Lors de ma formation au DĂ©veloppement du Pouvoir dâAgir (DPA), jâai dĂ©couvert un cadre thĂ©orique et pratique qui venait nommer ce que jâobservais depuis longtemps : le mouvement â intĂ©rieur ou extĂ©rieur â comme condition du changement. Mais comment articuler cette approche, avec la pratique sensorielle, vivante et corporelle de lâhippothĂ©rapie ?
Cet article explore les croisements suivants : comment lâapproche du dĂ©veloppement du pouvoir dâagir peut enrichir lâhippothĂ©rapie, tant dans la posture de lâaccompagnant que dans la place du corps, la dĂ©finition du problĂšme ou encore la dynamique relationnelle instaurĂ©e grĂące au cheval avec la personne concernĂ©e. En filigrane, une question me traverse : comment accompagner cette personne Ă (re)trouver le mouvement juste, celui qui naĂźt du lien au vivant ?

Impuissance vs restauration du rapport Ă lâaction
Que signifie « pouvoir dâagir », si ce nâest cette capacitĂ© Ă se mettre en mouvement ? Le mot revient souvent en thĂ©rapie : la mise en mouvement signale une sortie de l’immobilisme, une avancĂ©e â mĂȘme minime â vers une libĂ©ration, un allĂšgement. Ce qui est essentiel de comprendre, câest quâen DPA, comme en thĂ©rapie et plus spĂ©cifiquement en hippothĂ©rapie, le mouvement est synonyme de vie.
En hippothĂ©rapie, le contexte de la pratique fait que lâinvitation au mouvement est partout. Il est dans la dĂ©marche, les patients se dĂ©placent pour venir Ă la rencontre des chevaux. Il est dans la proposition de se faire accompagner par le biais dâun tiers bien vivant : le cheval. Et dans le fait que tout lâaccompagnement se dĂ©roule au cĆur du vivant, en pleine nature, entourĂ© de vivants : d’arbres, dâanimaux sauvages, et des Ă©lĂ©ments vent, pluie, soleil, etc. Jâen conclus que par son cadre lâhippothĂ©rapie est clairement interconnectĂ©e avec la notion de âvieâ, de âmouvementâ. De son cĂŽtĂ©, le DPA vise la restauration du rapport Ă lâaction. DĂšs lors, rien que dans lâobjectif, lâidĂ©e de mouvement est prĂ©gnante.
Dâune part, la notion de ârestaurationâ prĂ©suppose que le mouvement a Ă©tĂ© et nâest plus ou nâest plus fluide dans un contexte bien spĂ©cifique.
Dâautre part, on parle de restaurer ârapportâ Ă lâactionâ. LâidĂ©e est alors dâaccompagner une personne Ă modifier son regard, sa perception Ă lâĂ©gard du mouvement.
Je suis rĂ©guliĂšrement confrontĂ©e Ă Â des patients qui se ressentent comme âcoincĂ©sâ, âfigĂ©sâ, âatrophiĂ©sâ, âimmobilisĂ©sâ dans la vie, dans une situation, ou une relation ; finalement impuissants. Lâobjectif de modifier le rapport Ă lâaction mâa appelĂ©.
Finalement, jâavais envie de trouver un moyen pour mieux accompagner mes patients dans leur lutte contre leur sentiment dâimpuissance pour trouver ou retrouver une libertĂ© et un pouvoir dâagir lĂ oĂč ils se sentent bloquĂ©s.
Dans cet article, je vous partage la maniĂšre dont je tente de mâapproprier le DPA et la maniĂšre dont je lui donne vie dans mes accompagnements en hippothĂ©rapie.
Le problĂšme …
La dĂ©finition du problĂšme est le point de dĂ©part de tout accompagnement en DPA. Pour dĂ©finir le problĂšme, lâaccompagnant interroge lâaccompagnĂ© pour lâaider Ă dĂ©terminer ce qui, ici et maintenant, lui pose un problĂšme.
