Introduction
Ces constats et ce travail de visibilisation ont permis d’élaborer certaines recommandations tenant compte des violences basées sur le genre, mais également sur les violences concrètes et symboliques qu’elles subissent tout au long du parcours migratoire.
Dans un contexte de politiques migratoires restrictives qui exacerbent ces violences, des initiatives solidaires tentent de soulager les parcours par l’accueil et le soutien. Pourtant, leurs pratiques ne sont pas exemptes de biais qui viennent souvent reproduire la figure misérabiliste et victimaire des femmes qui migrent et arrivent en Europe (Freedman 2019; Grotti et al. 2018; Gilodi et al. 2021; Welfens & Bekyol 2021 ; Cole 2016 ; Mellas, 2022).
Dans cet environnement, la vulnérabilité est rarement envisagée comme relationnelle et itérative, mais vient s’abattre sur les personnes migrantes, et plus particulièrement les femmes, comme une assignation à la vulnérabilité, une fatalité ou une caractéristique inhérente à leur condition. Si elles agissent, décident, comprennent et apprennent, rusent, développent des stratégies, résistent à plein d’égards, ces actions sont ainsi effacées par des catégories qui questionnent trop peu la vulnérabilité à laquelle elles sont de facto assignées.
Dès lors, que l’on soit chercheur·euse, militant·e, travailleur·euse social·e, fonctionnaire publique, citoyen·ne, si nos fonctions ou actions nous amènent un jour à entrer en contact avec des personnes précarisées (par des décisions politiques plus que par des caractéristiques individuelles), il devient nécessaire de questionner, à différentes échelles, nos postures et pratiques de solidarité. Parce qu’au-delà d’une vision misérabiliste et vulnérabilisante encore trop généralisée, il existe des espaces de résistance et de stratégie qui prennent forme dans des lieux au plus bas de l’échelle de l’autonomie et du pouvoir : les marges (Schmoll 2020).
Au regard de ce que les luttes féministes et décoloniales nous apportent sur les manières d’envisager nos rapports à l’altérité, aux sujets subalternes et dominés, aux minorités de manière générale, cet article souhaite participer à la repolitisation des regards sur les migrations (Nawyn 2010; Gatt et al 2016; Lutz & Amelina 2021) et plus particulièrement sur les femmes qui migrent.
Et parce qu’il semble vain de chercher à atteindre un purisme et une parfaite posture qui ne reproduise aucune violence, au risque de générer une paralysie de crainte de nuire ou de les reproduire in fine, ces réflexions souhaitent participer à faire évoluer les cadres de pensée par lesquels nous agissons en solidarité avec les personnes migrantes et plus spécifiquement les femmes.
Sur base d’une enquête de terrain menée au sein d’un projet d’accueil et d’accompagnement de femmes migrantes à Bruxelles (la Sister’s House), nous avons questionné les usages et les représentations qui recouvrent l’assignation à la vulnérabilité des femmes migrantes. Nous tenterons de porter un regard sur la complexité des parcours migratoires au féminin et chercherons à comprendre ce qui crée cette vulnérabilité, comment et pourquoi elle est accolée à la figure de « la femme migrante ». Enfin nous réfléchirons aux manières dont certaines dépassent ce statut pour envisager une réappropriation du sujet féminin en migration autonome, puissante et résistante, dès lors qu’elles font bien plus qu’être les victimes des politiques migratoires et de la violence des parcours que celles-ci engendrent.
Les femmes migrantes dans les sciences sociales
Les femmes migrent. C’est un fait que des chercheur·euses ont depuis longtemps travaillé à mettre en lumière (Morokvasic 1984), à chiffrer (Zlotnik 1995), à analyser (Mahler & Pessar 2006) pour dépasser le regard androcentrique dont les sciences sociales font l’écueil, également en matière de migration (Catarino & Morokvasic 2005).
