Lors d’une visite du site organisée par la fédération bruxelloise unie pour le logement (FEBUL), j’ai rencontré Marie Thérèse, membre bénévole du conseil consultatif des locataires des logements sociaux à Anderlecht (COCOLO). Nous cheminons entre les tours qui portent chacune leur numéro, dont certaines déjà rénovées et d’autres en plein travaux du contrat de quartier. Elle a l’âge d’être grand-mère, une voix forte, des yeux qui pétillent d’énergie et me dit : « Au moins, moi je sais pourquoi je me lève tous les matins ».
Un dispositif de participation citoyenne
Elle m’explique qu’elle intervient d’habitude au Peterbos à la demande de Monique, la présidente du COCOLO qui habite sur le site. Elle connaît ce conseil, depuis son lancement en 2004 suite à l’ordonnance du ministre Hutchinson. Elle en est une des membres bénévoles qui sont élus par les locataires.
Marie Thérèse est fière d’avoir été élue au COCOLO. « Nous sommes là pour améliorer la qualité de vie des locataires à l’intérieur du logement mais aussi dans l’environnement proche, en vrac : les abords du Foyer, le bâti, les réparations, la performance énergétique, les couloirs de l’immeuble », explique-t-elle.
« Nous sommes des locataires de la SISP mais nous sommes tout d’abord des citoyens de la commune où nous habitons. »
« Pour ce faire, ils ont lancé des opérations propreté et sanité », [contraction entre santé et sécurité], dit-elle. Tout est rapporté maintenant à des problèmes de santé mais elle préfère parler de sécurité et de convivialité. « La convivialité n’est possible que dans un endroit où on se sent bien et où on se sent en sécurité ; il s’agit de penser au bien-être des gens. »
Sur le site, le COCOLO a le concours de toutes les associations et services de la commune pour remplir ces missions. L’animation bénéficie également des services de la prévention, surtout celle de la délinquance et de la présence des gardiens de la paix de la commune (les mauves). « Nous avons aussi des agents de prévention et de sécurité du Foyer Anderlechtois lui-même, à savoir les APS, agents de protection et de sécurité. »
Marie Thérèse me décrit une structure participative basée sur une représentation quelque peu pyramidale des locataires. Le Foyer Anderlechtois (société de logements sociaux) fait beaucoup. « Les agents de prévention et de sécurité ont des missions qui sont déléguées par la direction du Foyer et par son Conseil d’administration chez qui reviennent les problèmes liés à la sécurité et notamment les problèmes de drogue », souligne-t-elle.
Les dates qui comptent
1999 : premier plan de cohésion sociale financé par la COCOF pour la SLRB aux Goujons
2001 : Création du comité de quartier des Goujons, le « Comité du bout du monde »
2004 : Début du Cocolo au bloc 4 du Peterbos, à écret relatif à la cohésion sociale 30 avril 2004 la suite de l’ordonnance de Mr Hutchinson
2019 : Date du début du contrat de quartier Peterbos
31.10.2024 : Date de fin de la commission des habitant·es du contrat de quartier et des projets de soutien social aux transformations de l’espace public.
Suivie par une phase de construction qui va durer 2 ans : aménagement du Parc et des rez-de-chaussée et construction d’une infrastructures sportive.
Parallèlement, deux délégués élus du COCOLO, dont Monique la présidente, assistent au conseil d’administration du Foyer Anderlechtois en tant que relais des problématiques vécues par les habitant.es (ils ont le même pouvoir que les administrateurs et discutent d’égal à égal). Ils font ensuite rapport aux membres du conseil, au nombre de 14 lors des réunions mensuelles, des informations ou des décisions prises par la SISP (société immobilière de service public).
