Actuellement, cette formation de deux ans est axée sur l’Approche Interculturelle (AI) et vise la capacité à construire des actions collectives et des projets de groupe qui s’inspirent au plus près de la démarche d’Éducation permanente dans un contexte multiculturel. Les objectifs visent à approfondir les questions de migrations et d’interculturalité avec les participant·es afin de favoriser l’évolution vers une société plus juste, solidaire et démocratique.
Je vais présenter en quoi la pratique du DPA-PC renforce la vision du CBAI à deux niveaux : le rapport au savoir qui est au cœur de la formation telle que nous la concevons et l’accompagnement des apprenants au travers des quatre axes du DPA-PC.
Les 4 axes de l’approche DPA sont
1 – la définition du problème en situation
2 – l’identification des acteurs, de leurs enjeux respectifs
3 – la recherche de solutions dans le contexte donné
4 – la réflexion sur les apprentissages réalisés en chemin
ainsi que l’adoption d’une posture d’écoute générative qui traverse ces quatre axes.
La conception de la formation
L’approche du DPA-PC repose sur « une épistémologie constructiviste critique » [LE BOSSÉ, Y., 2012] : elle considère les savoirs comme socialement construits, situés, et évolutifs, et rejette l’idée d’un savoir neutre ou d’un pouvoir exercé de manière univoque.
« Situés à la lisière des mondes anglophone et francophone, les travaux de Yann Le Bossé et du laboratoire DPA de l’université Laval du Québec réinterrogent le concept [d’empowerment] et lui restaurent sa dimension interactionnelle entre l’individu et le collectif.»[1]Notes prises lors de la formation à l’approche DPA-PC proposée par le Grain asbl, 2025.
Au CBAI, on ne forme pas seulement à un rôle, mais on accompagne une subjectivation : devenir coordinateur·rice, c’est apprendre à se situer dans des jeux de pouvoir, de normes, d’institutions.
La formation telle que nous la concevons est un espace de déconstruction et de reconstruction identitaire, et non de simple acquisition de compétences…
En effet, nous envisageons la posture du formateur ou de la formatrice comme un acte politique par lequel il s’agit, d’une part, de construire les hiérarchies qui structurent la transmission des savoirs et des connaissances et, d’autre part, d’élaborer les savoirs en considérant les expériences des participant·es comme des savoirs expérientiels. C’est à partir de ceux-ci qu’il est alors possible de coconstruire de nouvelles connaissances.
Le·la formateur·rice, dans une approche DPA-PC, n’est pas détenteur·rice de savoirs à transmettre, ni un·e militant·e qui veut convaincre de la nécessité d’adhérer à une cause commune au détriment parfois des besoins des participant·es. Dans notre perspective, le formateur apparaît davantage comme le passeur, le facilitateur d’une dynamique collective de conscientisation et de mise en action qui favorise le passage à l’action chez les bénéficiaires qu’il accompagne lors du projet qu’il mène avec eux et elles. Il doit renoncer à la posture d’“expert·e qui sait” au profit d’une posture dialogique et maïeutique, inspirée de la figure du·de la passeur·euse décrite par Yann Le Bossé.
Posture du passeur : restaurer le mouvement
Soutenir le développement du pouvoir d’agir consiste à faciliter le passage à l’action à propos de ce qui est important pour la personne, ses proches et la collectivité à laquelle elle s’identifie.
Pour une raison ou pour une autre, les personnes que nous accompagnons rencontrent des obstacles qui freinent ou stoppent temporairement leur cheminement. La principale question que peut se poser un éducateur, un psychologue ou encore une infirmière qui veulent soutenir le DPA des personnes qu’il·elles accompagnent est : « Comment puis-je contribuer à faire en sorte que cette personne ou ce collectif puisse dépasser, contourner ou éliminer l’obstacle qui les empêche de faire le prochain pas en direction du changement qu’ils poursuivent ? »
Yann le Bossé, Soutenir sans prescrire : Aperçu synoptique de l’approche centrée sur le développement du pouvoir d’agir des personnes et des collectivités (DPA-PC), édition ARDIS, 2016.
