Les phĂ©nomĂšnes dâemprise intrafamiliale
Pendant sept ans, lâanthropologue Pascale Jamoulle a menĂ© lâenquĂȘte sur lâemprise et ses mĂ©canismes. Lâemprise, câest le fait quâune personne ou un systĂšme impose un ensemble de contraintes totalement abusives et totalitaires Ă une autre personne, qui va se retrouver plus ou moins rapidement hors dâĂ©tat de rĂ©agir, de sâen sortir. Lâemprise intrafamiliale peut ĂȘtre comparĂ©e Ă une dictature agissant au sein de la cellule familiale. Pour prendre complĂštement possession de la personne sous emprise, le dominateur manipulateur va user de stratĂ©gies de dĂ©nigrement, privation, menace, isolement, coercition. Ces Ă©lĂ©ments vont se renforcer mutuellement, jusquâĂ former un vĂ©ritable filet dont la personne sous emprise aura bien du mal Ă se dĂ©pĂȘtrer. Lâemprise peut potentiellement concerner tout ĂȘtre humain, il nây a pas de profil-type de la personne sous emprise, nous dit Pascale Jamoulle, mais⊠Les situations des personnes peuvent favoriser leur vulnĂ©rabilitĂ© Ă lâemprise, et parmi ces situations, celle des femmes sans papiers est peut-ĂȘtre la plus dĂ©favorable. Elles se trouvent au croisement de plusieurs discriminations : de genre, Ă©conomiques, ethniques, de statut social. La pandĂ©mie actuelle exacerbe ces vulnĂ©rabilitĂ©s, en raison de lâexigence du confinement, de la disparition de certains emplois, de la fermeture de certains services sociaux. Des collectifs existent et se mobilisent nĂ©anmoins, des professionnels de lâaction sociale dĂ©veloppent des rĂ©ponses adaptĂ©es, des avocats Ă©voquent des pistes trĂšs concrĂštes pour que leurs droits soient respectĂ©s.Â
Les femmes sans papiers marchent avec lâombre
« La violence faite aux femmes, nous les femmes sans papiers nous la portons dans la peau. » Ainsi sâexprimait Bintou TourĂ© lors de la rencontre « eLabo » du 23 avril 2021. Nous rapportons ci-aprĂšs ses paroles.
Aucune tribune nâest accordĂ©e Ă la femme sans papiers pour exprimer sa douleur, pour pouvoir exprimer la violence quâelle subit.
« Tout dâabord, les femmes migrantes fuient la violence dans leur pays dâorigine. Les formes de violences y sont multiples : violences politiques, violences culturelles, violences liĂ©es aux mĆurs, mariages forcĂ©s, excision, dictature. Câest tout cela que les femmes migrantes fuient pour venir ici. Mais en Belgique, elles sont confrontĂ©es Ă dâautres formes de violences, celles des mĂ©canismes institutionnels et des procĂ©dures. Une femme sans papiers est une femme livrĂ©e Ă elle-mĂȘme : quand elle travaille « au noir », elle est bien souvent exploitĂ©e physiquement, sexuellement. Elle ne peut mĂȘme pas aller porter plainte au risque dâĂȘtre renvoyĂ©e dans son pays dâorigine. Pour avoir un peu dâargent, et un titre de sĂ©jour, elle travaille Ă la sueur de son front. Les hommes avec qui elles cohabitent exigent de lâargent et puis encore le sexe. Les femmes sans papiers marchent avec lâombre, elles sont lâombre dâelles-mĂȘmes, il nây a pas de lieu oĂč aller se plaindre, et le COVID en a rajoutĂ© une couche : avec le COVID, des emplois disparaissent. GrĂące Ă la solidaritĂ© de certaines associations, des femmes ont pu souffler, mais ce nâest pas suffisant. Le problĂšme des femmes sans papiers, câest quâelles sont complĂštement invisibilisĂ©es : aucune tribune nâest accordĂ©e Ă la femme sans papiers pour exprimer sa douleur, pour pouvoir exprimer la violence quâelle subit. Elle porte ça en elle, elle nâa nulle part oĂč aller pour se plaindre. » Et malgrĂ© ce quotidien si rude, la lutte sâorganise. Mme TourĂ© est la porte-parole dâun collectif appelĂ© La Voix des Sans Papiers. Avec le concours de la Commune dâIxelles, un nouvel hĂ©bergement dâurgence appelĂ© VSP Family a pu rĂ©cemment ĂȘtre créé, nous informe-t-elle. Il hĂ©berge des femmes avec enfants[1]Ouverture dâune nouvelle occupation pour VSP Family (sanspapiers.be). La lutte doit continuer.