Les portes d’un monde commun
Les Goujons, lieu de mémoire de la culture ouvrière
Le Foyer Anderlechtois se déploie sur plusieurs sites. Marie Thérèse habite sur le site des Goujons, lieu du premier Plan de Cohésion Sociale, créé en 2000, et d’un comité de quartier, le Comité du bout du monde, créé en 2001 avec Jean Claude Hannaert, aujourd’hui décédé. Ce dernier était un amateur d’art en priorité.
Aux Goujons, se trouve une œuvre d’art nommée Les Portes de notre monde, datant de la construction de l’immeuble en 1975, dans les halls des trois entrées n°63, 61 et 59. Cette œuvre artistique marque fortement l’histoire sociale du lieu dont la transmission anime mon interlocutrice.
Elle explique : « On les appelle fresques à tort, le fresco est un procédé spécial. Il s’agit donc de peintures murales réalisées par le groupe de Cuesmes 68, groupe de jeunes en insertion professionnelle, sous la direction d’Edmond Dubrunfaut, fondateur du groupe des Forces murales, créé en 1947 avec Louis Deltour et Roger Sommeville, lui-même peintre révolutionnaire, communiste ayant participé aux combats sociaux sur Courcelles. Lors du décès de Dubrunfaut en 2007, on a diffusé un film sur lui tourné en 2006 par Notélé : « L’humanisme au bout du pinceau ». Il a créé des œuvres exceptionnelles. »
« Renseigne-toi sur internet », me dit-elle, avant de préciser : « L’œuvre des Portes de notre Monde dans les 3 halls d’entrée de l’immeuble des Goujons se décline en Porte du Soleil, Porte de la Terre et Porte de la Lune. Il faut les lire un peu comme une bande dessinée. Les différents tableaux suggèrent un message de vie, de travail nécessaire pour rendre la terre nourricière, le cycle de l’eau, des semailles et des moissons, la rencontre et la convivialité, la bonne entente entre les peuples, le progrès mais aussi la vigilance devant la folie des hommes (Science sans conscience n’est que ruine de l’âme), les guerres, la course aux armements et le nécessaire dialogue Nord-Sud sans lequel l’homme meurt, s’il n’y pas de partage, de dialogue ».
« C’est ici qu’on pourrait faire la paix avec Poutine », me confie-t-elle en riant. En effet, le peintre réunit dans un des tableaux de la troisième porte les premiers cosmonautes, Tereschkova la première femme dans l’espace, Gagarine, et Armstrong, les Russes et les Américains, accompagnés d’Einstein qui instruit les astronautes.
En collaboration avec le Musée des Résistances, Marie Thérèse organise des visites des Portes de notre monde aux Goujons.
« Edmond Dubrunfaut était un combattant et résistant de la première heure. Il avait combattu en 40 et avait perdu tous ses camarades. C’est pourquoi il prônait la paix avant tout. Dans la première Porte, on voit au plafond un croissant de lune qui symbolise les cycles et leur influence sur les semailles. Un autre tableau met en valeur le monde des travailleurs, un couple s’avance et va travailler le jardin (ils taillent un arbre). En 1975, l’égalité hommes-femmes n’était pas encore acquise mais Edmond était déjà un féministe convaincu. La femme porte l’écharpe rouge de la combattante. L’homme la pousse doucement en avant en la prenant par la hanche et allonge l’autre bras pour sentir la pluie. Ses mains sont fines, alors que d’habitude il dessine des mains fortes de travailleur, elles évoquent la sensibilité de l’homme. »
Le tableau de la conquête de l’espace montre également la beauté de la planète bleue qu’il faut protéger ; tout le monde s’y retrouve dans ces représentations stéréotypées d’un autre temps, même les écolos : « Nous avons fait beaucoup avec eux : manger mieux, manger de la qualité. Elle rit. C’est de l’utopie, du rêve. Aujourd’hui, ce n’est plus le monde du travail c’est le monde qui se réfugie. »
Je lui demande comment elle a abouti à cet endroit et comment elle a fait pour y éduquer ses 3 enfants.