Mettre la lumière sur les femmes en migration s’est avéré être un projet de recherche féministe pour les sociologues, anthropologues, politologues et géographes qui nous ont précédé·es. Il ne s’agissait pas uniquement de montrer qu’elles étaient là, de dépasser l’invisibilisation historique dont elles ont fait l’objet, mais surtout de faire état de la diversité des profils de ces femmes et de leurs statuts, véritables actrices des mouvements migratoires (Morokvasic 2011). En effet, au-delà de la figure passive de femmes suiveuses des chefs de famille masculins, ces études, encore minoritaires, ont progressivement permis de présenter avec davantage de nuance et de complexité des profils de femmes moteurs de déplacement (Freedman 2008 ; Kofman 2008 ; Schmoll 2020).
Ces parcours sont donc multiples et complexes et témoignent de réalités surprenantes, mais ils viennent également éclairer un pan plus sombre de notre humanité, celui de la violence. Les parcours migratoires des femmes sont en effet marqués par des violences et dominations de genre intersectionnelles (Freedman et al. 2022 ; Tyszler 2019) liées notamment à un contexte de sécurisation des frontières (Gerard & Pickering 2013), de reliques coloniales de l’asile (Picozza 2021) et d’un régime capitaliste mondialisé qui repose sur l’exploitation des plus précaires (Mezzadra & Neilson 2013).
Sécurisation des frontières et insécurisation des corps
Si, depuis les années 1980, la libre circulation intra européenne s’est accompagnée d’un paradigme sécuritaire autour des frontières externes, l’été 2015 a donné à voir l’impact de cette gestion de frontières sur la politique d’asile, avec un renforcement du dispositif dissuasif généralisé en Europe. Nous la trouvons notamment dans l’augmentation des contrôles aux frontières, des dispositifs technologiques et policiers, et des expulsions, mais aussi dans des pratiques de dissuasion et de découragement (refoulements en Méditerranée, accords bilatéraux avec la Turquie ou la Libye, campagnes de communication à destination des pays d’origine, Règlement Dublin III).[1]Cet accord européen prévoit le renvoi possible des demandeurs d’asile vers le pays par lequel ils sont entrés dans l’Union Européenne pour y voir traiter leur demande de protection … Continue reading Ces pratiques rendent les parcours des migrant·es plus difficiles, dangereux et mortels, et participent à leur précarisation, en leur imposant une mobilité contrainte et des longues périodes d’attente et de stagnation qui entretiennent la dissuasion. Si cette augmentation de risques et de pénibilité des parcours produit un certain effet dissuasif, elle n’empêche cependant pas les personnes de migrer (Andersson 2016), produisant surtout une vulnérabilisation accrue des individus, faisant face à une violence exacerbée, s’articulant par et avec le genre.
Continuum des violences aux frontières
Dans leur étude “Gender, Securitization and Transit : Refugee Women and the Journey to the EU”, Alison Gerard et Sharon Pickering (2014) nous rapportent que les femmes migrantes se retrouvent en première ligne des violences directes, structurelles et culturelles. Ces trois niveaux systématiques et réguliers s’imbriquent et comprennent les violences psychologiques, physiques, sexuelles, mais aussi l’extorsion ou encore l’enfermement. De plus, les femmes sont confrontées à un haut risque de violences sexuelles, lui-même influencé par les routes empruntées, les modes de déplacement et l’hébergement.
À Bruxelles, l’expérience de la Sister’s House (SH) nous a amené à un constat similaire : les femmes sont davantage vulnérabilisées par les dispositifs répressifs, en plus d’avoir fui davantage de violences sexistes, de mariages arrangés, de mutilations génitales, de crimes d’honneur, et toutes formes de domination patriarcale (Garny 2022).
Ces risques restent très prégnants dans les pays de transit et d’arrivée en Europe, dans la rue, dans les camps ou les centres d’accueil (Schmoll 2020 ; Gerard & Pickering 2014). Parce qu’il est ancré dans les normes et structures sociales de genre et dans des relations de pouvoir inégalitaires, ce continuum de violences arbore la spécificité d’alimenter celui des violences basées sur le genre, en articulation avec la prétendue race ou l’ethnicité et la classe, devenant dès lors intersectionnel (Freedman et al. 2022). Les représentations racialisées et sexisées des femmes viennent créer de nouvelles formes de violence symbolique à leur égard, mais servent également à cautionner des traitements contrôlants et abusifs sur d’autres corps migrants.
