carcéral m’a permis d’accompagner les publics les plus éloignés de la culture. En cernant les besoins, les attentes et les envies des publics, j’ai conceptualisé une démarche participative favorisant l’implication et l’engagement de tous les acteurs. J’ai développé des projets d’arts communautaires dans des programmes de la Politique de la Ville (ORU, ANRU) en France et depuis 4 ans en Belgique au sein du Contrat de Quartier Durable du Peterbos.
Je m’appuie sur un principe de co-construction entre les habitants, les institutions et les professionnels. Chaque partie a un rôle et une fonction à jouer dans la conduite du projet dont l’objectif est de permettre à tous et à toutes d’accéder à la culture par la pratique artistique.
L’accompagnement artistique que je propose s’articule en trois étapes :
Information, consultation et co-construction du contexte participatif
- Rencontre du public et des acteurs locaux dans l’objectif d’informer et de sensibiliser le plus grand nombre.
- Consultation et recueil des besoins, attentes et envies à l’aide d’outils participatifs.
- Co-construction du cadre du projet prenant appui sur les constats, les diagnostics et les dynamiques locales.
- Planification des étapes du projet.
Cette phase me permet d’inscrire le projet en m’adaptant au territoire, en respectant les orientations locales, les mécanismes et les rythmes établis et les modes relationnels.
Mise en place des ateliers de création
C’est une phase d’expérimentation. Les ateliers deviennent des laboratoires de recherche où chacun exprime sa singularité, son histoire, sa mémoire, sa culture. L’aboutissement est la concrétisation des applications artistiques choisies par les groupes.
Je m’appuie sur la dynamique de groupe pour mutualiser les compétences, pour coopérer. J’attache autant d’importance à l’organisation du groupe, à l’esprit d’équipe, au partage des décisions qu’à la qualité des œuvres.
Exposition et Diffusion
Les temps d’exposition et de diffusion sont des moments de valorisation. Cette étape a autant d’importance que les phases de réalisation. Elle est partie intégrante dans une création artistique. C’est au groupe de participants de décider de la manière de restituer, de raconter l’expérience vécue.