Cette Ă©tape correspond Ă lâidĂ©e quâon ne discute pas dans lâair dâun problĂšme flottant.
On le nomme et dĂ©finit de la maniĂšre la plus claire possible, afin de dĂ©terminer ce qui fait obstacle et comment agir sur celui-ci, tout en gardant en tĂȘte que le problĂšme peut bouger, Ă©voluer, muter.
… versus mandat
Dans le cadre lâhippothĂ©rapie, on parle de mandat thĂ©rapeutique pour dĂ©finir la finalitĂ© de la thĂ©rapie. Quâest-ce qui amĂšne la personne Ă consulter ? Quâest ce qui fait obstacle, aujourdâhui, dans sa trajectoire de vie ?
En hippothĂ©rapie, jâaccompagne majoritairement des enfants et des adolescents en sĂ©ance individuelle. DĂšs lors, le âmandatâ est souvent Ă©mis par les parents.
La maniĂšre dont les parents nomment le problĂšme et la maniĂšre dont le jeune va lui-mĂȘme Ă©voquer son problĂšme peuvent ĂȘtre bien diffĂ©rentes.
Avec lâapproche DPA, la personne qui dĂ©finit son problĂšme est lâacteur placĂ© au centre. Se pose alors une question : comment pratiquer le DPA avec un double mandat ? Question Ă laquelle, je nâai pas encore trouvĂ© de rĂ©ponse.
Ce que nommer révÚle
La seconde interrogation que je me pose au sujet de âla dĂ©finition du problĂšmeâ est la suivante : nommer le problĂšme, est-ce dĂ©jĂ une maniĂšre de le traiter ?
Nommer peut-ĂȘtre douloureux, cela suppose de sortir du dĂ©ni, de faire face Ă ce qui dĂ©range. Parfois, les personnes ne sont pas prĂȘtes Ă cela. Il peut y avoir une forme de familiaritĂ© avec lâinconfort, une protection dans le fait de ne pas bouger. Nommer, câest dĂ©jĂ prendre conscience de son Ă©tat et choisir un rapport actif au rĂ©el.
Il mâest arrivĂ© dâaccompagner une personne dont le âmandat âĂ©tait trĂšs clair : âtraiter une phobie socialeâ.
La jeune fille est venue consulter car elle ne se sentait Ă lâaise que chez elle, en compagnie de sa mĂšre. Cette jeune fille a Ă©tĂ© victime de harcĂšlement scolaire. Pour elle, toute confrontation avec lâinconnu reste trĂšs Ă©prouvante et gĂ©nĂšre une montĂ©e de stress souvent suivie de crises dâangoisse.
Lors de la premiĂšre sĂ©ance, nous prenons le temps de faire connaissance (elle, moi et le cheval) et de poser un cadre sĂ©curisant pour elle. Ensuite, assez rapidement, vient le moment oĂč je lâinvite Ă me partager ce qui lui pose problĂšme dans sa situation. Ensemble, nous dĂ©plions le problĂšme et ses consĂ©quences.
ConcrĂštement, toute sortie en extĂ©rieur gĂ©nĂšre une trĂšs grande anxiĂ©tĂ©, elle nâose donc pratiquement jamais sortir. NĂ©anmoins, je dĂ©couvre quâelle ne sâennuie pas du tout. Elle a une curiositĂ© immense, une passion pour lâhistoire et rythme ses journĂ©es de lectures et dâapprentissages via internet.
Je finis donc par lui demander de redĂ©finir son problĂšme. Au bout de quelques sĂ©ances, je lâinterroge pour savoir si le problĂšme est toujours de âsortirâ et nous constatons ensemble que le problĂšme nâest pas de âsortirâ. Quel est-il alors ? Car elle prend finalement conscience quâelle nâa pas besoin de sortir, son rythme de vie chez elle lui convient pour le moment ; le fait dâĂȘtre chez elle nâempĂȘche en rien lâaccĂšs Ă ce quâelle aime et rĂ©pond Ă ses besoins actuels.