Le paradoxe de la vulnérabilité et son instrumentalisation
La vulnérabilité créée ou exacerbée par la sécurisation des frontières de l’Europe devient un outil utilisé par les politiques européennes elles-mêmes dans la gestion de l’asile et de l’accueil (Freedman 2019). Certaines approches instrumentalisant des présupposés sexistes et racistes à l’égard des cultures « autres », s’emparent de la question du genre dans les discours anti-immigration, détournent l’attention du problème des inégalités ancrées dans les structures de domination et de contrôle des pays d’accueil et participent de l’enfermement des femmes migrantes dans cette image stéréotypée de la vulnérabilité (Freedman 2019). En d’autres mots, le concept de vulnérabilité nous permet de soulever un des nombreux paradoxes des politiques d’asile : en sécurisant les frontières, celles-ci participent de l’insécurisation des corps, qui sont instrumentalisés tantôt comme des victimes, tantôt comme des menaces. L’intégration de la notion de vulnérabilité dans les politiques européennes en matière d’asile génère l’implémentation de la catégorie « vulnérable » dans une optique essentialisante qui non seulement nie le pouvoir d’agir des individus, mais aussi « met l’accent sur la dépendance ou la faiblesse physique visible et néglige les causes et les formes relationnelles et contextuelles plus complexes de la vulnérabilité, en simplifiant et en traitant la vulnérabilité comme un concept unidimensionnel plutôt que comme un concept à plusieurs niveaux » (Freedman 2019 : 8). Enfin, ce discours purement démagogique fait usage de la catégorie vulnérable pour créer des hiérarchies et exclure d’autres individus (Costa Santos 2023). En plus de vulnérabiliser davantage les femmes et d’invisibiliser leurs vécus, leur prétendue vulnérabilité sert de prétexte pour contrôler et réprimer des hommes migrants aux vécus et aux parcours également précarisés et réprimés par les mêmes mécanismes de politique migratoire.
Solidarité et mobilisation : la vulnérabilité au cœur de la tension politique et humanitaire
La sécurisation des frontières et les politiques migratoires restrictives ont également engendré des nouvelles mobilisations solidaires, citoyennes et militantes. En Belgique, depuis 2015, des milliers de citoyen·nes hébergent, accompagnent, et entrent en contact direct avec les individus arrivés sur le territoire, ce qui les a amenés à s’informer, se former et interpeller le pouvoir politique sur le manque d’accès aux droits de ces personnes (Costa Santos & Garny 2022 ; Rea, Roblain & Hertault 2023).
La littérature sur l’action collective autour de l’accueil des personnes en migration en Europe met en lumière une tension autour de l’action politique et solidaire (Vandevoordt 2019; Vertongen 2018; Pette 2015) qui vient charrier une certaine dichotomie entre l’action politique et humanitaire. Cette tension est également présente sur notre terrain, en témoigne la multiplicité des acteurs de la solidarité aux pratiques et valeurs diverses. Si l’engagement concret des citoyen·nes a notamment engendré la création des liens entre des locaux et des migrant·es, permettant une compréhension des enjeux et une politisation d’une part de la population, les pratiques n’en restent pas moins essentiellement centrées sur la réponse aux besoins humanitaires. Dans ce contexte, la prise de conscience des vulnérabilités multiples a permis de mobiliser les affects de centaines de citoyen·nes (Vandevoordt 2020), mais également de justifier cette approche humanitaire. Or cette approche repose souvent sur l’argumentaire de la vulnérabilité dont les pratiques qui cherchent à améliorer les conditions de vie peuvent également entériner des catégories et ancrer une hiérarchie parmi les personnes dites vulnérables parmi les vulnérables (Butler et al. 2016).