« J’habite aux Goujons depuis 1989. Je venais de perdre mon mari et mon dernier avait un an. Maintenant « mon petit dernier » a 37 ans, et je vais te raconter comment il est devenu conducteur de trains, un métier qu’il aime. Le milieu était compliqué ici pour les enfants. Il y avait déjà des dealers dans les couloirs mais on en parlait moins. Alors nous avons décidé ensemble qu’il irait à l’école dans les Ardennes et on a trouvé l’Athénée Royal de Bomal avec son internat au château de Ferrière. Chaque semaine, il prenait le train pour aller à Liège et ensuite le petit train au bord de l’Ourthe jusqu’à Bomal, qui reste pour moi un lieu de ressourcement. Il a eu une scolarité heureuse, de très bons enseignants. Et il a tellement apprécié ces excursions hebdomadaires, que pour finir, il a choisi ce métier de conducteur de train. Maintenant, j’ai pris l’initiative de déménager dans un plus petit appartement à une chambre. »
En 1997, il y avait une très mauvaise ambiance sur le site des Goujons, Marie Thérèse paniquait.
« Les francophones mettaient des affichettes avec des bombes symboliques ; ils maintenaient un cordon sanitaire contre l’extrême droite. Les autres posaient des avis en arabe qu’elle ne comprenait pas. C’étaient des appels à l’émeute, elle les enlevait. Les jeunes arabes francophones embrayaient sur les luttes francophones. Un membre du Vlaams Blok (parti d’extrême droite) a failli être élu comme président du CPAS à Anderlecht. Les intellectuels flamands ont réagi, ils ont signé un document pour se distinguer de l’extrême droite. Les néerlandophones sont devenus d’avant-garde. »
Des Goujons au Peterbos, démultiplication des engagements locaux
La réussite des investissements aux Goujons a incité Marie Thérèse à s’investir ailleurs.
« Suite à cet engagement, comme pour les Goujons et le Square Albert, je me suis impliquée au Peterbos. J’ai suivi la dynamique des contrats de quartiers dits durables, axés sur la rénovation en vue de l’amélioration de la performance énergétique. Cette dynamique est positive, excellente à tout point de vue. Il y a eu le canal Bruxelles-Midi, le quartier Scheut. On a obtenu des subsides pour les crèches, les écoles et des infrastructures sportives notamment. Des privés interviennent en même temps comme sur le Waterfront du canal (Docks Bruxsel, Urbanities); les investissements publics en amènent d’autres, telles les constructions CITY DEV (logements à loyers modérés). J’ai demandé à Monique, la présidente du COCOLO, d’introduire nos candidatures pour porter la voix des habitant.es ; avec elle, nous les avons représenté.es à la Commission sociale du contrat de quartier Peterbos (2022-2023). »
D’abord cette commission mène un diagnostic local, en parcourant le terrain en long et en large, pour prendre le pouls des habitants ; leur santé, la propreté, leur bien-être, l’état du bâti, les abords, la cohésion.
« Nous avons eu un bureau d’études de CITY DEV pour établir ce diagnostic avec les habitants. Ce sont des hautes tours entourées d’espaces et de terrains de sport, au milieu d’un magnifique parc. Il y a des infrastructures : un ancien restaurant communautaire, un terrain de foot synthétique vient d’être aménagé. Un chemin traverse le parc du nord au sud, il départage les deux sociétés de logement social, le Foyer Anderlechtois et Commensia. »
L’antenne du COCOLO [créée au bloc 4] a fait beaucoup pour ces deux sociétés dans le cadre du contrat de quartier. Marie Thérèse voulait d’abord améliorer les abords au niveau de la propreté et de la sécurité. Le président a dit qu’il fallait aussi améliorer le bâti. Le bloc 9 est devenu très beau et plus confortable avec ses fameux jardins d’hiver, ses terrasses agrandies et lumineuses. Maintenant, il va falloir rénover les blocs 12 et 7 et le 4, avant de planifier la rénovation des blocs 13, 14 et 15. Elle m’explique la volonté d’ouverture des habitant.es et la lutte des pouvoirs publics contre les fractures.