La patiente a annulĂ© la sĂ©ance qui a suivi ce constat et n’est plus revenue depuis. Je ne connais pas les raisons qui lâont poussĂ©e Ă mettre fin Ă nos rencontres. Toutefois, cette expĂ©rience mâa laissĂ© diffĂ©rentes questions : est-ce que nommer le problĂšme nâest parfois pas suffisant pour le rĂ©soudre ou prendre conscience quâil nâen est pas un, ou en tout cas pas pour soi ?
Une hypothĂšse pourrait ĂȘtre que lâĂ©tablissement dâun cadre sĂ©curisant, lâidentification de ses forces et capacitĂ©s dâaction (lectures, apprentissages, …) et leur conscientisation ont peut-ĂȘtre permis Ă cette jeune femme de sortir du problĂšme pointĂ© par les autres (il faut pouvoir sortir de chez soi).
Dâautre part, le fait de nommer Ă voix haute un problĂšme peut se rĂ©vĂ©ler trop brutal pour certaines personnes au point de les effrayer et de leur donner lâenvie de refermer la porte de lâaccompagnement. Cette approche particuliĂšrement verbale et transparente pourrait faire âpeurâ Ă certaines personnes. De plus, la partie verbale de lâaccompagnement laisse le cheval de cĂŽtĂ©. Que se serait-il passĂ© si nous avions donnĂ© plus de place au cheval (Hidalgo), Ă lâexpĂ©rience de rencontre entre la jeune fille et Hidalgo ?
Finalement, est-ce quâil est juste de dire que cette approche est universelle ? Est-tâelle trop directe et trop confrontante pour certaines personnes ? Il me semble que l’accompagnement doit tenir compte de ces questions et laisser le temps au temps.

Troupeau dâacteurs
Dans ma pratique, il mâarrive de me trouver au milieu dâun troupeau de chevaux, oĂč chaque individu â animal ou humain â exprime ses besoins fondamentaux Ă sa maniĂšre. Certains chevaux cherchent la sĂ©curitĂ© Ă travers lâautre, dâautres en eux-mĂȘmes. De la mĂȘme maniĂšre, les personnes accompagnĂ©es ont des maniĂšres singuliĂšres de se relier, de se protĂ©ger, de se mobiliser.
L’approche DPA invite Ă identifier les acteurs en jeu dans la situation-problĂšme et Ă prĂȘter attention aux acteurs impliquĂ©s et concernĂ©s. Cette approche presque systĂ©mique, qui inclut dans le processus tous les intervenants dâune situation vĂ©cue comme un problĂšme pour une personne (ou plusieurs), – entre en rĂ©sonance avec la dynamique de troupeau.
Chaque cheval, dans sa singularité relationnelle, peut symboliser un acteur humain, institutionnel, une facette du problÚme.
Lâincarnation symbolique des acteurs du problĂšme par les chevaux ouvre une rĂ©flexion sensible et dĂ©calĂ©e sur les relations et les enjeux en prĂ©sence. Cela permet dâexplorer autrement les dynamiques dâalliance, de conflit, de retrait, dâinfluence qui se jouent pour la personne accompagnĂ©e dans sa rĂ©alitĂ©. De plus, le fait que le cheval est lui-mĂȘme un acteur qui interagir avec la personne durant la sĂ©ance, ouvre selon moi davantage le champ des enjeux de chacun.
Prenons un exemple :
Jâaccompagne JosĂ©phine, une jeune fille prise dans des difficultĂ©s relationnelles familiales, avec une mĂšre et un pĂšre quâelle ne trouve pas suffisamment prĂ©sents, et une sĆur avec qui la relation est extrĂȘmement conflictuelle.
Un jour, je lui demande dâentrer dans le troupeau et de voir si elle peut retrouver parmi les chevaux prĂ©sents ceux qui reprĂ©sentent le rĂŽle que joue chaque membre de sa famille.