Si l’intégration de cette notion de vulnérabilité peut être vue comme une manière de visibiliser les vécus des femmes et d’assurer une protection spécifique en lien avec ceux-ci, elle peut aussi étendre des « formes biopolitiques de régulation et de contrôle » (Butler et al. 2016 : 5). Notre terrain auprès de la Sister’s House nous montre également cette ambivalence autour de l’importance majeure de la prise en compte des violences de genre et des vulnérabilités et du refus d’assignation au statut de victime. Évitant de perpétuer la stigmatisation et la dépossession que ces discours produisent, les travailleuses tentent de ne pas abandonner la vulnérabilité dans le soin, tout en proposant des ressources alternatives de renforcement, d’agentivité collective et de protection. Concrètement, cela passe par la création d’espaces de dialogue, la systématisation de l’accompagnement aux premiers rendez-vous médicaux, l’encouragement à l’appropriation des lieux de vie ou encore à la participation active aux tâches et activités au sein du dispositif. Nous y observons alors des formes d’agentivité dans l’action collective pour et par les femmes migrantes. Se rassembler, s’informer et se soutenir mutuellement participe d’une mise en commun ou construction d’une catégorie collective pour tenter de dépasser les insécurités présentes tout au long du parcours. Dépassant progressivement la peur et l’objet de pitié que ce statut leur impose, les espaces collectifs en non-mixité leur permettent de se réapproprier leur vulnérabilité, mais également leur force, en leur garantissant un espace de parole et d’écoute mutuelle, d’organisation et de soin holistique (Garny 2022). On constate que les résidentes s’autonomisent dans leur suivi médical, dans l’occupation et la participation de la vie à la SH, déploient des stratégies et du soutien mutuel pour améliorer leurs conditions de vie et développer un réseau et des amitiés précieuses au sein des parcours migratoires.
Ce terrain nous laisse entrevoir une série de pratiques qui proposent un accueil basé sur une approche collective et féministe de l’empowerment des femmes en situation de migration, mais aussi sur des pratiques de solidarité et de soin qui tiennent compte des spécificités de genre et des vulnérabilités qui en découlent tout en essayant de laisser la place à l’agentivité et pratiques de résistance des personnes concernées.
Stratégies et réappropriation de la vulnérabilité
La violence est donc produite et reproduite par les politiques migratoires, ainsi que par certaines pratiques d’accueil, et elle est manifestement intersectionnelle. Qu’en est-il de la résistance ? Certain·es auteur·es ont attiré l’attention vers des espaces tels que les marges (Schmoll 2020) ou les lieux-frontières (Agier 2016) que les personnes migrantes habitent – ici les pays à la périphérie de l’Europe, les campements en périphérie des villes, les lieux souvent invisibles ou mis à l’écart de l’espace public – et qui peuvent devenir des espaces où la vulnérabilité se voit rééquilibrée par de multiples formes de capacitation (Schmoll 2020). Dans ces espaces laissés aux personnes précarisées et illégalisées, la limitation de l’autonomie et la liberté permettrait notamment la puissance de la créativité. Camille Schmoll envisage les marges comme « les lieux d’une activité morale intense, qui socialisent les femmes à leur « devenir subalterne », mais qui peuvent être également des lieux d’espoir, de déploiement de nouvelles solidarités et de formes de lutte, bref, de résistance » (2020 : 24). Les femmes y adoptent des décisions stratégiques et des subterfuges afin d’éviter ou de diminuer ces violences (échappatoires et discrétion, troc et marchandage). Si la catégorie vulnérable a tendance à imposer une nouvelle forme de violence symbolique aux effets négatifs sur l’autonomie des femmes en migration, il n’est pas rare que celles-ci s’emparent stratégiquement de cette catégorisation pour l’utiliser en leur faveur. En effet, comme un retournement du stigmate, certaines d’entre elles décident délibérément de faire usage de cette catégorie pour obtenir des droits pour elles-mêmes et parfois leur famille. C’est notamment le cas de celles qui ont fait le choix de voyager seules, en espérant pouvoir bénéficier de ce statut et bénéficier d’un hébergement prioritaire ou faire avancer leur demande de protection internationale pour ensuite, le cas échéant, permettre un regroupement familial. C’est aussi le cas de certaines qui, conscientes que leur grossesse peut être perçue comme un élément attestant de leur vulnérabilité, utilisent ce signe visible dans leur accès aux services d’accueil ou à la demande de protection (Freedman 2019).