De son côté, l’ADMI a comme souci constant de réfléchir à comment il·elle peut faire en sorte que le groupe qu’il accompagne puisse « dépasser, contourner ou éliminer l’obstacle qui empêche les membres de son groupe de faire le prochain pas en direction du changement qu’ils poursuivent. » [LE BOSSÉ, Y., 2016]
Dans le cadre de la formation ADMI, cela implique d’interroger les logiques de domination dans les pratiques professionnelles (normes institutionnelles, rapports de classe, racialisation, genre, etc.).
Il faut veiller à permettre aux participant·es, tout en partant de leurs besoins et problématiques, d’activer des leviers de conscientisation collective.
« On n’a pas juste appris à coordonner un projet ; on a appris à se situer, à résister, à faire autrement. » (Témoignage d’un participant à la formation ADMI, cycle 2019-2021).
Dans une logique de DPA-PC, les savoirs ne sont pas imposés « du haut », mais coconstruits à partir des savoirs d’expérience, des savoirs professionnels, et des apports théoriques. Cela rejoint les principes de la recherche participative, de l’autoformation accompagnée, et de la reconnaissance des savoirs situés dans la lignée des approches de la philosophe féministe Sandra Harding,[2]« Sandra Harding, philosophe féministe de “l’épistémologie du point de vue” (philomag.com) | Philosophie magazine ». Philomag 28 mars 2025. et de la biologiste Donna Haraway [MICHEL S., MICHAUD-TREVINAL A., 2022].
La formation ADMI se base aussi sur la notion d « agentivité » (agency) : « la capacité à agir dans un système donné en produisant des effets » [JAUBERT S., 2020]. Ce qui correspond à l’approche DPA-PC qui vise à intégrer la réflexivité des acteurs comme moteur de transformation sociale.
La réflexivité ne se limite pas à une introspection personnelle. Dans l’approche DPA-PC, elle est socialement et politiquement située. Il s’agit de comprendre comment nos actions sont conditionnées, mais aussi comment nous pouvons, individuellement et collectivement, en réorienter le sens.
L’application des 4 axes et de la posture
Parcourons un à un les quatre éléments structurants de l’approche.
La définition du problème
L’approche DPA-PC invite à prendre appui sur les situations problématiques vécues par le public pour développer des marges de manœuvre. Elle propose une analyse stratégique ; plutôt que de chercher des causes objectives ou des responsabilités individuelles, il s’agit de comprendre ce qui rend une situation problématique en fonction des contraintes contextuelles, des personnes et des collectifs impliqués et d’identifier les enjeux convergents et divergents par rapport à un problème donné, afin de mieux comprendre la situation avant d’agir. Ce qui correspond à l’axe 1 de l’approche proposée par Le Bossé.[3]Notes prises lors de la formation à l’approche DPA-PC proposée par le Grain asbl, 2025.
La formation ADMI s’inscrit dans cette démarche puisqu’elle s’appuie sur des outils et des grilles d’analyse qui permettent aux participant·es à la formation, d’analyser comment leur pouvoir d’agir est construit, contraint ou coopté dans leurs fonctions futures et quelles sont leurs marges de manœuvre et celles de leur public.
La démarche interculturelle transmise en formation assure que les participant·es mènent les actions de transformation pour et par le public lui-même en tenant en compte de ses spécificités culturelles et sociales.
Pour ce qui est des contextes dans lesquels s’inscrivent les actions, il faudrait prendre en compte que la formation des professionnel·les du travail social et socioculturel oscille aujourd’hui entre deux pôles : d’un côté, une logique d’acquisition de compétences techniques (écriture de projet, gestion budgétaire, évaluation) ; de l’autre, une approche éducative et politique qui vise à former des sujets capables de comprendre, d’interroger et de transformer leurs pratiques. C’est dans ce second paradigme que s’inscrit l’approche DPA-PC et la formation d’ADMI.
Les acteurs et leurs enjeux dans la situation
Pour la mise en œuvre concrète dans la formation ADMI, nous veillons à nous appuyer sur des approches qui permettent d’abord de définir les problèmes avec les personnes concernées en termes concrets afin d’identifier leur situation particulière. Ici, la méthodologie de l’« entraînement mental » (EM) [PEUPLE ET CULTURE, 2004] est très indiquée, car elle permet d’identifier collectivement les situations concrètes insatisfaisantes avec les acteurs concernés pour définir ensemble le problème et ce que les acteurs concernés veulent changer, avec quels enjeux et quels objectifs.