Une situation aggravée par la pandémie
Madame Yamina Zaazaa est co-directrice du Centre de PrĂ©vention des Violences Conjugales et Familiales (CPVCF). Elle constate que pendant le confinement, les demandes dâhĂ©bergement ont explosĂ© et ont exclusivement concernĂ© des femmes. De nouvelles violences, « situationnelles », sont apparues. Ainsi, sont apparues des agressions liĂ©es Ă la perte dâemploi du mari en raison du lock down, par exemple. Son service a vu arriver un nouveau public de femmes pour qui la gravitĂ©, la frĂ©quence et lâintensitĂ© des faits de violence dont elles Ă©taient victimes a augmentĂ©. Pour certaines de ces femmes qui vivaient depuis des annĂ©es des problĂšmes de violences conjugales et avaient pu adopter des mĂ©canismes de protection, comme le dĂ©ni ou la subordination, le confinement a rendu leur quotidien insupportable. MalgrĂ© le confinement, leur mari ne relĂąchait pas le contrĂŽle. Madame Zaazaa prend lâexemple dâune femme qui avait un partenaire qui la contrĂŽlait continuellement, notamment dans ses dĂ©placements, en plaçant une balise GPS dans sa voiture. Ce genre de victime a pu trouver dâurgence une place dans leur maison dâaccueil du CPVCF, mais dâautres maisons dâaccueil existantes nâont plus pu accepter de nouvelles personnes. Pour accĂ©der Ă ces hĂ©bergements, il fallait dâailleurs pouvoir montrer un test PCR nĂ©gatif ou passer par un sas de quarantaine.
Un rĂ©seau de proximitĂ© sâest organisĂ© autour de ce nouvel hĂ©bergement, il y a eu une mobilisation dâassociations, de bĂ©nĂ©voles, de maisons mĂ©dicalesâŠ
La crise sanitaire a mis lâEtat belge face Ă ses responsabilitĂ©s en tant que signataire du traitĂ© dâIstanbul de 2016. Le lĂ©gislateur se doit en effet dâoffrir un accueil inconditionnel Ă toutes les femmes victimes. Au premier avril 2020, les autoritĂ©s ont procĂ©dĂ© Ă lâouverture dâun hĂŽtel offrant cinquante places supplĂ©mentaires. Jusque-lĂ , les femmes victimes pouvaient aussi aller au SAMU social, mais il nây avait aucune structure acceptant de les accueillir dans la durĂ©e sans condition de revenus. Un rĂ©seau de proximitĂ© sâest organisĂ© autour de ce nouvel hĂ©bergement, il y a eu une mobilisation dâassociations, de bĂ©nĂ©voles, de maisons mĂ©dicales⊠Un commissariat sâest aussi mobilisĂ©. Au total, soixante femmes et quatre-vingt enfants ont Ă©tĂ© hĂ©bergĂ©s.
Ce que Madame Zaazaa retient de ce travail avec les collectivitĂ©s, câest la possibilitĂ© dâun partage des ressources, lâĂ©mulation autour de lâĂ©change de connaissances, la conjugaison des savoirs pour une comprĂ©hension plus fine des violences conjugales. Il est important de collecter des savoirs sur les processus dâemprise, sur ses mĂ©canismes, comme le dĂ©ni, toutes ces choses qui ne sont pas encore souvent comprises par les professionnels et quâil est pourtant crucial de comprendre pour amĂ©liorer le sort des femmes sans papiers victimes de violences.
En raison de la gratuitĂ© de ce service dâhĂ©bergement, La voix des sans papiers a pu compter sur ce lieu et le rĂ©seau associatif mobilisĂ© autour de lui, pour lui confier des femmes victimes. GrĂące Ă cet hĂ©bergement, il y a eu une possibilitĂ© pour les femmes venues par le regroupement familial de garder leur titre de sĂ©jour, une possibilitĂ© dâĂ©laborer un rĂ©cit pour porter plainte. La collectivitĂ© des femmes permet aux femmes victimes de violences de reconstituer une histoire grĂące aux tĂ©moignages de leurs semblables faisant Ă©chos aux leurs, de retrouver de la cohĂ©rence, de lâestime de soi, de la bienveillance par la solidaritĂ© qui est mise en place. Le partage de savoirs expĂ©rientiels permet de desserrer les nĆuds de lâemprise [Pour plus dâinformation sur les mĂ©canismes dâemprise, voir les rĂ©fĂ©rences en fin dâarticle].