« Lors de la fête du 29 septembre, nous allons ouvrir l’entrée à la fête du côté du bloc 1. Je trouve qu’il ne faut pas ghettoïser les habitant.es du Peterbos. Ils doivent pouvoir sortir facilement, ce n’est pas enclavé. Nous avons travaillé avec l’asbl Bras dessus bras dessous. Les habitant.es sont des citoyens de la commune comme les autres. Ils peuvent facilement se rendre dans le cœur historique, le centre culturel de l’Escale du Nord et dans les centres commerciaux. »
Les pouvoirs publics pour montrer leur opposition à la violence ont rebaptisé l’arrêt de bus Peterbos en Mehdi Boudha, du nom d’un jeune qui s’est fait renverser par une voiture de police alors qu’il fuyait [avant cela il y avait eu le drame d’Adil]. Ce choix lui paraît stigmatisant. Les interventions des pouvoirs publics ont souvent lieu suite à des événements violents.
« Depuis lors, une antenne de proximité de la police et de la prévention, qui s’appelle Broeck du nom du ruisseau qui passe dans le quartier, a été ouverte. Il est prévu d’y adjoindre un espace public numérique pour aider les gens dans leurs démarches en ligne. »
Le musée à ciel ouvert
Le dada de Marie Thérèse c’est plutôt ce qu’elle appelle « le musée à ciel ouvert ». L’histoire du lieu se mêle à l’histoire artistique, au Peterbos les visiteurs peuvent, en effet, découvrir une perspective choisie par Breughel et les œuvres récentes d’un plasticien communautaire.
Régis de l’espace culturel Escale du nord a été engagé dans le cadre du contrat de quartier. Il a réalisé des peintures murales autour du Bloc 12 pendant une année et il continue encore maintenant sur le thème du Jardin extraordinaire. Pour choisir ce thème, il a d’abord rencontré les gens avec la cohésion sociale (SAAMO). Il a discuté avec eux lors de pauses café. Il décore maintenant les abords des entrées des blocs de la société Commensia.
La plateforme associative du contrat de quartier a fait intervenir en même temps d’autres associations extérieures ; sont arrivés sur le site l’association Muse qui s’intéresse à ce que le collectif d’habitant.es a repêché dans les consultations du quartier, notamment l’histoire du Chemin des aveugles de Breughel, notée par le collectif d’habitant.es lors des consultations du quartier. Il s’agit de la perspective depuis les hauteurs de Peterbos vers l’église Sint Anna Pede qui se trouve sur le tableau De Breughel,[1]La fresque est une technique particulière de peinture murale dont la réalisation s’opère sur un enduit appelé intonaco, avant qu’il ne soit sec. Le terme vient du latin affresco qui signifie … Continue reading indiquée par une habitante, Anne Mertens, elle-même informée par Roger, une personne âgée.
« La symbolique est évidente », me confie Marie Thérèse. « Il ne faut pas se laisser conduire par des aveugles. Breughel choisissait des proverbes intéressants. »
L’asbl Muse organise des ateliers. Ils seront là lors de la fête de quartier en septembre. Ils proposeront un parcours artistique. Muse fait également référence à la route de Breughel qui passe devant le château de Dilbeek. Marie Thérèse a fait des recherches aux archives de la commune. Toutes ces opérations augmentent le sentiment d’appartenance au quartier et celui du bien-être ; des familles délogées pour les travaux veulent revenir.