Pour partir d’un exemple concret, une animatrice socioculturelle en maison de jeune a souhaité comprendre pourquoi les jeunes de son groupe ne participaient pas à l’atelier radio qui leur était proposé. En utilisant la grille d’Ardoino [PIROTTON, G.] et l’EM, elle a identifié les acteur·rices concerné·es par cette situation (son responsable et un autre collègue et les jeunes). En croisant les points de vue et les aspects de cette situation concrète insatisfaisante, elle s’est rendu compte que cet atelier n’était pas considéré comme un projet à part entière, mais comme une activité de loisir où les jeunes ne devaient pas s’engager formellement à participer.
De plus, cet atelier, programmé aux mêmes heures que l’atelier de création de podcasts, venait concurrencer ce dernier qui, lui, est financé et doit aboutir à une production culturelle. Les jeunes impliqués dans les deux ateliers sont les mêmes et cette situation a créé un conflit de loyauté chez les jeunes envers les deux animateurs. L’animatrice a été en mesure d’identifier les tensions organisationnelles et de s’appuyer sur des leviers d’action en restant fidèle à la mission institutionnelle de son secteur, former des Citoyens Responsables, Actifs, Critiques et Solidaires (CRACS).
Ensuite, il s’agit d’analyser comment ces changements peuvent advenir dans un contexte particulier en tenant compte des contraintes, mais aussi des ressources à disposition ou qu’il faudra mobiliser (la recherche de partenaires, la création d’un réseau, l’appui de mandataires politiques, etc.).
Dans notre exemple, l’animatrice a alors proposé d’organiser une réunion avec l’ensemble des acteur·rices concerné·es pour clarifier cette situation en y impliquant la direction, les jeunes participant·es aux deux ateliers (il s’agissait des mêmes jeunes pour les deux activités) et ses collègues. Elle est partie des diverses propositions d’amélioration au sein de l’organisation et des enjeux de chacun des acteurs de cette situation de façon à éviter que ces difficultés se reproduisent.
La recherche de solutions en contexte
Enfin, sont envisagés les marges de manœuvre, les choix possibles ou le pas proximal dans l’approche du DPA-PC que les personnes concernées ont choisi d’accomplir. Par « pas proximal »,[4]Notes prises lors de la formation à l’approche DPA-PC proposée par le Grain asbl, 2025. il faut entendre une action concrète, la plus importante possible dans le contexte donné, qu’une personne ou un groupe s’engage à réaliser pour provoquer un changement souhaité, même modeste.
Il s’agit souvent d’une première étape qui va dans le sens du but visé, renforce la confiance des personnes concernées et restaure leur rapport à l’action en mobilisant leurs compétences, leur réseau ou leur groupe d’appartenance.
Ainsi, pour illustrer cette démarche, l’accompagnement par un ADMI en formation[5]Il se formait pour devenir coordinateur de projet et obtenir un Brevet d’Aptitudes à la Gestion d’Institutions Culturelles (BAGIC – reconnu par la FWB). d’un groupe d’habitant·es socio-économiquement défavorisé·es à Bruxelles a abouti à la création d’un comité de quartier composé de jeunes chargés de réfléchir ensemble à l’aménagement futur d’un espace collectif. Même si les propositions n’étaient pas toujours convergentes (création d’un terrain de football versus une plaine de jeu pour les enfants et d’un espace détente pour les adultes), le participant à la formation ADMI a su tenir compte des rapports de force entre adultes et jeunes, en partant des enjeux de chacun des groupes d’acteur·rices.
Cette action concrète, définie ensemble, a montré que face aux autorités locales, le groupe était soudé et parfaitement conscient des enjeux pour le vivre ensemble dans un quartier où les autorités locales n’ont pas souvent pris leurs responsabilités.
La démarche d’action conscientisante
Enfin, il s’agira de prendre conscience des apprentissages personnels et collectifs, et des nouvelles compétences développées, qui permettront de poursuivre l’action de changement ou d’agir dans un autre contexte si la situation devait se reproduire. Ce moment est essentiel au cheminement du DPA-PC et à l’autonomisation des personnes ou des collectifs.
La restauration du rapport à l’action va susciter un sentiment de puissance, mais va aussi révéler les difficultés structurelles non identifiées au départ.
Il s’agit de tirer les enseignements des actions et du projet pour en dégager des perspectives et des pistes d’actions concrètes, par exemple réaliser un plaidoyer pour rendre les droits humains et sociaux effectifs.