Une possibilitĂ© dâĂ©laborer un rĂ©cit pour porter plainte. La collectivitĂ© des femmes permet aux femmes victimes de violences de reconstituer une histoire grĂące aux tĂ©moignages de leurs semblables faisant Ă©chos aux leurs, de retrouver de la cohĂ©rence, de lâestime de soi, de la bienveillance par la solidaritĂ© qui est mise en place.

Le haut lieu de la lutte pour la rĂ©gularisation des Sans Papiers est sans conteste lâĂ©glise du BĂ©guinage. En 20 ans, ce lieu a connu l’Ă©quivalent de six annĂ©es d’occupation. On estime Ă environ 100 000 le nombre des sans-papiers qui vivent en Belgique, mais ce chiffre pourrait ĂȘtre plus Ă©levĂ© car beaucoup passent sous les radars.
La plupart de ces sans-papiers, originaires du Maghreb, d’Afrique de l’Ouest mais aussi du NĂ©pal et de ThaĂŻlande, vivent en Belgique depuis cinq, dix, voire quinze ans. « Je suis arrivĂ© Ă Bruxelles en 2004. J’ai toute ma vie ici. J’ai une femme, des enfants, un travail et un logement« , raconte Mohammed, un Marocain devenu porte-parole de l’Union des sans-papiers pour la rĂ©gularisation (USPR), une organisation créée au dĂ©but de l’occupation fin janvier 2021.
Le pĂšre de famille, employĂ© au noir dans le secteur du bĂątiment, dit travailler huit heures par jour pour un salaire quotidien maximum de 50 euros, « si j’ai de la chance« . Il peut arriver que des patrons ne le payent pas. « Ici, tu peux participer Ă l’Ă©conomie belge, mais tu ne peux rien demander« , s’indigne Mohammed.
« La grande majoritĂ© [des sans-papiers] a un emploi en Belgique notamment dans des secteurs en manque de main d’Ćuvre. Ils sont soumis Ă toute forme d’exploitation« , assure Sophie DevillĂ© du CirĂ© (Coordination et initiatives pour rĂ©fugiĂ©s et Ă©trangers). Ils sont Ă©galement victimes des marchands de sommeil qui les logent dans des endroits insalubres en Ă©change de loyers dĂ©mesurĂ©s.
Par ailleurs, comme dans de nombreux pays, la pandĂ©mie de Covid-19 a aggravĂ© leurs conditions de vie. « La crise sanitaire a frappĂ© de plein fouet l’Ă©conomie informelle dont vivent les sans-papiers. Beaucoup de ceux qui travaillaient, par exemple, dans la restauration n’ont plus de revenus et ne peuvent plus payer leur loyer« , souligne Pietro Tosi du Mouvement ouvrier chrĂ©tien (MOC) de Bruxelles, qui soutient le mouvement. Mohammed a dĂ©posĂ© deux dossiers de rĂ©gularisation, en 2009 et en 2014. MalgrĂ© les quittances de loyer qu’il a prĂ©sentĂ©e et son emploi, ses demandes ont toutes Ă©tĂ© refusĂ©es.
En Belgique, c’est l’article 9bis de la loi de 1980 relative aux droits des Ă©trangers qui rĂ©git les conditions d’obtention d’un titre de sĂ©jour. Ce document est dĂ©livrĂ© pour des « raisons exceptionnelles » si la personne rĂ©ussit Ă dĂ©montrer qu’elle ne peut retourner dans son pays d’origine pour y introduire la demande, ou pour des « raisons mĂ©dicales », si elle ne peut se faire soigner dans son pays. En clair, la loi belge considĂšre qu’un sans-papiers entrĂ© illĂ©galement en Belgique doit retourner dans son pays pour y dĂ©poser une demande de titre de sĂ©jour. En outre, le texte est soumis au pouvoir discrĂ©tionnaire du SecrĂ©taire d’Ătat Ă l’Asile et Ă la Migration et est donc par consĂ©quent opaque. « Il n’y a aucune transparence, on ne connaĂźt pas les critĂšres qui permettent une rĂ©gularisation. Et d’un secrĂ©taire d’Ătat Ă l’autre, les consignes peuvent varier« , prĂ©cise Sophie DevillĂ©.