« De plus en plus de gens veulent rester car ils réalisent que le quartier va changer, s’améliorer. Il y a le parcours Vita, un restaurant social, une cafeteria au numéro 14. Il manque un boulanger mais il y a le shopping du Westland. Des perspectives s’ouvrent. Le boulevard Shakespeare est très beau ; c’est la route des crêtes, d’un côté on voit Molenbeek et de l’autre Anderlecht. »
La cohésion sociale porte ses fruits. Reste le problème de la drogue qui génère beaucoup de maladies. Notamment « des schizophrènes », me dit-elle. Cela va mieux en apparence mais il faut continuer à éradiquer ce fléau du quartier.
« Moi, je préfère ne pas m’en mêler, c’est une question de professionnel.les de la sécurité et de la santé. »
Et les jeunes ?
Il y a un projet pour l’emploi des jeunes : « Pour mettre à l’emploi les NEETs, les « bons à rien », c’est leur jargon interne », m’explique-t-elle, « quelques-uns ont trouvé un emploi. »
Les jeunes et les habitant.es comprennent « bons à rien », pourtant c’est l’Europe qui a créé cette dénomination négative qui veut dire ni à l’emploi, ni dans le système éducatif, Not in Employement Education or Training (NEET), pour désigner les publics jeunes prioritaires des politiques de l’emploi.
Il y avait déjà de très bonnes associations comme DE BROEJ, la maison de jeunes où Khalid, que Marie Thérèse connaît depuis longtemps, a organisé des séjours de rupture dans les Pyrénées. Un film sur le sujet a été sponsorisé par BRUZZ, ZINEMA et le centre culturel néerlandophone à Anderlecht l’a projeté.
« Nous avons aussi une excellente école de devoirs avec Sara. Le SAAMO [association néerlandophone] récupère les bénéfices de ce travail car c’est l’association qui chapeaute. Je crains que le néerlandais, l’arabe, divisent la population. Nous avons aussi à côté le centre culturel Escale du Nord qui travaille plus avec la Fédération Wallonie-Bruxelles et la commune. »
Le problème c’est qu’on additionne les services au lieu de favoriser l’interculturalité, d’apprendre d’abord une langue sociale. Il semble à Marie Thérèse qu’on va vers Babel.
« Il faudrait que tout le monde soit bilingue. De plus en plus, on construit des écoles néerlandophones où on apprend aussi l’arabe. Ceux qui vont dans les écoles néerlandophones ne connaissent plus le français. Il faudrait d’abord apprendre la langue du pays mais de toute manière, on est tous des zinneke. J’en perds mon latin… (rire). »
Construire du commun
Marie Thérèse a toujours aimé les thèmes fédérateurs, la protection de la nature, les abeilles :
« La protection de la nature, c’est fédérateur. Les rivières, les cours d’eau, l’eau nécessaire à la vie, l’eau qui porte les bateaux ; nous avons la Senne, le Broeck, le canal, … La musique aussi est fédératrice, le dire en chantant. Ça m’arrive souvent de lancer un petit air emballant, genre « Debout les gars, réveillez-vous ! ». Alhambra un service AMO [service d’action en milieu ouvert pour les jeunes] a implémenté également des ruches, des abeilles qui chantent et dansent sur les fleurs. Du moment qu’ils ne les entraînent pas au Djihad… Car il y a un frelon asiatique qui attaque les ruches (clin d’œil). Lors des fêtes de quartier, ils distribuent du miel. »
Des gens sont venus de partout ! Les habitantes volontaires tissent des liens entre les sociétés de logement social. Marie Thérèse a participé à l’installation du jardin collectif. Le fameux collectif des habitantes a repris la gestion du jardin. Elles se sont d’abord réunies au local du COCOLO, bloc 4. Elles sont redescendues au bloc 17 de Commensia, l’autre société de logement.
Les projets se développent aussi entre les communautés linguistiques. Vers 2020-21, il y a eu la Radio 1070, radio de la belle époque des radios, une ancienne initiative francophone passée aux Flamands.