Il s’agit aussi, dans une perspective interculturelle, d’intégrer la conflictualité comme un moteur d’apprentissage. Dans tout groupe ou collectif, il existe des divergences de points de vue avec lesquelles il faut apprendre à composer. Le dispositif pédagogique ADMI œuvre à « l’émancipation des populations et s’appuie sur la pluralité conflictuelle et l’éthique de la communication ».[6]Document collectif « Les exigences du BAGIC » crée par les quatre opérateurs qui dispensent la formation du Brevet d’Aptitude à la Gestion d’Institutions Culturelles (BAGIC) en … Continue reading
La formation ADMI vise à faire émerger le vécu des apprenants en les associant à l’action, à croiser les points de vue des acteurs et leurs enjeux respectifs, à mettre en place des procédures permettant de valider ceux-ci.
C’est là toute l’essence de la démarche interculturelle croisée à l’approche DPA-PC.

Approche interculturelle et DPA
Comme je viens de l’expliquer, l’approche DPA-PC est donc complètement intégrable dans la formation ADMI du CBAI. Ce qui précède semble montrer que l’approche DPA-PC est également compatible avec l’approche Interculturelle (AI) telle que nous l’envisageons au CBAI.
L’action interculturelle s’intéresse aux cultures des individus et des groupes et part du postulat que la rencontre de l’autre n’est pas une menace, mais une opportunité, à condition d’entrer dans une dynamique de reconnaissance, de dialogue et de co-construction [COHEN-EMERIQUE, M., 2011]. Les cultures ne sont pas figées ; elles se transforment au contact d’autres cultures et au fil du temps.
Le CBAI ne voit pas les différences culturelles comme des déficits, mais les considère comme des ressources pour apprendre, coopérer et innover. « Il s’agit de mobiliser les savoirs, les compétences et les moyens de la communauté, du groupe de la collectivité ou de la famille pour produire à nouveau de la connaissance et provoquer une transformation sociale pour améliorer la situation de la personne. Pour cela, plusieurs chemins sont possibles » [QUIVIGER, G., 2023].
De l’autre côté, l’élément central et fondateur du DPA-PC est de considérer que la personne sait mieux que nulle autre ce qui est important pour elle et pour ses proches, mais que la responsabilité de sa situation ne lui incombe pas à elle seule.
Suivant l’approche DPA, nous considérons que la culture de la personne est l’un des tout premiers outils expérientiels à mobiliser comme levier au Développement du Pouvoir d’Agir, mais aussi pour produire de la connaissance individuelle et collective.
Selon Rappaport (1985), cité par Quiviger (2023), l’empowerment, traduit par DPA dans sa conception francophone, est une construction essentiellement collective.
Il ne s’agit pas d’agir seulement sur l’environnement des personnes et de faciliter leur accès aux droits dont les droits culturels, il s’agit aussi de prendre en compte leur culture vue comme une ressource pour la participation ; ces éléments culturels sont constitutifs de leurs identités individuelle et collective et, de surcroît, enjeux de mobilisation.
Dans cette vision, qui tente de réunir les deux approches, les acteurs sociaux devraient, par leurs interventions, viser la valorisation et la reconnaissance de la diversité culturelle des personnes concernées en même temps que leur expertise dans leurs manières d’aborder les questions.
L’intérêt est de partager les connaissances et les pratiques pour « produire de nouvelles connaissances et être plus efficaces dans une action qui se veut à la fois globale, transversale et horizontale, plus proche de la réalité des gens » [QUIVIGER, G., 2023 – p.26] et intégrant le plus possible les personnes concernées dans les prises de décision et à chaque étape des dispositifs d’intervention. Cette démarche caractérise la perspective interculturelle.
Ainsi, tous les « acteurs sociaux » peuvent œuvrer ensemble en croisant les savoirs et en cherchant une meilleure compréhension interculturelle, en œuvrant auprès des « personnes en difficulté, les personnes accueillies, les personnes accompagnées à vivre, agir ou retrouver l’envie d’agir et exercer leur citoyenneté dans leur territoire de vie ». C’est, d’une certaine manière, la conception même de la solidarité et du « vivre ensemble » qui sont interrogés. Ceci suppose pour les travailleurs du champ socioculturel et du champ social d’avoir développé des compétences interculturelles.