Source : Bruxelles : environ 200 sans-papiers occupent une Ă©glise pour rĂ©clamer leur rĂ©gularisation – InfoMigrants
Rappeler le droit et le rendre applicable
Madame Selma Benkhelifa, avocate spĂ©cialisĂ©e en droit des Ă©trangers et chargĂ©e de cours Ă la Helb Ilya Prigogyne, va un pas plus loin. Selon elle, malgrĂ© les grands discours qui disent que « La violence intrafamilale, câest mal ! », des leviers concrets devant permettre aux victimes dâemprise dâen sortir ne sont pas activĂ©s. Elle pointe quatre freins Ă lever pour aider plus efficacement les femmes victimes.
1 – Prendre au sĂ©rieux la crainte de la victime
La menace « si tu me quittes je te tue », nâest pas toujours une parole en lâair car les fĂ©minicides, les coups « qui vont trop loin » et la vengeance Ă lâencontre de celle qui a osĂ© quitter un compagnon violent sont une rĂ©alitĂ© qui explique les craintes des femmes sous emprise ou violentĂ©es. Selon lâavocate, force est de dĂ©plorer quâon ne les prend pas au sĂ©rieux et que la rĂ©ponse policiĂšre est rarement adĂ©quate. Quand une victime dit : « jâai peur quâil me tue si je pars », il faut prendre cette menace au sĂ©rieux, car si la victime ne se sent pas protĂ©gĂ©e, elle ne partira pasâŠ
2 – Laisser la victime dans son logement
En Belgique, il y a une loi de 2003 qui prĂ©voit lâattribution dâun logement familial Ă la victime (voir les rĂ©fĂ©rences en fin dâarticle)⊠Pourtant câest trĂšs rarement lâauteur des violences qui se retrouve Ă la rue ou Ă lâhĂŽtel, câest systĂ©matiquement la victime, parce que cette loi nâest quasiment jamais appliquĂ©e⊠Pourquoi les procureurs nâappliquent-ils pas systĂ©matiquement cette loi ? Toute cette problĂ©matique de voir ces femmes se retrouver Ă la rue avec leurs enfants serait Ă©vitĂ©e en permettant Ă la dame de rester dans son logement. Selon Mme Benkhelifa, lâargument selon lequel le domicile nâest plus un lieu sĂ»r ne tient pas : le Samu social nâest pas davantage un lieu secret. « Lâautre violence », qui provient du fait de se retrouver au Samu social Ă faire la file en attendant de savoir sâil y a une place fait que la femme prĂ©fĂšre rester : nâavoir pas de toit est pire que de gĂ©rer le conjoint violent.
3 – La question de la garde des enfants
JusquâĂ prĂ©sent, on ne considĂšre pas que la violence Ă lâĂ©gard de la mĂšre est aussi une violence Ă lâĂ©gard des enfants, or les enfants qui voient lâemprise / la violence exercĂ©e sur leur mĂšre sont aussi des victimes⊠Pourtant, il nâest pas Ă©vident que ce sera la maman, qui au final, aura la garde ; surtout si elle est dans une situation trĂšs prĂ©caire financiĂšrement. Une maman prĂ©fĂšrera bien souvent continuer de recevoir des coups plutĂŽt que de perdre la garde de ses enfants. Les enfants risquent de se retrouver en garde alternĂ©e, puisque cette formule semble avoir Ă©tĂ© universellement identifiĂ©e comme la plus adĂ©quate et quâelle est privilĂ©giĂ©e mĂȘme lorsque le papa a Ă©tĂ© violent Ă lâĂ©gard de la maman. Cela dĂ©bouche souvent sur des emprises « post-conjugales » qui passent par une pression exercĂ©e sur les enfants : le papa les prend en otage pour continuer Ă harceler la maman.
Les tribunaux ignorent ces pratiques. En tant quâavocate, il nâest pas rare que Mme Benkhelifa entende le juge gronder la maman victime sur le ton « Mais madame, il faut communiquer ! ». Le juge a une vision idĂ©alisĂ©e dâune famille oĂč les deux conjoints communiquent pour le bien de leurs enfants, mais pour cela il faudrait que le pĂšre joue le jeu, or il est bien souvent dans la manipulation. La crainte de ne plus pouvoir veiller sur leurs enfants si le papa a la garde, pousse les mĂšres Ă rester dans la situation de violence. Il faut sensibiliser et former les juges et procureurs pour quâils comprennent cela, il y a urgence.
4 – La question administrative
Quand une femme vient en Belgique par regroupement familial, la loi lui impose de rester cinq ans avec son conjoint, sinon elle perd son droit de sĂ©jour. Exception est faite si des preuves de violences familiales sont apportĂ©es. Un juge peut lâautoriser Ă quitter son conjoint, mais lâobligation dâavoir des revenus suffisants ne permet pas, pour nombre de ces femmes, de sâextirper de leur contexte.