Elle a été reprise finalement par la Vlaamse Gemeenschap [communauté flamande] :
« Les Flamands ont fait beaucoup pour la cohésion sociale d’Anderlecht. La politique change. On a eu la NVA mais maintenant c’est un jeune de VOORUIT qui est président du conseil d’administration de la SLRB (Société de Logement de la Région de Bruxelles-Capitale). Le bourgmestre d’Anderlecht a aussi été administrateur-délégué de la SLRB. Nous avons beaucoup obtenu pour le logement. »
Bénévole mais aussi professionnelle, Marie Thérèse a une longue expérience de la multiculturalité car elle a travaillé dans l’import-export, comme secrétaire de direction pour une société de fabrication de médicaments.
« J’ai travaillé avec la compagnie maritime à Anvers, je sais comment ça marche dans le multiculturel et dans le business. On vendait des pesticides. On a eu la protection de la planète sur le dos (elle rit) ; il faut crever les bulles, sortir de l’entresoïsme. »
Elle essaie de n’oublier personne car plusieurs points de vue se croisent.
« Certains groupes nous pressent de décoloniser l’espace public. Il y a débat. On contextualise mais on ne va pas enlever les statues. Le musée des résistances a monté une exposition sur les résistants congolais dans la résistance belge. On a eu la visite du nouveau directeur du Musée africain et ses félicitations. Je fais le lien avec la bonne entente entre les peuples si chère à notre ami Edmond Dubrunfaut ! »
Résistances porteuses de sociométissages
En sa qualité de membre du COCOLO, Marie Thérèse déploie de nombreuses compétences. Elle a bénéficié de nombreuses formations en matière de logement et d’animation de groupes. Elle a élaboré sa propre vision sur le temps long de l’évolution sociale de lieux d’habitation comme celui du Peterbos ou des Goujons.
La démultiplication des services et des langues lui fait craindre les divisions. Elle cherche à créer des ponts entre les sociétés de logement, les habitant.es, les associations et les pouvoirs publics, malgré un certain aveuglement frisant le déni de la part des pouvoirs publics. L’exemple des projets destinés aux jeunes, stigmatisés comme bons à rien, semblent des projets pensés pour eux, comme l’insertion professionnelle, le sport, le traitement externe de la délinquance qui ne change en rien ses raisons d’être.
La rencontre avec Marie Thérèse, les récits qui s’entrecroisent entre les fresques de Dubrunfaut ou encore le chemin des Aveugles inspirent une réflexion sur les liens entre passé et présent, microcosme et macrocosme. Le monde est en entier dans ces petits mondes des quartiers aux marges des villes. On trouve exposée sur les sites des Goujons et du Peterbos une certaine représentation de la société globale. Tout est étalé sous nos yeux, la violence extrême due aux trafics illégaux, comparable à celle du capitalisme sauvage, mais aussi la convivialité, la solidarité ou les créations artistiques ancrées dans l’histoire socioculturelle locale. En suivant l’imaginaire d’artistes dont les inspirations sont présentes sur ce site, le regard sur ce petit monde se transforme.
Face aux pertes de revenus, devant les appels à des réactions extrêmes, les représentations d’un monde populaire aujourd’hui disparu, viennent nourrir les recherches de nouvelles identités sociométissées. Ce regard d’une habitante, inscrit dans le temps long, soutient le déploiement progressif des engagements publics et citoyens.
Notes de bas de page[+]
| ↑1 | La fresque est une technique particulière de peinture murale dont la réalisation s’opère sur un enduit appelé intonaco, avant qu’il ne soit sec. Le terme vient du latin affresco qui signifie « dans le frais ». Le fait de peindre sur un enduit qui n’a pas encore séché permet aux pigments de pénétrer dans la masse, et donc aux couleurs de durer plus longtemps qu’une simple peinture en surface sur un substrat. Son exécution nécessite une grande habilité et se fait rapidement, entre la pose de l’enduit et la prise complète. [source : Wikipedia]. |
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