L’approche interculturelle est alors pensée comme un outil d’intervention dans le processus d’aide et constitue une réponse aux défis d’aujourd’hui. Cette approche implique une ouverture du travail social et socioculturel aux approches collectives et à la diversité culturelle des « publics visés » (personnes concernées par l’aide sociale ou les projets socioculturels), mais aussi des « publics professionnels » (acteurs de l’intervention sociale ou animateur·rices ou coordinateur·rices de projets (socio)culturels). Par conséquent, le rapprochement par le dialogue permet de relativiser sa propre posture professionnelle.
Implications pour la formation
Quels leviers à une intervention sociale interculturelle ou à l’encadrement de projets socioculturels basé sur l’approche DPA-PC ?
L’enjeu de l’interculturalité dans la plupart des projets socioculturels à Bruxelles, par exemple, rend d’autant plus pertinente l’approche DPA-PC, car elle réduit les rapports de domination et permet de reconnaître la diversité des savoirs et expériences.
Il s’agit de considérer les savoirs expérientiels des personnes issues de l’immigration ou de minorités culturelles comme des ressources collectives légitimes. L’acteur·rice social·e ou socioculturel·le est amené·e à se demander jusqu’où il·elle est prêt·e à entendre des difficultés très éloignées des siennes, à prendre en compte les ressources présentes chez les différents acteurs du projet même si elles sont éloignées des siennes, de prendre en compte le fait que le rapport au temps n’est pas le même pour tou·tes, qu’il existe d’autres modes de communication différents des siens, et jusqu’où il·elle est prêt·e à négocier ou à faire médiation pour rapprocher des points de vue éloignés ou opposés qui peuvent se traduire par des malentendus d’ordre culturel ou des chocs culturels.[7]Le choc culturel ou incident critique est l’effet produit sur un individu lorsqu’il est confronté à un environnement culturel différent de son milieu familier, entraînant une perte de ses … Continue reading
Dans une telle démarche, l’acteur social est aussi amené à penser à la création d’espaces de rencontres où les personnes concernées peuvent exprimer leurs besoins, leurs interprétations et leurs solutions. Il s’agira aussi de reconnaître les savoirs situés et de les traduire en ressources d’actions collectives.
Un autre levier d’action est de rendre visibles les inégalités structurelles (racisme systémique, discriminations, obstacles administratifs, etc.). Il s’agira de penser les manières d’agir pour transformer ces rapports, plutôt que de demander aux personnes de se limiter au fait de s’adapter individuellement à ces violences qu’elles ont à subir.
Cela passe, pour les intervenants sociaux, par la nécessité d’adopter une posture réflexive sur leur propre pouvoir et leurs représentations culturelles.
Il faudra veiller également à favoriser chez les bénéficiaires le développement des mêmes compétences critiques (lecture des rapports de pouvoir, compréhension des institutions, stratégies de négociation) au cours de l’accompagnement.
La visée, c’est l’acquisition de droits, dont les droits culturels. Grâce à la formation à la pratique du DPA, il s’agira de faciliter des démarches participatives, c’est-à-dire des démarches où ce sont les personnes concernées qui définissent les priorités et les modalités d’action en lien avec leurs représentations culturelles.
Le tout, en veillant à encourager la solidarité entre individus et groupes, afin d’éviter l’isolement et de créer des collectifs porteurs, capables de porter des projets communautaires (ateliers interculturels, initiatives citoyennes, revendications collectives).
Pour ce qui est de l’approche DPA-PC, comme nous l’avons explicité ci-dessus, l’identification avec les personnes concernées de leurs enjeux propres, de ceux des acteur·rices impliqués dans la situation et des enjeux invariants éclaire également le contexte des interactions interculturelles à l’intérieur du monde social.
En conclusion, comme l’approche interculturelle, le DPA met la focale sur le fait de reconnaître que les normes et pratiques d’intervention sont culturellement situées. Ce qui nécessite d’adapter les méthodes de communication, de médiation et de résolution de conflits afin de créer des ponts entre différentes cultures plutôt que d’imposer une assimilation. Tout cela en désamorçant les stratégies identitaires de repli par une reconnaissance des besoins communautaires et d’émancipation.[8]Documents de travail du secteur formation du CBAI asbl : « Les indicateurs de la posture interculturelle ». Ce qu’intègre l’approche DPA telle que définie ici.