« Prenons le cas dâune jeune marocaine qui aurait Ă©tĂ© sĂ©questrĂ©e ici en Belgique » nous dit Mme Benkhelifa. « Si elle a Ă©tĂ© maltraitĂ©e, quâelle a des preuves de cela, un certificat, des tĂ©moins, quâelle dĂ©pose plainte⊠Il lui faut Ă©galement impĂ©rativement dĂ©crocher un emploi pour pouvoir quitter son conjoint, et celui-ci le sait⊠ « Si tu me quittes, tu perds tes papiers », dit-il. Il se sent confortĂ© dans son attitude par la politique migratoire qui est aux cĂŽtĂ©s de lâabuseur plutĂŽt que du cĂŽtĂ© de la victime. La convention dâIstanbul contre les violences faites aux femmes impose Ă lâĂtat belge de protĂ©ger les femmes, câest donc bien la responsabilitĂ© de lâĂtat, pas celle de la victime elle-mĂȘme de sortir de lâemprise ! La sociĂ©tĂ© a lâobligation de la mettre dans les conditions matĂ©rielles pour sâen sortir. Protection, logement, garde de enfants, ressources matĂ©rielles, voilĂ ce dont elle a en prioritĂ© besoin pour pouvoir ensuite entamer un travail psychologique en vue de sa « dĂ©prise ». » Elle insiste pour en faire une prioritĂ©.
Quand tâas le dĂ©sert Ă traverser yâa rien Ă faire sauf dâavancer (Orelsan)
Il est plus que jamais nĂ©cessaire de rendre visibles les conditions dâexistence des femmes victimes de violences, au rang desquelles les femmes sans papiers et sous emprise au sein de leur propre foyer sont les plus vulnĂ©rables. VulnĂ©rables mais pas fragiles. DĂ©munies mais pas faibles. Les « sans papiers » se coalisent au sein de collectifs. Le ComitĂ© Des Femmes Sans-Papiers, par exemple, se rĂ©unit tous les jeudis dans les locaux de lâassociation dâĂ©ducation permanente Collectif Formation SociĂ©tĂ© Ă Saint-Gilles et « se mobilise pour que les femmes sans papiers sortent de chez elles et deviennent visibles afin de mener le combat ensemble et de sâaider les unes et les autres ». Les alliances entre personnes « avec papier » et « sans papiers » sont sans doute la clĂ©. Beaucoup de volontaires et dâassociations sâemploient Ă bĂątir de tels partenariats. La Coordination des Sans Papiers de Belgique collecte en ce moment mĂȘme des signatures afin de faire approuver une loi citoyenne pour la rĂ©gularisation des « sans papiers ». Nous qui avons des papiers, nous ne pouvons que nous encourager Ă signer cette pĂ©tition afin que les critĂšres de rĂ©gularisation sortent du flou et de lâarbitraire actuels. A cĂŽtĂ© de cette loi en gestation, il existe des voies juridiques qui doivent dâurgence ĂȘtre mieux connues et davantage appliquĂ©es, pour que les femmes sans papiers ne soient pas pour autant des citoyennes de seconde zone.Â
Pour en savoir plus
- Jamoulle P., Je n’existais plus. Les mondes de lâemprise et de la dĂ©prise, La DĂ©couverte, 2021, 304 p.
- Lâenregistrement de lâeLabo Le GRAIN du 23 avril 2021 « Sortir de l’emprise intrafamiliale en contexte de crise sanitaire et au-delĂ ? » (legrainasbl.org)
- Le PowerPoint prĂ©sentĂ© par Pascale Jamoulle lors de lâeLabo du 23 avril (legrainasbl.org)
- Enregistrement fait par Sans-Papiers TV de la MatinĂ©e de rĂ©flexion autour de la question de lâinvisibilitĂ© des violences faites aux femmes sans papiers (archive.org)
Et puisque le voeu le plus cher des « sans papiers » est dâobtenir des papiers :
- Sans papiers TV et la campagne «We are Belgium too » (youtube.com)
- Campagne « Inmy name » Une loi citoyenne pour la rĂ©gularisation (inmyname.be)/ – Une loi pour la rĂ©gularisation ! (youtube.com)
Notes de bas de page[+]
| ↑1 | Ouverture dâune nouvelle occupation pour VSP Family (sanspapiers.be) |
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