Au milieu des années ‘80, une idée humaniste germe en Belgique, un projet novateur comme le souffle
d’une promesse d’avenir pour des jeunes en décrochage scolaire.
Le besoin de prendre un autre chemin, de transmettre et former autrement, se répand dans les bassins post-industriels d’une Wallonie paupérisée en déclin économique et social.
Des jeunes par centaines, déscolarisés et laissés en marge d’une éducation classique, cherchent un sens à leur vie, une autre voie à explorer tandis que des pionnier·ères, des enseignant·es passionné·es et déterminé·es construisent des solutions.
Les bancs de l’école et le cadre scolaire ne leur conviennent plus, ni aux un·es ni aux autres. Les méthodes qui y sont pratiquées et les savoirs parfois obsolètes qui y sont dispensés ne peuvent plus contenir leur démotivation, leur révolte et leur besoin impérieux de changement.
De Liège à Charleroi, en passant par Bruxelles et Namur, une vingtaine de CEFA (dans le réseau libre) émergent, tels des fils d’or tissés entre l’entreprise et l’enseignement.
En Belgique francophone, il existe actuellement (tous réseaux confondus) 43 Centres d’Education et de Formation en Alternance répartis sur l’ensemble du territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
L’alternance devient le maître-mot ancrant le·la jeune-étudiant·e-travailleur·euse, un pied dans la connaissance, l’actualité, la culture, l’éducation (Centre d’Education et de Formation) et l’autre dans le travail, la technique, la pratique, l’entreprise, le mouvement (Formation en Alternance).
Des jeunes sans projet, souvent sans motivation, parfois déscolarisé·es et hostiles au système traditionnel, y trouvent un refuge, un espoir et un rêve à concrétiser.
Des formateur·rices déterminé·es consolident les sentiers qu’ils ont creusé à mains nues en constituant des équipes pluridisciplinaires (professeur·es de cours pratiques, de cours généraux, des accompagnateur·rices, des éducateur·rices, des assistant·es sociales·ux et des formateur·rices, partagent leurs connaissances et participent ensemble au développement de chaque jeune).
Leur métier se spécialise, il·elles adaptent en continu leurs méthodes et leurs approches, pour garantir à chaque jeune une formation à sa mesure en phase avec les divers secteurs d’activités auxquels ils sont formés.
Par leur bienveillance, leur fiabilité et leurs conseils éclairés, les enseignant·es favorisent un climat de confiance pour ces jeunes qui sont parfois en très grande difficulté.
Ces adultes jouent souvent un rôle clef dans l’épanouissement personnel et professionnel des jeunes, en les préparant à devenir des acteur·rices responsables, compétent·es et autonomes dans leur vie et leur domaine.
Année après année, le modèle prospère, les centres se diversifient à la ville et à la campagne. Les jeunes apprennent à manier la langue, le mot et l’idée et en même temps ils maîtrisent l’outil, la technique et les processus.
Un chemin d’alternance s’ouvre entre le modèle allemand et le modèle français.
La bienveillance devient la première règle et l’accompagnement est central, offrant à chacun·e un cadre ferme mais doux où l’écoute et l’échange prévalent.
L’héritage de ces femmes et de ces hommes, qui ont su, dès les premières heures, comprendre l’importance d’une approche plus humaniste, émancipatrice et adaptée, continue à inspirer aujourd’hui, formateur·rices, enseignant·es et éducateur·rices qui, à leur tour, perpétuent cette mission avec passion et foi dans l’avenir des hommes et des femmes.