Bibliographie
CARRÉ, P. (2005). L’autoformation : une stratégie pour apprendre autrement. ESF.
COHEN-EMERIQUE, M. (2011). Pour une approche interculturelle en travail social : Théories et pratiques. Presses de l’EHESP.
COHEN-EMERIQUE, M., & ROTHÉBERG, A. (2015). La méthode des chocs culturels. Presses de l’EHESP.
CROZIER, M. & FRIEDBERG, E. (1977). L’Acteur et le système : Les contraintes de l’action collective. Paris : Le Seuil.
JAUBERT S. « Agentivité, perceptions sociales et normes sociales » (hal.science) – L’AGENTIVITÉ : ÊTRE ET AGIR DANS LE MONDE. Interrogations à la croisée des savoirs (Aix-en-Provence, France), février 2020.
LE BOSSÉ, Y. (2003). Repenser le pouvoir d’agir : une option d’émancipation. Service social, 50(1), 67–81.
LE BOSSÉ, Y. (2012). Le développement du pouvoir d’agir des personnes et des collectivités : Une approche contemporaine du développement social. Presses de l’Université Laval.
LE BOSSÉ, Y. (2016). Soutenir sans prescrire : Aperçu synoptique de l’approche centrée sur le développement du pouvoir d’agir des personnes et des collectivités (DPA-PC). ARDIS.
LELEU, M., DEFERT, F. (Dirs.). (2022). Le développement du pouvoir d’agir des personnes et des collectivités : Un vecteur d’innovation dans le champ du travail social. Revue Les Politiques Sociales.
MICHEL S., MICHAUD-TREVINAL A. (2022). XXII. Donna Haraway. Les savoirs situés : Pour une pratique scientifique partielle et relationnelle. In Les grands auteurs aux frontières du management (cairn.info) – p. 281‑294. EMS Éditions.
MINTZBERG, H. (1982). Structure et dynamique des organisations. Éditions d’Organisation.
PEUPLE ET CULTURE. (2004). Penser avec l’Entraînement Mental : Agir dans la complexité (2e éd.). Chronique Sociale.
PINEAULT, N. (2022). Favoriser le développement du pouvoir d’agir en formation. Éditions du Collectif.
PIROTTON, G. (n.d.). Les niveaux d’Ardoino (gerardpirotton.be) – Dans Organisations > Théories.
QUIVIGER, G. (2023). L’approche interculturelle en travail social dans un quartier prioritaire :
Regard socio-anthropologique à partir du Bal de Bellevue. EME éditions.
GEORIS, V. (2019). « Accompagner le Développement du Pouvoir d’Agir des Personnes et des Collectifs (DPA PC) » (legrainasbl.org) – le Grain asbl.
Notes de bas de page[+]
| ↑1 | Notes prises lors de la formation à l’approche DPA-PC proposée par le Grain asbl, 2025. |
|---|---|
| ↑2 | « Sandra Harding, philosophe féministe de “l’épistémologie du point de vue” (philomag.com) | Philosophie magazine ». Philomag 28 mars 2025. |
| ↑3 | Notes prises lors de la formation à l’approche DPA-PC proposée par le Grain asbl, 2025. |
| ↑4 | Notes prises lors de la formation à l’approche DPA-PC proposée par le Grain asbl, 2025. |
| ↑5 | Il se formait pour devenir coordinateur de projet et obtenir un Brevet d’Aptitudes à la Gestion d’Institutions Culturelles (BAGIC – reconnu par la FWB). |
| ↑6 | Document collectif « Les exigences du BAGIC » crée par les quatre opérateurs qui dispensent la formation du Brevet d’Aptitude à la Gestion d’Institutions Culturelles (BAGIC) en Fédération Wallonie-Bruxelles dont l’Interfédérale des Centres de Jeunes (ICJ) – le Centre Bruxellois d’Action Interculturelle (CBAI) – le CESEP et le CIEP. |
| ↑7 | Le choc culturel ou incident critique est l’effet produit sur un individu lorsqu’il est confronté à un environnement culturel différent de son milieu familier, entraînant une perte de ses repères habituels. Il se traduit par un état de stress, de désorientation et de confusion pouvant entraîner une perte de ses repères habituels. |
| ↑8 | Documents de travail du secteur formation du CBAI asbl : « Les indicateurs de la posture interculturelle ». |