La résistance : du vécu à la théorie
Ces diverses stratégies ont fait l’objet de réflexions faisant se rejoindre la littérature sur la migration et les résistances. Dans le cadre des études sur les migrations, le thème de la résistance a fait l’objet d’une attention nouvelle (Mezzadra 2010; Pezzani & Heller 2013; Garelli & Tazzioli 2013), proposant un changement de regard sur les modes d’agir des personnes migrantes par le prisme de la capacitation et de l’agentivité. La démarche d’élaborer, par exemple, une ethnographie des luttes qui questionne la situation des migrant·es (Stierl 2019), ou un éclairage féministe à l’analyse des pratiques de résistance dans l’expérience de la violence (Murru 2020), prône également des principes éthiques et un engagement fort auprès des personnes concernées. En mettant en lumière les « contre-conduites » comme pratiques transformatrices et comme moyens d’investiguer les relations de pouvoir (Stierl 2019) ils et elles nous proposent de poser un regard critique sur l’assignation des personnes migrantes à la vulnérabilité dépolitisée.
Judith Butler, Zeynep Gambetti and Laeticia Sabsay (2016) proposent alors un regard qui questionne l’opposition entre vulnérabilité et résistance, en articulant la première comme condition sine qua non pour l’expression de la deuxième. Elles suggèrent de considérer la vulnérabilité comme une caractéristique relationnelle qui apparaît au sein de contextes sociaux et historiques spécifiques. Elles se positionnent en rupture avec la vision dichotomique qui place la vulnérabilité – considérée comme fondamentalement féminine et passive – et l’agentivité – attachée à l’actif et au masculin – aux extrémités du spectre et propose ainsi un regard féministe critique sur les relations de pouvoir.
Repolitiser la vulnérabilité
Ces études nous permettent alors d’envisager la vulnérabilité dans toute sa complexité politique. Si l’entraide, le soin, la solidarité permettent premièrement de rééquilibrer la tension entre vulnérabilité et agentivité, il semble tout aussi nécessaire de visibiliser et d’encourager l’autonomie et le développement des capacités. Cette posture passe par reconnaître les personnes ou les groupes sociaux vulnérables comme des citoyens égaux, mais qui peuvent avoir besoin de « formes d’assistance ciblées pour transformer leurs ressources en fonction. » (Mackenzie 2014 : 55).
Sans glisser dans le moralisme au sujet des pratiques solidaires, ni la romantisation concernant la situation des femmes migrantes, il nous semble pertinent de chercher à questionner nos manières d’aborder la vulnérabilité sans vulnérabiliser davantage, en évitant d’alimenter un statut de victime, dans une optique de recapacitation et de repolitisation du sujet. La vulnérabilité n’étant pas une fatalité, elle doit être visibilisée, sans pour autant être dissociée à des formes de résistance.
Poser un regard critique sur la vulnérabilité nous incite à considérer les êtres sociaux et relationnels capables d’autonomie et d’agentivité tout en reconnaissant l’importance des relations de soin et d’interdépendance. Il devient alors de la responsabilité des acteurs de terrain, tout comme des chercheur·euses et des représentant·es politiques, d’opérer un changement de paradigme : repolitiser la vulnérabilité par des modes d’agir et d’autodétermination des individus qui tiennent compte des inégalités et des différentiels de pouvoirs du contexte politique (Butler et al. 2016), de l’autonomie relationnelle (Mackenzie 2014) et de la capacité de résistance, d’agentivité et d’action politique (Freedman 2019) dont les femmes migrantes font preuve. Des modes d’agir dans les marges, des nouvelles alliances et des interventions politiques incarnées mettent alors en pratique l’interdépendance entre la vulnérabilité et la résistance. Penser cette interdépendance revient à penser la vulnérabilité comme une ressource pour plus d’égalité, de liberté et de justice sociale en tant qu’objectifs politiques.
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