JosĂ©phine a Ă©tĂ© trĂšs touchĂ©e par lâexercice. Lorsquâelle recherchait les diffĂ©rents acteurs impliquĂ©s et concernĂ©s, ainsi que leurs enjeux dans sa situation, certains chevaux ont commencĂ© Ă interagir ensemble et avec elle. Ces interactions vivantes sont venues donner de la matiĂšre au travail entrepris par la patiente. Il nâĂ©tait plus seulement question de noter les enjeux projetĂ©s sur les acteurs : les acteurs (ici les chevaux) sont aussi venus apporter leur touche, confronter les idĂ©es reçues de la patiente, et ses idĂ©es prĂ©conçues Ă lâĂ©gard des acteurs.
Au regard de l’approche DPA, cette situation illustre parfaitement, lâaxe 2 (« Analyser la situation »), qui invite Ă cartographier les acteurs, leurs intĂ©rĂȘts, leurs relations, et les ressources ou contraintes quâils reprĂ©sentent. Lâutilisation du cheval comme tiers, support projectif et interactif permet dâenrichir cette analyse dâune dimension expĂ©rientielle et Ă©motionnelle. Finalement, travailler une situation problĂ©matique dans un cadre vivant vient ajouter de la complexitĂ© et enrichit lâaccompagnement. Les chevaux sont donc venus mettre en lumiĂšre des enjeux que lâon nâimagine pas, que lâon ne projette pas, et qui sont pourtant lĂ©gitimes Ă prendre en considĂ©ration dans lâapproche DPA.

TĂȘte – CĆur – Corps
Pourquoi parler du corps dans lâaccompagnement thĂ©rapeutique et en DPA ?
VoilĂ bien longtemps que la science, aprĂšs la philosophie, nous invite, pour vivre en harmonie, aligner l’esprit, le cĆur et le corps.
Câest dâailleurs ce qui mâa amenĂ©e Ă choisir âhippothĂ©rapie pour accompagner mes patients car elle considĂšre chacun de ces trois Ă©lĂ©ments dans son approche.
Yann Le BossĂ© a attirĂ© mon attention lors de sa prĂ©sentation, en mai dernier dans les locaux de lâasbl le Grain, sur la nĂ©cessitĂ© dâimpliquer le corps dans le DPA.
Il soulignait lâimportance de la congruence entre ce qui est dit, ressenti, pensĂ© et exprimĂ© dans le corps. Celle-ci doit ĂȘtre prise en compte tant du cĂŽtĂ© de lâaccompagnant que de lâaccompagnĂ©.
Au fil de ses recherches, il a Ă©galement dĂ©veloppĂ© avec son Ă©quipe, des outils de prise de conscience du type de rapport aux Ă©motions ressenties autant par l’accompagnant que l’accompagnĂ©. En tant que praticienne en hippothĂ©rapie, il est habituel pour moi d’intĂ©grer la dimension corporelle dans les accompagnements car la prĂ©sence mĂ©diatrice du cheval induit naturellement une approche relationnelle et corporelle.
Quand un patient arrive pour une sĂ©ance d’hippothĂ©rapie, je prends le temps, avant toute chose, de l’observer physiquement : comment son corps va-t-il ? Est-il Ă lâaise dans son corps, a-t-il une bonne proprioception et motricitĂ© fine ? Et enfin, semble-tâil habiter son corps ?
Le corps, dans sa richesse et sa complexité, ne triche pas. Il peut contenir ou immerger une émotion, mais il la porte toujours.
En observant, je peux souvent percevoir concrĂštement lâimpuissance : elle marque le corps de tensions, de raideurs, de postures repliĂ©es (Ă©paules rentrĂ©es, regard fuyant, mains tremblantes, etc.). Notre enveloppe corporelle porte notre histoire. Les Ă©motions sâexpriment par des sensations (jambes cotonneuses, gorge et estomac nouĂ©s, Ă©paules raides),[1]Je propose rĂ©guliĂšrement des cartes reprĂ©sentant les Ă©motions, sensations et besoins lorsque les personnes en face de moi ne sont pas familiĂšres avec la conscience de leurs Ă©motions, sensations … Continue reading et ces sensations sont les messagĂšres silencieuses de ce qui se joue pour nous. Le corps, dans sa richesse et sa complexitĂ©, ne triche pas. Il peut contenir ou immerger une Ă©motion, mais il la porte toujours. Comme le dit Van der Kolk â le corps garde la trace du vĂ©cu.
Certains patients sâorientent vers lâhippothĂ©rapie pour expĂ©rimenter une approche complĂ©mentaire Ă leur accompagnement thĂ©rapeutique verbal âclassiqueâ ou pour tenter de faire bouger des choses qui ne sâamĂ©liorent pas suffisamment dans ces approches.
Ceci mâĂ©voque une question : Peut-on vraiment agir en se contentant dâĂ©voquer lâaction ?
Il est en effet tout Ă Â fait possible de mentaliser longuement un changement sans jamais le vivre concrĂštement. MĂȘme si lâagir peut se prĂ©parer pour moi, il se tente, il sâĂ©prouve, il se vit.
Ce qui était « je vais faire » devient « je fais, ici et maintenant ».
Le passage au premier pas peut ĂȘtre vĂ©cu, ou au moins amorcĂ©, durant la sĂ©ance dâhippothĂ©rapie.
Par exemple, si le problĂšme prĂ©cis, dĂ©fini ensemble, est sous-tendu par un manque de confiance en soi, et que le patient Ă©met comme premier pas âfaire lâexpĂ©rience dâune situation oĂč je me sens confiantâ ; il est alors possible de travailler au dĂ©veloppement de la confiance en soi en relation avec le cheval durant la sĂ©ance. Dans ce cas prĂ©cis, je pratique lâexercice du âmenerâ. Je lĂąche le cheval en libertĂ© sur la piste et corporellement, je propose diffĂ©rents exercices dâancrage, de respiration et de visualisation au patient. Ensuite, jâinvite le patient Ă marcher sur la piste avec une intention âde confiance, dâassurance, de leadershipâ. Souvent, le cheval va suivre la personne du regard, puis parfois marcher derriĂšre lui. ExpĂ©rimenter dâĂȘtre suivi, ressentir corporellement ce que ça fait que lâautre nous fasse confiance pour le mener est une expĂ©rience marquante.
Sortir de lâimpuissance nĂ©cessite du courage et la capacitĂ© dâoser : oser une alternative, oser sortir des sentiers battus, faire un pas de cĂŽtĂ© dans sa propre vie. LâhippothĂ©rapie permet de vivre cette mise en mouvement, et de ne pas seulement lâimaginer. La mĂ©moire du corps est grande et porteuse : elle permet dâancrer dans le corps et lâesprit les bĂ©nĂ©fices dâune mise en action comme des ressources « pour plus tard ».

Le cheval, modĂšle dâĂȘtre-avec
Le DPA Ă©tant une approche relationnelle, il se dĂ©roule Ă minima Ă deux. Il ne sâagit pas de sauver, ni de prescrire (oĂč lâun saurait mieux ce qui est juste pour lâautre), ni de militer (sâemparer de la situation de lâautre comme dâun levier politique) Ă la place de la personne accompagnĂ©e et encore moins de sauver le patient. Le cheval, dans cette perspective, adopte naturellement une posture dâaccompagnement. Il nâa pas dâattentes, ne projette rien sur la personne. Il ne sauve pas, ne dirige pas. Il est simplement lĂ , avec ce quâil est, avec lâĂ©nergie du moment. Le cheval incarne le prĂ©sent. Il vit sans projection, sans anticipation. Il est lĂ , tout entier.
Thérapie et justice sociale
Pour clĂŽturer, je reprends ma question de dĂ©part : comment lâapproche du dĂ©veloppement du pouvoir dâagir peut enrichir lâhippothĂ©rapie.
Lâapproche du dĂ©veloppement du pouvoir dâagir des personnes et des collectivitĂ©s inclut la lutte contre les difficultĂ©s structurelles qui viennent crĂ©er ou entretenir des situations d’injustice sociale et suppose donc l’Ă©volution vers une approche collective et communautaire au cours du cheminement entamĂ© par une personne ou un groupe.
LâhippothĂ©rapie a, en substance, uniquement des vocations thĂ©rapeutiques. Toutefois, chaque praticien agrĂ©mente sa posture au grĂ© de ses accompagnements, de ses expĂ©riences et porte avec lui son histoire et son tempĂ©rament. Mon cas est un peu particulier, jâĂ©tais anthropologue avant dâĂȘtre thĂ©rapeute.
Lâanthropologie mâa appris Ă analyser notre monde avec un regard critique. Ces études mâont façonnĂ©e et mâont amenĂ©e Ă travailler dans le domaine de l’Ă©ducation permanente, avec pour mission lutter contre les inĂ©galitĂ©s sociales et Ćuvrer pour la justice sociale. Cette posture hĂ©ritĂ©e de lâanthropologie et aujourdâhui rendue vivante par mon travail en EP me suit Ă©galement dans mes accompagnements en hippothĂ©rapie.
Alors bien sĂ»r, je change de casquette mais le cerveau sous le couvre-chef reste le mĂȘme. Mes convictions sociales restent prĂ©sentes. Câest pourquoi jâai tendance Ă dire que je fais de lâhippothĂ©rapie politique.
Mon objectif en accompagnant mes patients en hippothĂ©rapie est de leur permettre de vivre des expĂ©riences quâils vont sâapproprier, elles vont raisonner avec leur histoire et peut-ĂȘtre, je dis bien peut-ĂȘtre, leur permettre de sortir de leur sentiment dâimpuissance.
Mon idĂ©e est dâaccompagner mes patients, non pas vers leur âbien-ĂȘtreâ personnel, mais bien vers lâidĂ©e âdâĂȘtre capableâ. Capable de se mettre en mouvement dans une direction qui leur parle et dans lâidĂ©e quâils se sentent capables et lĂ©gitimes de faire activement partie de notre sociĂ©tĂ©.
Finalement, le DPA est venu mettre le doigt sur la clĂ© de voĂ»te entre ma lecture socio-anthropologique de notre monde â qui, bien sĂ»r, nourrit chez moi une volontĂ© de tendre vers plus de justice sociale â et mon travail de thĂ©rapeute, qui vise Ă accompagner des personnes en souffrance Ă trouver des voies dâaction en contexte.

bibliographie
Caillarec-ChassĂ©, C., & Vidament, M. (2018). MĂ©diation Ă©quine : Quâen pensent les scientifiques ? Institut français du cheval et de lâĂ©quitation.
Claude, I. (2007). Le cheval, miroir de nos Ă©motions. Ăd. DFR.
Rogers, C. R., Richon, H.-G., Kirschenbaum, H., & Henderson, V. L. (2013). Lâapproche centrĂ©e sur la personne. Ambre Ă©ditions.
Sortir de lâimpuissance : Invitation Ă soutenir le dĂ©veloppement du pouvoir dâagir des personnes et des collectivitĂ©s. Tome 1, Fondements et cadres conceptuels. Yann Le BossĂ© (s. d.). ConsultĂ© 2 juillet 2024 sur le site decitre.fr
Van der Kolk, B. A., Weill, A., & Wiart, Y. (2021). Le corps nâoublie rien : Le cerveau, lâesprit et le corps dans la guĂ©rison du traumatisme. Pocket
Notes de bas de page[+]
| ↑1 | Je propose rĂ©guliĂšrement des cartes reprĂ©sentant les Ă©motions, sensations et besoins lorsque les personnes en face de moi ne sont pas familiĂšres avec la conscience de leurs Ă©motions, sensations ou besoins. Elles peuvent ainsi choisir les cartes illustrant ce quâelles ressentent. |
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